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Quand la journée commence par une frustration sexuelle, elle
se termine de la même manière.
Ce matin ensoleillé de confiance en soi, je décide de
changer mes habitudes, de ne plus monter dans le troisième wagon
de la rame RER. Parce quil ny a jamais de jolies filles,parce
que le terrible abruti masticateur peut surgir à tout moment,
montant à Val dEurope, et parce quen descendant lescalator,
jai aperçu une silhouette cambrée qui me plaisait
bien. Une petite brune au visage bien dessiné, au front légèrement
bombé, comme ce fut la mode à la Renaissance, se tenait
sur le quai, au niveau du wagon premier. Je suis tout fringant dans
mon costume BT gris, avec redingote et mes chaussures souris de chez
Charles Jourdan. La grande classe décontractée. Je me
sens bien. Mais je nose pas trop mapprocher delle,
peur de passer pour un prédateur, un rapace, un spécialiste
de lamarrage de petites en quai. Je lobserve de loin. Mimant
un certain dédain, la tête ailleurs, dans des pensées
métaphysiques. Dans son cul, oui ! Entre ses seins, certainement
!
Je lui fais comprendre, me regarde-t-elle ?, que je vais monter dans
le deux. Si je lui plais, elle montera aussi dans celui-ci. Mais elle
choisit la rame précédente. Jaurais dû la
suivre, imposer mes préférences, il ny a pas de
mal à regarder avec désir une jeune femme.
Me voilà donc dans ce putain de wagon, que des lascars. Quel
choix, monter ou descendre ?
Ou vont-elles se nicher les petites qui nourriront mes fantasmes ferroviaires
? Je focalise sur une place en bas. Mais une grosse secrétaire
très moche me double et sassoit là où je
voulais poser mes fesses molles. Vieilles putes, ai-je envie de lui
crier à ce tromblon !
Je massieds donc à létage. Je finis de lire
le bouquin de Page, " une parfaite journée parfaite ".
Pour moi et ma frénésie de nichons, cest mal barré.
Le trajet se passe sans jolies filles à émietter du regard,
à découper des yeux, à imaginer les seins nus,
libres et de les caresser par télépathie.
Une grosse black vient mécraser les pieds et prendre mon
espace vital, alors que je suis assis sur une place seule qui faisait
face à une autre place exiguë. Cest celle-ci que la
mama à grosses fesses choisit pour mimposer son odieuse
présence. Ne se gênant pas de pousser mes grandes guibolles
pour sinstaller davantage dans ce qui était mon lieu dimagination
davant.
Que pouvais-je bien imaginer avec une telle horreur devant moi ? Je
préfère encore le connard qui mastique sa médiocrité
de rame en rame, de jour en jour, jusquau moment, où je
lui pèterai la gueule à coups de burin de tailleur de
pierre.
Je descends, soulagé, libéré, à Val de Fontenay.
Je me penche sur ce qui aurait dû être ma place, et je tombe
sur une paire de jambes hallucinantes de grâce, bronzées,
galbées, musclées, un charme enchanteur. La femme est
dune rare élégance, dune beauté ensoleillée,
une chemise blanche échancrée, un visage délicat,
gracile, une chevelure volumineuse et onduleuse. Je bande dans mon pantalon.
De colère, de rage. Putain, sans cette grosse pétasse,
jaurais pu rêver durant tout un trajet sur cette merveille
si attendue.
Je sors de mon wagon de la haine, et jessaie de deviner son visage,
plus précisément, en reculant un peu, mais rien. Je méloigne,
attends que le train redémarre pour la repérer, la regarder
une dernière fois, retenir à quel niveau elle se trouvait,
pour la chercher le lendemain. Mais ce truc va si vite !
Je
monte, dégoûté, aigri, déprimé sur
le quai SNCF. Je vois une fille blonde avec des gros nichons. Putain,
je ne pense quà ça en ce moment, me plonger dans
une énorme paire de seins tout doux comme des bonbons de mon
enfance.
Ils se portent bien haut, ils ont lair gros et fermes, et doux,
les boobs de cette blondasse assise sur son banc de gare. Je passe.
Je rumine. Merde, je suis un type bien, non ? Et jai pas de nichons
à bichonner. Le train arrive, je ne bande plus.
Des filles descendent, leurs seins les précèdent. À
la bouche ouverte, je les éventrais ces mets divins !
Assis sur un strapontin, en face, sur les banquettes, une fille porte
un haut moulant, je devine, comme tout le monde dailleurs, le
contour de ses tétons. Ils sont boutons et pyramides. Ils sont
petits et durs. Je les aime de la pointe de la langue.
Putain !
À la gare, dans les méandres populeux, un cul, un cul
de négresse, une blanche, blonde, petite, dynamique, coquine,
sportive, me nargue de sa splendeur. Je ne ralentis pas. Javance.
Javance toujours. Comme un soldat. Certain de sa fin proche. De
sa défaite assurée.
Tous ses nichons que dautres embrassent en ce moment, je les ai
tous dans le crâne, ils ballottent, se dandinent, gigotent, se
dressent, somptueux et crémeux. Jen veux.
Ellipse.
Les seins sont toujours là. Je ne suis pas parano, ils sont vraiment
là.
Je dois rejoindre Neo aux Invalides, pour déjeuner, pour discuter,
pour lui proposer de participer à la revue. Jai vraiment
aimé son roman, " Fin de race ". Je sens que nous partageons
des références en commun. Encore un Chrétien !
Je ne rencontre que des hérauts, héros christiques, en
ce moment. Hier, lors de mon trajet de retour, je revois une élève,
visiblement sensible à la marijuana, à la vie du Xie arrondissement.
Elle habite rue Jean-Pierre Timbaud. Elle a même servi au Timbaud,
la nébuleuse est si limpide parfois. Et cette jeune fille noctambule
me parle de la pensée profondément humaine de Jésus.
Cest dingue, ces trucs. Moi qui ne suis même pas baptisé.
Bon, encore dans ces boîtes humaines, une minuscule femme me rejoint,
nous rejoint, nous, les gueux du métropolitain. Elle na
pas de soutif, ses tétons sont sublimes. Droits, fiers, posés
sur des monticules parfaits, ronds et larges, parfaits, à vrai
dire.
Comment ne pas se redresser ? Comment masquer cette érection
? La redingote est une complice pratique.
Avec
Neo, le cerveau est en liesse de discuter avec un esprit proche du sien.
Rebatet, Brasillach, Morand, Céline, Drieu, ils y passent tous.
On parle aussi de Yann, de son livre populaire, drôle, et de sa
magnifique com. On parle aussi de Fred, mais Nicolas na
pas de télévision.
Il me propose de monter chez lui, appartement, place du Palais-Bourbon.
Avant il me montre lancien appartement de René de Chambrun.
Le gendre de Laval. Il apparaît beaucoup dans " le chagrin
et la pitié ", 1969.
Il me montre un trésor dont je promets de garder le secret. Un
chef-duvre, une bombe littéraire, immensément
jubilatoire. Les plus beaux nichons du monde !
Dans
la rue, quelques mètres entre le métro et le boulot, et
une paire de grosses loches bombées vient de nouveau magresser
les iris. Jaccélère. Je cours presque.
Dans
le bus, de Marles à Touquin, une petite brune hyper bandante,
déjà vue la veille, petit visage mignonnet, yeux bleus
évian, de faux airs à Courtney Cox, et une poitrine idéale,
gros seins, petits culs sur un corps dun mètre cinquante-cinq
à tout briser.
Elle est accompagnée dun type, je nose pas trop la
mater, avec un tel physique, elle doit en subir des regards vicelards.
Je ne veux pas rejoindre la masse. Si tentant, pourtant. Et le lascar
nest sûrement pas son mec, son frère, ils ont tous
deux de petits yeux rapprochés.
Elle descend, je la vois à peine, suffisamment, pour apercevoir
quelle jette un coup dil sur le journal qui est déplié
devant moi, le Figaro littéraire, le portrait de Nicolas DEstienne
dOrves.
Je suis sûr quelle ma repéré : un brigand
dandy dans un bus de campagne, ça dénote. Ne nous emballons
pas. Restons frustrés.
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