En contraposto, je me réveille à l’indicatif américain.
C’est la première fois de ma vie que je vois ce chiffre sur un cadran, 5 5 5.
Je suis encore emberlificoté dans ma couette qui schlingue. La télé est allumée, encore sur Paris Première. Tiens, Taddeï fait la nuit blanche, des rediffusions quoi. Il parle à une gonzesse qui se rend à un blind date. Elle fantasme de se faire prendre par un gros, un vieux, un moche, un nain ; ce n’est pas Sandrine. Cela doit être un fantasme féminin récurrent, la baise de l’immonde.
Le bassin dans un sens, la tête dans l’autre, je suis moins gracieux que le St Thomas de Verrocchio. Je tends ma main, non par vers les stigmates saillants du Christ, mais vers la télé commande. Laquelle est-ce ? 5 traînent sur la table translucide où un second Taddéï inversé déglutie (ou dégoise) son idiotie.
D’ailleurs ma ressemblance avec le " St Thomas " ne s’arrête pas à une histoire de torticolis ou de vertèbres swinguantes, mais aussi dans les plis de mon drapé. Et certainement dans ma face enfarinée de type qui ne se souvient plus très bien quand il est allé chercher cette couette et quand il est passé de " Jour de foot " sur C+ à " Paris dernière ".

555 - renseignement, secours, aide. Rien. Je pense aux copains lambinant sous la pluie de la nuit, se suivant les uns les autres, de cafés branchés oberkampfiens aux spots didjés des Pompes funèbres.
Je devais y aller, mais comme toujours, dès que je suis ici, chez moi, à Touquin, j’y reste.
Sébastien m’avait envoyé un collage de mes mails, me pourfendant devant mes contradictions.
De plus, mon portable est HS, ayant oublié mon chargeur dans le tiroir clos de mon bureau. Je ne pouvais ni joindre la bande à Régis, ni l’atomique Bénédicte, ni même Sébastien ou Pascal.

J’ai passé ma journée, presque, recroquevillé sur un fauteuil. Je farniente entre grattage de couilles et lectures de couilleries d'écrivain sans couilles (Elisabeth Quin).
Les écrivains sont en général, j’écris bien " en général ", de piètres orateurs (j’entends, oui, mais Hugo à la chambre ou Malraux au Panthéon ? !), je disais donc en général, les écrivains, les littérateurs, les romanciers, …, s’expriment mal à l’oral. Moins brillant est l’écrivain lorsqu’il doit causer.
Dans le cas de l’ex-moche (pas toujours belle) Elisabeth Quin, c’est une femme qui manie la langue avec frénésie jubilatoire, avec emphase métaphorique, allégorie judicieuse et délicieuse. Elle sait imager avec sa langue. C’est indubitable.
À l’oral, ces envolées lyriques passent, à l’écrit, elles s’écroulent dans une écriture prétentieuse, au langage volontairement intellectuel, et précieux, trop précieux. Elle cherche trop souvent le mot le plus " intello ", le moins usité, alors qu’elle devrait laisser le mot guider sa phrase. Je me doute bien que c’est sa façon de s’exprimer, ces termes savants, mais je reste persuadé qu’elle a surjoué sa poétique.
Et je sais bien que ce que je viens d’écrire est imbitable. Mais bon.

Le téléphone a sonné plusieurs fois hier dans l’après-midi, j’avais débranché le dingue près de moi, et laissé celui de ma chambre. Je n’avais aucune envie, et aucun courage de me lever, d’arrêter de jouer et rouler les boules de pq perdues dans mes poils de cul. J’étais bien simiesque devant mon écran déblatérant son flot d’images, de sons, et rien d’autres.
J’avais bien eu un sourire le midi en recevant un mail surprise (pas attendu) d’une cambrure à deux lettres, FK.
Je suis presque incapable de me rappeler mon parcours cathodique. Je sais que j’ai vu des films de boules, durant la nuit, que j’ai maté " DVD Amor " (hasard d’un zappe) alors que Laure Sainclair suçait avec les yeux-de-mes-rêves, je me rappelle d’avoir dit, " je suis sûr que c’est Emma qui va gagner la " Star Academy " ", parce qu’elle a un visage qui me fait bander (ma bite est bonne juge), et qu’elle chante pas trop mal, son seul hic, ce sont ses jambes, pas de différenciations entre ses cuisses et ses mollets, des poteaux quoi.
J’ai maté du tennis aussi, Mathieu qui a battu Safin, du foot, Nice, je crois, et des émissions, " + Clair " où le vieux Rahan de France Inter s’excusait qu’une femme, sur son antenne, ait affirmé son " antisionisme " et condamné les crimes d’Israël. Sans faire les amalgames (toujours cons) de cette femme, je pense aussi que l’état d’Israël est un état criminel, terroriste, comme tant d’autres, je sais. Je ne le considère pas du tout dans la tradition des nations démocratiques (laïques).
J’ai dû voir aussi un portrait-enquête sur Bové ; qui concluait sur des choses que j’écrivais sur ce journal à son début.
J’ai vu plein de trucs, soit plié en deux sur le fauteuil, soit allongé à l’étrusque sur le canapé.
J’ai bandé des dizaines de fois. Je me souviens, pêle-mêle, le visage " rose bonbon " d’Emma, la bouche goulue de Laure Sainclair, ça je m’en souviens bien, ah oui les nichons pigeonnant de Laurie Cholowa, ah si, l’émission de CinéCinéma.
Le concept, les chefs de rubrique des six chaînes cinéma se réunissent pour présenter leur programmation. Pour la chaîne " Frisson ", deux bimbos idiotes, estudiantines, pour qui l’histoire du cinéma commence vraisemblablement avec Spielberg. Donc cette semaine, c’est Laurie qui représente ce binôme de bimbo. J’avais vu la blonde espagnole la semaine dernière, quelque chose de volcanique (visuellement), il faut être juste. Cette semaine, une brune berbère, avec les nichons presque à l’air. Deux pêches tendres très souvent en plan. C’est assez distrayant (dans tous les sens du terme), face à l’érudition (ou la volubilité) des autres, on (je) ne peut se concentrer sur ce qu’il se dit. Laurie ne dit rien, mais sa voluptuosité s’épanchant jusqu’aux téléspectateurs ne peut que nous interpeller.
C’est son tour, les autres grivois jouent les maîtres d’école chafouins, " oui ", la coupent sans arrêt. Elle peut à peine lire ses fiches, nous apprend qu’Abel Ferrara est un type étrange, je rigole, et je bande surtout. Ses deux petits seins mignons se baladent sans cesse à l’écran. Quelques plans, parfois, Christine Masson (critique laide) a la mine déconfite, face aux fruits majestueux de Laurie tout en dents également.

5 5 5, je retourne dans ma piaule. Je m’endors près du livre de Thomas, avec une phrase en tête : on est ce que l’on naît. Ça me rappelle un jeu de Feuerbach, " er ist was er isst " (je ne suis pas sûr de mon teuton). " Je suis ce que je mange ", c’est moins fort en français.
On est ce que l’on naît.
5 5 5, l’indicatif américain. La nuit blanche, la nuit américaine, le soleil se lève, il est cinq heures passées, et je fais la nuit en plein soleil, en tirant sur mon rideau sale.
Entre les seins de Laurie, et le rire de Menez, je me rendors.