Dimanche 6 janvier :
Jai de plus en plus limpression
dêtre devenu (ou lai-je toujours été ?) ce calme
et somnolent " animal industriel " quévoquait Tocqueville.
Rideaux tirés, télé allumée, pas envie de manger.
Mes journées sont assez glauques en fait. Quelques sourires à
la lecture de mails reçus, à la visite dun ami ou un coup
de fil dun autre.
Parfois, je me sens dans la peau de cet ermite que lon vient " visiter
" pour passer un moment, évoquer un " problème ",
tant ma solitude est immobile.
Les amis passent, et repartent dans des lieux de bruits, de cris, de rires,
de vie. Je retrouve mon écran, mes écrans, des rediffusions à
men écurer (marre de lannée des Guignols ! !).
Je parfais ma connaissance du cinéma avec TCM ou Ciné Classique,
je maîtrise les résultats sportifs de A à Z, je suis la
falsification de linformation de chaîne en chaîne. Pour quoi
faire ?
Les Talibans, groupuscules minables présentés comme de terribles
guerriers, dynamitent des Bouddhas, nous construisons des miradors à
Gênes pour la réception de chefs détat démocratiques,
un char sarrête Place Tienanmen et une jeep roule sur un corps dun
jeune tué par un policier.
Le zapping de 2001 est déprimant. Mais rien de nouveau, lhorreur
dOmeyra se noyant dans la boue se répercute depuis.
" Envoyé spécial " filme et nous montre lenlèvement
dun enfant, de la " nounou " balancée au sol, des cris
et pleurs du gosse. Murdoch avait raison, linformation nest pas
là pour éduquer mais pour divertir : faits divers scénarisés,
sensations, exhibitions. Cest le lever du " SUN ".
Calmement, on observe la déliquescence dune société
soluble dans les médias. Ce nest pas nouveau, depuis plus dun
siècle, on rabâche cette idée. Je le sais.
Télé spectacle, pas plus quhier. La télé est
née spectacle. Rien na changé sauf son impact sur lhomme,
sur lindividu. La manipulation ne naît pas daujourdhui,
je men rends compte chaque jour en étudiant le passé proche.
La bêtise est lun des liens communs de notre Histoire. Linformation
spectacle napparaît pas au moment de la guerre du Golfe, elle apparaît
dès le début de la télé et même à lépoque
du cinéma et des actualités des salles obscures. 1941, les "
stars " des écuries des Majors Hollywoodiennes participent à
des campagnes pour leffort de guerre, pour les emprunts de guerre (voir
les performances affligeantes de Bette Davis). Sophie Marceau nest pas
la première sotte du cinéma.
Mais le monde ne sest pas autodétruit pour autant. Des voix continuent
de sélever, cest vrai. La décadence nest quune
obsession daigri peut-être ? Suis-je peut-être trop aigri
pour me réjouir de la ténacité de lédifice
?
Que le mouton daujourdhui nest pas plus mouton que le mouton
dhier, cest vrai. Les moutons ne changent pas et restent moutons.
Cest sûrement un élément constitutif de ce quest
lêtre humain, un animal communautaire à libre-arbitre facultatif.