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Par
ordre du préfet, je suis coincé dans mon patelin !
Du verglas, et pas de bus pour aller à la gare RER. Damned !
Au réveil, j'avais un mauvais pressentiment ; je me souviens
d’avoir entendu un lascar de la radio parler de non-circulation
des bus en Seine-et-Marne. Je n’y crois pas vraiment.
Je suis bien obligé de me lever, d’aller vérifier
de visu. Pourtant, je suis fatigué, je n’ai pas réussi
à m’endormir avant 3h. Tant de trucs dans la tête,
et l’estomac trop lourd de trois crêpes lardons, crème
fraîche et gruyère dévorées à minuit.
Je la sentais mal cette journée où j’avais pourtant
rendez-vous avec FB dans ses nouveaux bureaux. Une journée de
salaire de compromis et un rencard important à remettre.
J’envoie un message à mon DC et à Franck avec qui
je devais bosser sur des salades emballées, de la merde, quoi.
Je devais voir Philippe aussi pour le site de bordel. Putain de sale
journée. Je me connecte toutes les demi-heures pour avoir les
news du taf, si j’ai le brief pour les salades, si Olivier a parlé
à Philippe du problème de bordel…
C’est
là que je reçois un mail de Faltot, je regarde les autres
adresses, j'aime bien ça, si je vois des noms que je connais...
Et là je tombe sur le nom d'un vieux pote du lycée, Jean-Baptiste
Bussière, auteur de la célèbre vanne culte des
années 90 : "Tu fais du synthé Million ?"...
Il est désormais Rédac chef de MAPS, et me dit que le
guide sort chez Flammarion. C'est chouette, ces coïncidences.
Je
glande toute la matinée, ne peux pas me recoucher, attends des
instructions du job, et j’ai bien l’intention de voir si le
bus de 12h10 passe.
Je m’étais " déshabillé " pour enfiler
mon jogging, je me rhabille vers 11h45. J’attends de midi à
midi vingt, rien. Je ne suis pas seul, une jeune fille est là.
Avec sa mère, sous mes conseils, car je craignais que le bus
ne passe pas. La mère me tanne pour que j’invite sa fille
chez moi. La fille refuse, et moi, je botte en touche. La journée
est suffisamment ratée comme ça.
Je passe un coup de fil à CP. Répondeur. J’envoie
un message d’annulation de rendez-vous à FB.
Je suis parti pour me faire chier toute l’après-midi, en
culpabilisant de n’être pas allé bosser.
J’ai
une nouvelle réponse sur le site d’échangisme, plus
un message d’une fille, qui avait déjà répondu,
qui me file son mail, et une autre, son téléphone pour
demain midi.
Je me rends compte que ces visites jouent en quelque sorte le rôle
qu’aurait pu jouer la lecture de " Marie Donadieu " de
Charles-Louis Philippe pour Kafka : le sexe est facile, et les femmes
aiment le sexe. Les jeunes filles aiment le sexe, et ne sont plus inaccessibles.
Cela me fera-t-il sortir de ma vision absolutiste de l’Amour, de
la Passion ?
Je dois reconnaître que je suis stupéfait, bandant, face
à ces photos de femmes " de tous les jours ", de ces
beautés quotidiennes dévoilées, offertes, volontaires.
Si loin de mes sylphides intouchables. Il y a du sens, du tactile, du
sensible.
Je suis bon pour accrocher, mais irais-je plus loin ? Accepterais-je
de mettre fin à une telle abstinence dans une rencontre de la
sorte ? Mon cœur romantique ne prendra-t-il pas le dessus, comme
il le prend dans l’âme des messages adressés à
des femmes qui annoncent cache leur volonté de jouissance ?
Je
suis tout seul chez moi, entre attente de mails et visite sur ce site.
Des photos de femmes défilant sur mon écran. Et tant si
jolies. Je redescends peu à peu de ma stratosphère idéale.
J’interromps
cette lobotomie pour revoir " Casablanca ". Je me retrouve.
J’ai zappé au hasard, sur TCM, sans vraiment le préméditer.
Je n’ai que trois souvenirs de Marseillaise chantée dans
des films : " Casablanca " où " Laszlo ",
résistant d’origine tchèque, entonne l’hymne
français dans la boîte de " Rick " face à
des soldats allemands chantant des refrains teutons ; " Escape
to Victory " de John Huston, un stade reprend la Marseillaise dans
un match opposant des prisonniers étrangers face à une
sélection allemande ; et les " Sans Espoir " de Jancso
(Hongrois) où des soldats en sous-nombre partent au massacre
en la fredonnant.
Je n’ai pas le souvenir français où la Marseillaise
est un symbole dramatique si fort.
Il faut deux Hongrois et un ricain pour que ce chant me tire des larmes
; Curtiz est né en Hongrie.
" Casablanca ", l’amour (le drame antique) vu comme sacrifice,
souffrance et solitude. Avec une merveilleuse pointe de cynisme.
" Comme le temps passe ", pour sourire à Brasillach.
CP
m’appelle, on essaie de dîner ensemble avec Régis
et Éric la semaine prochaine. FB me propose de le voir mercredi.
Tout se goupille pas trop mal donc.
J’hésite
à regarder " Moulin ", mais j’opte en fin de compte
pour " L’été de Kikujiro " sur Arte. Je
me laisse emporter par la musique, le rythme, les facéties de
Kitano, la magie douce et folle de cette épopée tragique.
Je regrette de ne pas être avec Marjolaine, et de sa chatte, chatte-san.
Je regrette aussitôt d’avoir cette pensée alors que
je veux, je dois ne plus y penser.
J’imagine la scène, et j’en souris, de bonheur. C’est
ça qui me fait peur. Je ne dois pas lui écrire, résister
à ma propension à m’épancher comme ça.
C’est dur.
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