La soirée la plus ringarde de Paris : pour une dénassification des nuits parisiennes.


J'ai débarqué dans une soirée, chez un ami de Virginie et de Sébastien, en tout cas, ce sont eux qui m'avaient convié chez ce type, un très sympathique "Stéphane". J'avais galéré comme un malade dans les rues de "Cadet", au moment où je décidais, désespéré, de reprendre la direction de "République", je suis tombé sur la bonne rue, "rue Rochechouart". Tant pis, il semble que le destin décide à ma place. Je descends, entends un son de moto, la Triumph de Sébastien. Top synchro. Je n'aurais pas à me battre avec le digicode et à me paumer dans les différents escaliers que me propose l'immeuble du n°8 de la rue.
Nous sommes peu nombreux, la pièce est spacieuse, le type est photographe pour MCM, il y a des projos dans tous les coins, ainsi que des tas de revues de donzelles, "Elle", "DS" etc...Et un livre de Daniel Vaillant.
Sur la table basse de la salle des convives traîne un flyer de la dernière soirée Panik.
La vie est assez bien faite, en fait. J'ai dans mon sac, quatre invits pour la soirée de ce soir ; le type me dit que la salle est toute proche, en haut de la rue. Mais pour le moment, je suis ici, bien, avec des amis. Et même de vieux amis. Je ne vais pas me casser à minuit pour aller à un festival de DJs inutiles.
À mon étonnement, les gens partent les uns après les autres, il doit être minuit trente. J'envoie un appel pour les invitations, mais personne semble être emballé. Je me retrouve à la rue un peu avant une heure ; je décide donc de profiter de l'occasion pour y jeter un coup d'oeil.
Je file mes trois autres places à des gens qui ne me remercient même pas, ça commence bien.
Je suis avant tout venu pour observer la salle, sentir l'ambiance, car j'ai un projet d'événement en tête et je voulais prendre la mesure du lieu ; salle dans laquelle je me souviens d'avoir vu "Thérapy?", "Downset", "Silmarils" et tant d'autres guitares à tout va.
Je dépose mon sac, 4 euros, 2 euros pour les vestes, je paie deux et la fille me fait un gentil sourire. Ça se rattrape.
Je décide de faire le tour du propriétaire, de m'imprégner de l'ambiance, d'observer la faune présente. Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Que font-ils ?
Il y a à peu près 800 personnes, comme le nombre d'exemplaires vendus de "Jean No". Les voilà donc les lecteurs du petit "Nassif", les stagiaires de la Com', de la pub, de la presse clonée de l'utopie trendy : coupes de cheveux identiques, entre la mèche de "Burgalat" et la touffe de "Raphaël Chevènement'. Les filles, que dire ?, je n'ai pas eu un "schwing" de la soirée, peut-être un, et encore.
Musicalement, des sons mono-tout-ce-que-vous-voulez, les gens se regardent, l'ambiance est à chier, une véritable scène d'enfoirage, à la Moix.
Par moments, des crépitements un peu accélérés provoquent de légers signes de vie, les gens lèvent les bras, un court instant. Puis lorsque les bpms s'électrofusent vraiment, ils crient de petits "ououou", tout naze. Tout le monde se fait chier, ils rêvent tous de devenir Jacques Séguela, Jean-Luc Delarue, ou bien Daniel Fillipachi. Ils bossent tous dans un groupe appartenant à ces types, "Hachette", "Publicis", "Havas", "Canal+"... Je suis dans une fête de comités d'entreprise ; et moi ?, je rêve d'être un écrivain, pourquoi pas André Suarès ou Pierre Drieu la Rochelle ? Chiche.
Je quitte la soirée vers trois heures, la fille me rend mon sac et me renvoie un joli sourire, le moment de vie de la soirée. Merci.
Je redescends la rue jusqu'à "Cadet", je n'ai aucune idée de la direction à suivre pour me rendre à "République". Je tourne dans tous les sens, analysant tous les plans de rues possibles. "Excusez-moi, Monsieur, auriez-vous une cigarette ?", une phrase sort de l'obscurité, de la pénombre et du vent, un type couché au sol, dans un petit renfoncement, le type le plus humain de cette nuit. Je rentre à pied, lambinant de méandres en sinuosités, je débarque enfin à "rue de Turenne". Chez moi.

Paris est une magnifique ville la nuit. Sans voitures, sans gens, avec des lumières.