Vendredi 7 septembre :

"Salut Stéphane,
Je ne sais pas si tu as regardé "Campus" hier soir, mais moi, oui ! Et... ils ont complètement zappé les reportages que nous avions tournés toi et moi ! J'en rigole encore, c'est très significatif... À ce titre, je te renvoie au message que je viens d'écrire sur mon forum, intitulé "Dépassés".
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À plus !
Mylène"

J'apprends donc par Mylène que les petits témoignages filmés par MJ et FV ne passeront pas à la télé, ne sont pas passés sur les écrans. Ce sont les cons du boulot qui vont rigoler, me railler, se gausser de moi.

Peu importe, je me suis endormi à 1-0 pour le Brésil en Argentine. 2-1 au final, viva Argentina !
Je ne voulais pas trop regarder l'émission, je hais mon image.

J'ai eu la flippe de ma vie, pas vraiment la flippe, mais un moment "hors de la réalité", un truc à la X-File. "The X-File Time".
23h, sonneries de tout part chez moi, trois en alternance entre mon fixe et le portable. Je me réveille, "où suis-je ?", "l'Argentine a gagné, chouette", "c'est quoi ce bins ?"
Je regarde l'écran, encore un écran !, de mon portable Panasonic 1e Génération, pas de nom, pas de numéro, rien, rien, RIEN…
Ding, ding, ding, à la porte, à la porte de ma maison, là, en bas, à côté, putain c'est qui ? C'est quoi ?
J'enfile une K7 et enregistre "Campus" pour Laurent. Ces sonneries sont arrivées à temps.
Je me dirige vers la porte-fenêtre pour voir la voiture de l'assaillant, mais rien n'indique que le sonneur ait un véhicule.
Ce n'est pas un ami, il serait monté. Ce n'est pas ma mère, elle serait également montée. C'est peut-être Carole, elle est plus timide que les autres ?
Bon, j'éteins le phone, décroche le fixe, zappe sur C+ vert et regarde la fin de Seinfeld et m'endors.
L'inconnu restera inconnu. M'en fiche, j'ai passé une sale journée…

Matin, je file chez mes grands-parents. Ils ont entendu quelqu'un devant chez moi. Ma porte était entrouverte, mes clés du côté extérieur.
"Tu finiras par te faire assassiner" dit ma grand-mère.
"Ils vont faire un double et tout cambrioler un jour, tu verras !" enchaîne mon grand-père.
Mais c'est sûrement un pote, un des frères Lemaire qui voulait que j'enregistre un truc et qui n'ont pas osé monter.
Bon, je bois un café, feuillette le "Parisien", un papier sur Houellebecq à "Campus".
Je ne sais pas encore que je recevrais un beau texte de Mylène qui serait plus que sévère avec la nouvelle émission de Durand.
"D'ailleurs, sa voix est couverte depuis la sortie du livre par les mêmes mots : tourisme sexuel, apologie, monothéisme, islam, Thaïlande, prostitution, éthique. Ah, voilà matière à débat ! Voilà un bon petit scandale qui fait les choux gras de la presse et de la télé ! Il s'agit surtout de bien l'alimenter, il faut en retirer un maximum d'argent."

Moi, je ne suis pas choqué par le biais que prend l'émission, MH dans la polémique sur l'Islam.
C'est le top, la littérature devient vivante, fini les exposés sur les virgules chez Proust, les phrases courtes des Hussards, les dialogues "maîtrisés" de Nothomb, l'adverbe chez ? etc…
Ok, la machine du spectacle manipule les concepts, mais MH s'en amuse, la marionnette se libère et contrôle parfois le marionnettiste. Avec MH, on touche la schizophrénie, le pantin n'est pas celui que l'on croit.

Bref, que des cons d'islamistes en France, que des défenseurs des "différences", réagissent à un roman, à des phrases écrites par un petit gars sur les falaises de l'île de la honte, à des phrases d'un personnage romanesque, pitoyable et écoeurant, c'est très fort, c'est jouissif même.
La littérature gagne, s'impose dans un pays où l'on ne lit que des merdes ! Où l'on ne pense plus, où l'on passe son temps à se divertir, à regarder les jeux du cirque.
Un autiste, maigrichon, avec des phrases simples, des idées simples, devient un "gladiateur" des médias, un héros de la société du spectacle.

Et puis, chère Mylène, si l'on voulait parler "littérature pure", on lirait Gracq ou Tournier…

Mais cela ne me dit pas qui était à ma porte, à sonner, à téléphoner.
J'ai la réponse en fin de matinée, c'était Cyril.
Il était resté assis, à rouler un splif, dans mes escaliers. Il n'a pas osé monter. Puis, il est reparti peu après.
Il est con parfois Cyril ; il suffisait de parler, de s'exprimer, de gravir une dizaine de marche.
Il est resté là, seul, sa clope au bec, ses cendres tombantes sur son blouson de motard. Il devait penser à Loubna, à ses yeux, à ses hanches fragiles, à l'Afrique, aux regards des enfants, à une gazelle de l'Atlas, à ses potes, aux gamines du lycée, aux jolies filles aperçues dans une vie, à rallumer son bédot.