Le conditionnement des conditionnements, le réveil. La semaine, bien programmé, j’ouvre les yeux, le pouls alerte, toujours à la même heure. Je me penche d’un geste brusque et anxieux vers mon horloge. Celle-ci indique immanquablement " 6h40 ". La sonnerie étant programmée pour " 6h45 ".
Je mets donc la radio, " nova ". La seule que je capte. C’est bien dommage.

Dans le RER, je repense à mes propos sur Israël. Je me dis que je passerais facilement pour un antisémite, quoi que j’aie pu expliquer sur les descendants de Sem (juifs, chrétiens et musulmans) dans mes pages précédentes, par mes prises de position, par ma lecture de Drieu, par mon goût pour les beautés juives, j’ai la panoplie d'un parfait antisémite.
On est si facilement et rapidement taxé d’antisémitisme dès que l’on réagit avec humanisme et droit à la situation en Palestine. Très vite, on vous tanne sur la spoliation des biens juifs durant la guerre de 39-45. Je ne me sens pas responsable de cette période, si peu confuse si on regarde vraiment. Mais quand aurons-nous parler de la spoliation des biens palestiniens ? Sur ce drame contemporain, je me sens, par la réflexion, un acteur responsable.

Dans le train, mon esprit divague dans ce paysage de terrains vagues peuplés de carcasses métalliques et bétonnées. Je pense à des enfants. À la joie d’être père. À la joie de deux perles de bonheur qui vous appellent " papa ".
Je pense à l’école des fans, c’est stupide. Je pense à ces gosses qui n’ont pas changé. Naïfs et gentils. Je pense ensuite aux vieux, toujours de plus en plus vieux.
Je m’amuse dans le reflet de la grande vitre de la porte du train à imaginer " L'école des fanes ", une émission où des vieux chanteraient des chansons de Jennifer ou d’Ophélie Winter.

Ma vie est une billevesée, une farce ridicule. Un vent vain dans un boyau : un pet quoi.

" Il n'y aura plus désormais que deux catégories d'hommes : les veaux et les révolutionnaires. En cas de mariage, ça fera des réveaulutionnaires ".
C'est un peu ça la pub : de la réveaulution, non ?

" Billevesée " et " réveaulution ", la journée n’est pas si glauque que cela… On mange la galette, la quiche, la tarte des rois.
Je reçois un message des " Copains d’abord ", " Séverine Demarle vous a écrit ". Chouette, est-elle célibataire ?
Toujours avec Grego, et moi toujours au lego...

Je pars de l’agence à la limite du train raté. Je cours, je zigzague. Entre ces cons déambulants du matin au soir.
Il fait froid. J’attrape de justesse mon train. Les poumons frigorifiés, lourds, brûlants étrangement. Dans ma course le long des wagons, j’avais rebroussé chemin à la vue d’un très jeune minois. Seize ans peut-être. Infâme chenapan, je suis.
Je m’assieds à contre courant de la marche du train, devant moi, le visage angélique de la petite, le crâne d’une vieille rousse qui lui fait face, une brune quadragénaire et le profil d’un type assis tout près d’elle.
La mignonne parle des soldes. Il semblerait qu’elle est vendeuse dans un grand magasin parisien. Un contrat de qualification ou est-elle peut-être majeure ? Un peu comme le blondinet de 23 ans qui fait très facilement 16 ans.
Elle a une voix toute fluette. Comme une enfant. De grands yeux amandes très ouverts, bruns. Une bouche grande et exquise, une lèvre inférieure épaisse et douce, deux volutes se rejoignent en un parfait trait pour dessiner l’une des plus belles lèvres supérieures qui soit. Entre les deux, de jolies dents blanches.
Je la fixe presque tout le trajet. Je sens le regard de la vieille sur moi, sur ce jeune homme élégant en costume noir, ce jeune homme aux cheveux longs et aux fesses rondes. La jeune fille ne me regardera à aucun moment.

Dans ma boîte aux lettres : " La vanité des somnambules " dédicacé par Chloé ; j’avais justement déposé un message sur son répondeur en fin d’après-midi, car elle me manque.

Chez pépé & mémé : " Les amants du n’importe quoi " et " Mer calme à peu agitée ", que mon grand-père est allé chercher chez Pablo.