J’en parlais avec Beig, et de son passage sur Arte - une émission sur "qui veut gagner des millions" en Europe - et j'évoquais sa métaphore avec la brioche de Marie-Antoinette et la télé-réalité, et je repensais au titre, pas aussi naze donc, de Loana, "Miettes", et c'est bien de cela qu'il s'agit de miettes laissées à la plèbe cathodique.

Devenir millionnaire, devenir une star - j'aime bien les trucs pastels avec des petites ritournelles - le jeu spectaculaire est une politique de domestication, ce qui est en rien scandaleux, l’homme étant un animal (" politique " ou " grégaire ").

Il y a des moments où les choses s’imposent, vous parlent de façon irréfragable, incontournable. On peut parler de révélation, de certitude, d’épiphanie.
C’est ce qui s’est passé avec cette jeune fille, que je ne sais même pas à quoi elle ressemble.

J'ai bien aimé la douceur qui se dessinait derrière ses mails. Et mon imagination a fait le reste, à quoi ressemble-t-elle ?
Je tente, je ne sais vraiment rien, j'ai pas demandé de précisions, d'ailleurs je n'ai rien dit à personne, si je tombe juste, avec bonheur, sinon, ce sera la preuve de ma bonne foi.
C'est parti, xxx.
Une grande douceur, c'est évident, brune, les cheveux courts, des petites mèches, de grandes pommettes roses, un visage tout souriant, jovial, avec de grands yeux ronds, noisettes, ou peut-être verts, des petites lèvres, pas fines, mais pas drues, un tracé gracilement dessiné, mais pas excessif. Je vois un petit minois, entre l'elfe et Amélie Poulain, comme Audrey Tautou, mais avec de jolies jambes. En tout cas, je vois une fille plutôt belle. Si ce n'est pas le cas, peu importe, ce ne guère essentiel et la laideur est la chose la mieux répandue au monde. Mais la beauté en est la raison, au monde.
Je la vois toute jeune, pas forcément maman, d'un petit Lucas, Théo ou Ernest*, interrogeant son mari sur l'école des fans, que le petit Hugo était bien marrant, qu'une petite était si mignonne et chantait si bien, que le dernier était drôlement bavard, et le coup des "animaux et Chirac", si tendre et désopilant !
Que les mômes étaient aussi naïfs que ceux de 1980, qu'ils avaient les mêmes perles de bonheurs, et que l'on se demandait bien quand se passait la métamorphose en êtres ingrats et rudes.
Jeune maman ou pas, je la vois bien aussi avec un chat, un chartreux, Gribouille, c'est le nom pour un chartreux, seule à lire des romans de Duras, en se disant Moderato Cantabile.
C'est marrant comment de mots utilisés par tous, renvoient de bien différentes choses. Souffle au cœur, souffle de douceur, souffle doux au cœur. En dehors du jeu syntaxique, c'est vrai qu'il y a cette forte impression de gentillesse. Et c'est bien agréable.

* Si tu veux lire la naissance d'un petit Ernest, sous le nom d'Octave, dans le quatrième roman de Philippe Jaenada, "Le cosmonaute".
Ernest, en raison de Debord ou du "Che", ou bien les deux ?

Elle me répondra, et j’avais tout de même assez bien vu. Elle me confirme ses pommettes prononcées, et un " sourire quasi permanent ". Et son petit chat gris et saumon, " Écailles de poisson ". Je ne pouvais me tromper. Elle s’inquiète de ma sensibilité et de mon ouverture aux autres. Je la rassure, je suis sensible seulement avec les sensibles ; et je sens très bien les choses.
Elle me parle d’écorchés vifs, que je le suis un peu trop, que je lis en revenant de l’expo Dominique Renson - eh Clinclin, c’est un pote à FJ Ossang, j’en suis sûr ; eh Seb, c’est un pote à Badiou, j’en suis sûr aussi - qui s’y connaît en écorchés vifs en peinture.

Puis, une amie à qui j’avais demandé si elle la connaissait m’apprend qu’elle vient d’entendre parler d’elle justement, pour la première fois, aujourd’hui par une personne qui est elle-même une amie de la personne qui m’accompagnait à l’expo en question.

J’adore quand tout se recoupe comme ça !