Mercredi 9 janvier :

C’est tout de même dommage qu’aucun détracteur fut convié à " critiquer " Cossery au BBD’Show. C’est " injuste " ce respect supérieur donné à certains écrivains (Robbe-Grillet également), un traitement différent et trompeur.
J’aime beaucoup Cossery, mon admiration pour le " personnage " (vie, façon d’écrire, vision du monde) se retrouve dans mes premiers textes. C’est un type que j’aime énormément.
Mais il y a tout de même des choses à lui reprocher. Pour avoir relu son meilleur livre " Mendiants et orgueilleux " et lu en diagonale " Un complot de saltimbanques " et " Les couleurs de l’infamie ", je dois bien reconnaître que le premier livre cité est un très bon ouvrage mais que les autres sont des redites.
Pour Cossery, tout est simple, simpliste même. Je sais dans " Mendiants et orgueilleux ", Cossery/Gohar nous répond : " Comment ne comprends-tu pas que cette soi-disant complication ne profite qu’aux salauds ? "
La philosophie de Cossery est vieille comme Hésiode (je maintiens, Hésiode, celui des " Travaux et des jours ") et même semblable aux sentences de l’Ancien Empire, des " Maximes " de Ptahhotep (Ve dynastie, règne d’Isesi).
Le monde de Cossery est peuplé de mendiants philosophes, à chaque fois, de commerçants adipeux et présomptueux, de policiers rustres ou pédérastes, d’avocats décrits comme une " bande de châtrés ", de femmes soit putains soit bourgeoises, mais la finalité de l’intrigue reste le parti pris Cosserien.
" La liberté était une notion abstrait et un préjugé bourgeois" telle serait la maxime principale de Cossery.
L’action des romans de Cossery ne varie jamais, c’est-à-dire un pastiche de la corruption bourgeoise. D’ailleurs, pour dire vrai, à l’exception de jolies sentences de vie, on s’ennuie terriblement. Surtout qu’il n’y a ni suspens, ni rebondissements possibles. La fin est connue d’avance :
" Un immense besoin de paix "

Quelques phrases essentielles de " Mendiants et orgueilleux " :

" Il se meurtrirait l’âme et se ferait des idées idiotes sur la liberté " p21

" Enseigner la vie sans la vivre était un crime de l’ignorance la plus détestable " p25

" Il était sans dignité, mais cela ne l’empêchait pas de vivre. Ce que Gohar admirait surtout en lui, c’était son sens véritable de la vie : la vie sans dignité.
Être vivant suffisait à son bonheur " p28

" Elle s’écoulait sans heurt, comme un rêve serein " p33

" La liberté était une notion abstrait et un préjugé bourgeois " p44

" Avec la conscience innée de sa hideur, Yéghen ne pouvait prétendre à la séduction ; pourtant il avançait avec la mine réjouie de l’homme aimé et exempt de doute " p61

" Les lentes élaborations, les théories savantes destinées à soulager la misère du peuple n’étaient à son sens que sinistres plaisanteries " p86

" Le produit d’une civilisation angoissée prospérant par le meurtre " p91

" Gohar était reconnaissant aux femmes, à cause de l’énorme somme de bêtise qu’elles apportaient dans les relations humaines " p146

" Ce siècle me semble pourtant dépasser tous les autres dans le domaine de la facétie " p154

" Comment ne comprends-tu pas que cette soi-disant complication ne profite qu’aux salauds ? " p217