La perversion n'existe pas. On est toujours le pervers d'un autre. Mais la perversion qui n'existe pas disparaît intégralement à la vue d'une grâce bien réelle.
Bus, comme d'habitude. Avec un livre, pour ne pas changer. Chloé Delaume par Chloé Delaume, mais aussi un peu Nathalie-Anne Abdallah-Leroux.

"J'aurais dû me méfier. Le limbique est sauvage surtout le vendredi". Je rigole sottement. Je n'ai jamais lu Michel Tournier.
Un peu plus loin, je rigole moins. "Je chute vite. Facilement. Aisance à l'affaissement spécialité maison détaillée d'or ci-gît tous les six mois au moins. Oui c'est un minimum. Effondrement cyclique il fut écrit un jour maniaco-dépressive sous-titré trouble bipolaire la psychose se déroule en trois phases."
Ah bon.
Je lis ce voyage au coeur du cerveau de Chloé... En zigzags de synapses en synapses. C'est frissonnant.
Ma plongée dans la tête de mon circonflexe tant désiré est interrompu, une bouchée de H20. La belle inconnue s'étire, bras sémaphores mauves. Elle ne fait signe à personne. En montant, elle avait les yeux ouverts. Nous nous saluons. Parano, toujours imaginer le moins sympathique. Je me dis qu'elle a ouvert les yeux parce que le jeudi un bimbo prend le bus à Touquin. Un type pyroxidé, grosse veste à poils longs, petit fut moulant et parfumé, très bi.
Je sors toujours rapidement du bus, n'ai pas envie de me retrouver derrière elle, tel un aimant en peine. En laisse. Elle me rattrape sur le quai de la gare. Je regarde vers le haut de l'escalator, en faisant les cent petits pas pour me réchauffer. L'ange annonciateur se présente, en une seule forme. Je souris. Je souris à la femme qui la précède. Une femme qui prend le bus à Touquin, mariée et enceinte de l'instituteur du village, un branque "religieux" qui n'aime pas les enfants. Je choisis de la suivre, alors que je m'en tamponne gentiment. La grâce passe, vers le wagon d'à côté.
J'ai envie de la rejoindre, lui dire que cela me manque de lire près d'elle. Que je suis triste qu'elle ait changé de place. Que sa présence éclairait ce tunnel dépressif.
Je me coltine une conversation sotte avec une femme sans lumière. À sa descente du RER, je reprends la lecture en somnambulie.

Au travail, j'apprends plein de trucs incroyables. Mon horoscope celte, ce qui me réjouit car je me sens de plus en plus celte. Paumé dans mes fôrets. Planté dans ma boue.
29/09/1975 :
"Noisetier :
Vous êtes de nature plutôt discrète mais, avec vous, il ne faut pas se fier aux apparences. Votre charme et votre intelligence très vive retiennent très vite l'attention. Vous possédez l'art de séduire et de convaincre votre entourage. Votre nature tenace vous permet de réaliser ce que vous souhaitez, votre côté têtu a parfois du bon. Vous ne manquez pas non plus d'imagination et vous avez besoin d'un partenaire qui apprécie votre fantaisie ordonnée. Cette année sera celle des remises en ordre, des transformations douces et des prises de décision salutaires."

Sur la salade :

"Il faut toujours se méfier avec la laitue. Comme l’indique monseigneur Gaume, dans son étude sur Le Signe de la croix (1864) : "au monastère de l’abbé Aquitius, il est arrivé qu’une religieuse, entrant un jour dans le jardin, vît une laitue qui excita son appétit. Elle la prit, et oubliant de faire le signe de la croix, elle en mangea avec avidité. À l’instant même, elle fut possédée du démon, renversée par terre en proie à d’affreuses convulsions." Ce qui tendrait à prouver que, pour l’Église, si l’on tient à garder sa chasteté, la laitue d’Héra est encore de trop. Il faut non seulement supprimer le sperme de l’époux, mais encore l’enfant de la laitue. Le sexe ecclésiastique est donc une misère définitive. On se demande même comment laitue a pu devenir objet d’un jardinage papal, au xive siècle, ou de la bénédictions d’un prélat du Poitou. D’autant que la salade fur souvent associée à la prostitution. À Babylone, dit un texte sumérien, les prostituées sacrées étaient coiffées comme des laitues. Et dans la langue des souteneurs, au siècle dernier, on disait d’une femme non affranchie, qui n’appartenait pas au milieu, que c’était une laitue. On l’a même dit finalement d’une femme quelconque, sans intérêt. "Quand on a une femme comme la tienne, on ne va pas se gaspiller avec une laitue", dit Ange Bastiani. En tout état de cause, prostituée ou pas, c’est bien de la femme qu’il s’agit, et parfois même de son sexe buissonneux. Jamais apparemment la laitue n’a signifié quoi que ce soit ait pu avoir un rapport quelconque avec la vérité."

Des laitues pour caractériser des putes. Je comprends donc l'expression du "panier à salades" de la police.

Une journée "intense" en échanges... Le matin, je réponds à un mail de VTC, qui me rassure et m'encourage à y croire. À croire en quoi. Quel affreux bilan d'une existence d'un garçon bien sous tous rapports.
Le coeur (ou l'espoir), c'est un peu comme une peau de chagrin... il se réduit d'année en année... Que reste-t-il ?
Juste assez pour les amis.

Un message d'Eric me fait rire joyeusement, discussion entre disciple sadien et romantique... Une spirale d'influences.
Fred me propose de lancer la revue comme un livre. C'est comme ça que j'imaginais le truc, dès le début : une revue dans les gabarits du livre, avec la couverture sobre et classe d'un livre Flammarion.

De notre conversation, je lui promets de lui déposer très vite les textes qui seront sur le site revuebordel.com. Chose promise, chose faite dès ce midi. Je passe à "Copy cop", je tombe dans le métro, m'évade, les yeux fermés, durant le trajet, remonte la rue de l'Odéon à Flammarion, pénètre, salue la fille et lui confie tout sourire les 160 pages.
Je ressors, roule-boule jusqu'au carrefour Odéon, téléphone à Cyril, discute. Une main se pose sur mon épaule, sourire, Néo en pantalon rouge venu voir son attaché de presse et "Gang of New York".
Heureuse surprise, microcosme de quartier.

En fin d'après-midi, bafouant les règles impératives, circonflexe me passe un coup de téléphone, des remerciements, bien mutuels. Grand plaisir d'entendre sa voix, de ce mélange entre cerveau et lèvres, mélasse labiale et cérébrale. Doux.
Retour en train SNCF, mais pas de bus interurbain "Darche Gros" à la gare de Marles-en-Brie. Seul dans le froid briard. Autour de moi, les gens prennent des voitures et des bus vers d'autres directions.
Pépé arrive à 19h45. Je m'excuse de lui avoir fait louper, une nouvelle fois, le "Bigdil". Émission qu'il suit mais qu'il ne prononce pas.
Mémé a préparé un gratin de quenelles au brochet, "du poissonnier". Sur Outlook, un message cosserien de Jaenada, et un courriel (merci à Alexandre et Lucas) de JA, toujours un ton un peu désuet. Si agréable.

"Kickboxer" avec JCVD. Ce qui est pénible dans les films où jouent des asiatiques, c'est l'horrible accent dont ils sont affublés.
Le "blanc" qu'il soit américain, français, anglais, russe, espagnol a toujours l'accent du français. Pourtant un jeune asiatique arrivant en France parle souvent mieux le français que de vieilles familles portugaises. C'est un gimmick qui me déplaît. Peut-être parce que j'ai plus de respect pour les cultures asiatiques que l'art premier africain (contemporain de la Renaissance !). Imagine-t-on un acteur noir doublé par Michel Leeb ?!
La scène que je préfère (en dehors de la tête d'ahuri de Kurt-JCVD), c'est le passage où VD, jouant l'homme ivre, danse dans un tripot avec deux "laitues". Il me fait penser à Alain Delon. Dans le sourire satisfait. Et dieu sait que j'aime Delon, enfin celui du Samouraï, ou du Clan du sicilien. Aware à quoi bon ?