Ceci est un conte. Un conte moderne. Un conte contemporain.
C’est un conte qui fait peur, qui effraie, qui inquiète. Mais c’est un conte.
Que les parents dorment en paix, que les enfants rêvent paisiblement.
Ce n’est qu’un conte.

Il était une fois,
Dans un lieu que l’on ne précise jamais, c’est ce qui fait le conte du récit, un lycée, qui porte certainement un nom comme tous les lycées du monde, mais qu’ici nous est inconnu.
Il était un lycée où tout était mauvais. Les pires choses sévissaient chaque jour, des êtres abjects y travaillaient. Des enfants y apprenaient. Tentaient tout au plus.
Dans ce lycée, il y avait des professeurs de toutes espèces, des jeunes perdus des provinces lointaines, sans expérience et plein de rêves, des fiers et ombrageux qui voulaient conquérir de nouvelles terres, des plus anciens dont la flamme éclairait encore un peu les espoirs défaits par le temps et la facilité, des vicieux, des informés qui cumulaient des heures et des heures pour s’acheter une plus belle voiture, entretenir une plus élégante, une plus câline et pour finir cette petite armée misérable, les indécis, les résignés, les sans-espoir.
Il y avait dans ce lycée des responsables, des administrateurs certifiés, omnipotents et extrêmement pernicieux. Ils ne travaillaient jamais, faisaient tout au plus acte de leur présence à des fins purement égocentriques : narration de leurs dernières vacances, de leurs prochaines destinations, de calomnies sur tels collègues, sur les supérieurs et sur la difficulté de leur dure et pénible fonction. C’étaient les conseillers d’éducation. De conseils, ils en avaient aucuns à donner aux élèves, hormis peut-être " ne fais rien et tout sera fait " et surtout " fais-toi oublier tout en te montrant ". Et d’éducation, celle d’immondes enfants gâtés. Ils étaient les maîtres des lieux. N’aimaient ni les enfants, ni les parents, ni les profs, ni les surveillants, seulement le salaire, la garantie des vacances et l’appartement de fonction.
Les surveillants, souvent gobe-mouchant dans des bureaux surchauffés et aux téléphones décrochés, étaient les troupes d’élite des conseillers principaux, rois de la délégation des tâches. " Ne fais rien, plus petit que toi le fera ", telle était la maxime des sirupeux et insipides conseillers principaux de ce lycée du cauchemar contemporain. N’ayez crainte, lecteurs, amis, ce n’est qu’un conte.
Dans des bureaux clos, à la chaleur tropicale, le proviseur dort. Il revient d’un congrès inter académique, ne veut rien savoir des problèmes de retards, de violence et de l’analphabétisme de ses élèves, " c’est quand les prochaines vacances ? " lâche le crotale dans ses rêves de séjours aux Seychelles. Il fait chaud dans son bureau, le repas fut long et copieux, la digestion mérite une sieste.
Durant ce temps, le conseiller, après s’être délégué sur un plus petit que lui, part à la chasse. Tout conseiller qu’il est, il reste un homme, et le plus instinctif qu’il soit. Il doit choisir une nouvelle employée, toujours au féminin. Sa propension à la fellation en milieu divers ferait la différence sur d’autres potentielles candidates. Sucer, c’est gagner. Forniquer avec des subalternes était l’occupation privilégiée des conseillers, bien plus que le bavardage médisant sur le proviseur endormi. " Le gros lard " lâchaient-ils en chœur, les rares moments où tous ensemble présents, ils discouraient sur le chef de l’établissement.
Les quelques surveillants encore éveillés rigolaient aussi aux blagues de leurs supérieurs, la gaieté animait le cœur de tous à la Vie scolaire. Quelquefois, l’ennui prenant le pas, la pluie s’occupant de l’extérieur, les surveillants accompagnés d’un conseiller se lançaient dans des jeux " interdits ", boulettes de papier, sarbacanes et lancers de craies. Il faut bien que le temps passe.
Dans ce lycée, tout pouvait aller vau l’eau, qu’importe, le budget des réparations était conséquent et les demandes d’adhésion ne manquaient pas. Personne ne demandait des résultats, et toutes les histoires graves étaient étouffées rapidement.
La couardise n’était pas la pire des qualités d’un conseiller, mais elle prenait place dans le haut du classement. Lorsqu’un surveillant informait d’un coup dur possible pour le jour suivant, il était bien évident qu’au moment venu, le conseiller était introuvable. En réunion.
Et c’était le professeur, le gentil et le zélé, qui se retrouvait avec un couteau sous la gorge. S’en suivaient des semaines de grèves et de malaises que l’exclusion de quelques-uns satisfaisait. Le professeur ne pense pas plus loin qu’un conseil de discipline. Penser n’est pas rémunéré dans son quota d’heures.
Dans cette pagaille orchestrée et régie par les conseillers, les surveillants dérivaient au gré des caractères et des fainéantises. " Ce n’est pas à moi de , c’est à de ", tous se montrent du poil de la main, tous se morfondent, dépriment, et vaticinent sur des concours mirobolants. Le rêve du petit, du pas trop d’effort.
Dans ce conte, il n’y a pas de héros, pas de " petit poucet ", de " prince charmant ", mais, il y a des horreurs, des injustices, des forfanteries.
J’éviterai de narrer les épisodes de vols d’élèves avec la complicité des surveillants, le soutien des conseillers aux racketteurs, les querelles entre surveillants avec manipulations d’élèves et faux témoignages et toutes sortes de pressions inqualifiables.
Mais un conte doit tout de même comporter une part d’ogre, de frayeur. Dans ce lycée inconnu, innommé, un élève, doux, un peu trop frêle a été sodomisé par ses camarades, avec des ustensiles peu sympathiques. Sans que les surveillants et les conseillers n’interviennent. Il n’est pas recommandé d’être faible dans ce lycée. La loi de la force, de la ruse, du nombre l’emporte sur des naïvetés de chevalerie.
Le petit pâlot se fit déflorer, rite barbare ?, rite initiatique ?, passe-temps ? Tant que cela ne réveille pas le proviseur et ses rêves de maison à la montagne. Rien n’est grave dans le lycée de l’horreur ordinaire.
Mais ce n’est qu’un conte, qu’un conte. Un conte.