Entassés, nous sommes. Pliés. Collés. Serrés. Moites. Sueurs et craquements de mâchoires. Un type de type pakistanais parle. Avec colère. Des mots de privatisation s’échappent de sa bouche marron. Il vocifère sur ceux qui ont tout : les employés de la Sncf. Je ne dis rien, je suis assis sur des marches sales. J’essaie juste d’effacer mes envies de meurtre nées d’une femme, avec de jolis seins, qui tritouille un paquet de gâteaux. Je déteste le bruit. Le bruit du papier froissé. Je déteste les petits bruits. J’aime les jolis seins, des femmes aux cheveux roux. Je déteste les petits bruits encore plus. Je n’en peux plus, et le train ne démarre toujours pas.
Je regarde l’heure sur mon téléphone coupé. Par Orange bafouant sa parole ; celle d’une fille du service clientèle. Je garde tout de même mes numéros en mémoire. La mémoire, c’est tout ce que j’aie. Que j’ai ? Pfff…

Le train brinqueballe nos carcasses de salariés, nos corps de peine à vivre, à jouir, forcément. Je me dis des choses avec des nichons dedans, et un peu d’amour, surtout. Je me dis qu’il est pénible ce " tu me plais pas mais devenons amis ". Je me dis que des amis, j’en ai. Des amis, c’est sûr que j’en ai. Que j’en aie ? Pfff…

Je voulais juste (DIANE) le truc de sentir une peau pour sauver la mienne. Qu’elle me dise " je t’aime ". Que je caresse ses seins, gros et mous, et que je lèche sa chatte, impeccable et bien soignée. Qu’elle suce ma bite de psychopathe. Que de madrigaux coulant du fond de ma gorge, du fond de sa gorge.
Un peu de vie et de poésie. Des trucs d’épiderme. Du côté des pores… Je voulais ses pores, le truc de l’embarquement pour Cythère. J’étais nul en poésie au lycée. Ça n’a pas changé.

D’un quai à l’autre… Avec mon sac, mon portable pc, et mon portable inutile. Et des photocopies de textes bien : Tanguy et Grégory. Je reconnais un visage, une petite blonde chubby, ronde et jolie. Anne. Quelle année ? Lycée Georges Cormier. 22 ans, comptable. Visage rond, jolis yeux bleus. Visage rond, cheveux blonds. Visage rond, et des nichons.

Ce soir, j’écris de nouveau. C’est bon. Vieira marque un but pour Arsenal. Totti est exclu. Le foot est toujours avec moi. Je regarde les mails reçus lors de mon tassage ferroviaire : Valérie et Eric B-B.
Je regrette de n’avoir pas pu écrire lors de notre belle soirée " Ferdinand et les iconoclastes " de vendredi. Avec des Fregoli petits, Sacha le joli bébé, le fils de Karine, et deux barbus. Mais aussi une grande blonde musculeuse et son ami héros mexicain, une femme en mauve et son ami, un ancien cheveux longs & petits slips rouges, et la fille du " train de la honte "…
Sans omettre, le sémillant Pascal. Amouraché comme jamais, je l’avais vu.

De son côté, Eric B-B connaît les affres de la vie amoureuse. Pourtant si délicat, ce jeune homme. Comment avoir des soucis de vie avec un tel mec ?

Je perds le fil de mon texte à me perdre dans mes namedroppings, postmodernes. Comme me soufflerait la blanche tachetée, HélènePecot. Car ce midi, j’ai mangé japonais, menu A, avec HélènePecot, menu B. Elle m’a expliqué ce qu’est la littérature postmoderne : des citations de la culture académique (élite) mêlées à des citations pop-culture (populaire). Comme Ralelais, Diderot ? Oui & non, à l’époque, y avait pas de pop-culture. Donc, c’est avant tout une théorie technologique : c’est la technologie (radio, télé) qui a permis de mêler Spinoza aux Kinks. Lire Camus et écouter les Beatles. Ce genre de trucs technologiques, impossible au XVIe siècle.
HélènePecot est normande, blanche et gironde comme dans les bouquins ante-postmoderne de Rabelais.