Samedi 11 août :

Laurent est passé, avec sa dégaine d'insoumis fataliste. J'ai fait de pâtes à la carbonara, le plat simple qui ne coûte presque rien. Il fut étonné de la quantité de crème fraîche, oui, mon ami, je mets le pot entier, c'est bien meilleur bien crémeux.
J'avais débouché un petit Brouilly, mais Laurent a préféré rester sur la Despé. J'aime pas du tout le goût de pec citron de la Despé, reste de fût des brasseries Fischer, en Alsace, mélangé avec des aromates pourris, Despérado, fin de fût et "tequila", Kingston, merde et "rhum", Adel, s'en sort pas mal, merde et whisky.
Mon père habite un petit village, dans les horizons des brasseries hideuses de Fischer, à Schweinheim, le village du cochon. Charmante bourgade, j'imagine, près de Saverne, qui a aussi sa brasserie à pisse.
Tiens c'est drôle, j'écoute en ce moment un vieil album d'un chanteur Franc-Comtois, Thiéfaine.
Mais attention Alsaciens et Franc-Comtois, c'est comme les Ricains et les Canadiens, c'est très électrique.
Moi, je m'en fous, je ne suis pas très concoillote (c'est même pas dans le dico !), mais j'ai de bien beaux souvenirs en Haute-Saône. J'ai failli me noyer dans l'Ognon, une rivière qui passe à Villersexel. Heureusement, mon solide camarade, Hervé, m'a sauvé d'une mort pathétique, noyé dans deux mètres de fond de l'Ognon.
D'ailleurs, ce géant au cœur tendre et à la morale inflexible se marie le 18 prochain.
Le pain était bien bon dans le petit village d'Esprels. Malou et Jeannot étaient bien gentils.
C'était le bon temps, les croûtes aux morilles, les petites balades vers la rivière qui chaque année accueillait le long des ses berges de nouvelles constructions. Ma grand-mère marchait un peu mieux à l'époque, avant sa polyarthrite. Mon grand-père était aussi gros et chiant, dans l'ensemble. Un bon grand-père dans la fonction, mais un père, un mari, un beau-père assez cruel et méchant, un sale type dans la moyenne.

Laurent me parle de ses dernières lectures, qui sont plutôt rares comme ses parties de pêche, handicapées par le mauvais temps.
Il m'emprunte 3 bouqs, "Où je suis" de VTC, "Comment je suis devenu stupide" de MP et un livre de José Bové et d'un autre type de la CNP.
Il me reparle des "Particules élémentaires" suite à une anecdote que je lui relate de mon expérience d'enseignant vacataire. Il me retrouve le passage, très croustillant et juste, de la dissertation sur Proust, le prof se masturbe sous son bureau, c'est impossible.
C'est le blèm avec MH, c'est qu'il se branle toujours dans des situations limites. Se branler est une action quoique assez commune, mais nécessitant un cadre particulier.
Par contre, les fentes des jeunes filles, je le suis complètement, avec les nouvelles matières, tout est collant, organique, chirurgical. Viens faire un tour chez les secrétaires (en bac pro), mon cher MH.

Laurent a un œil inquisiteur, ses choix sont bien arrêtés. Quand je vois du mystique, il ne voit que des grosses conneries américaines, quand je vois du religieux, il voit encore du spectacle grotesque. J'ai besoin de sublimer un peu les trucs. Je suis bon public, même si je suis un critique sévère. C'est dur de trouver un film qui fasse concorde entre nous.
Mais nous partageons une haine commune pour certains films (Taxi, Jet Set…). C'est déjà pas mal.
C'est surtout l'importance de ces navets abyssaux. Rien de plus nul dans les productions mondiales, "Dumb et Dumber" est d'une dimension incommensurablement supérieure, les comédies musicales Indiennes sûrement meilleures montées.
Et ces nanars, ces vrais nanars, rien de comparable à Max Pécas ou aux comédies Italiennes, donc ces nanars sont les hits des box-offices.
Quelle gloire pour aller au GATT négocier l'exception culturelle française !!
Des merdes pareilles, je suis ok, Rohmer, c'est à chier, Godard, plus rien depuis le "Mépris", mais on ne peut pas être fier de ces réussites commerciales et en même temps réclamer une exception française.
Il n'y a plus d'exception, les grands Français ont travaillé aux USA, Louis Malle, JJ Annaud, JP Jeunet…
Avec Laurent, on est assez honteux que ces films soient diffusés dans d'autres pays. Sans être chauvins, ça nous fait un peu chier que "Jacquouille" soit parti aux States.
Parce qu'après ça, il est impossible de frimer devant un américain.
D'ailleurs, je ne sais d'où vient cette exception du cinéma français, je suis d'accord pour Jean Renoir, Marcel Carné, René Clair, Jean Duvivier, les premiers Verneuil, Clouzot, Clément, Melville, mais la Nouvelle Vague, c'est loin du travail de John Cassavetes, quand Godard sort "La Chinoise", Penn atomise avec "Bonnie & Clyde".
Même pour les années 20-40, Von Sternberg, Lubitsch, Capra, Lloyd, Chaplin sont aux USA.
40-50, Kazan, Ford, Hitchcock, Welles, Wyler parmi tant d'autres. Je ne vois rien de bien supérieur en France, hormis Carné (et les meilleurs films du "réalisme poétique", Cocteau inclus), qui est typiquement français.
Le cinéma Italien et Japonais, avec Fellini et Kurosawa peuvent prétendre à un vrai passif de qualité. Même si ce n'est aussi que sur quelques noms que la postérité repose.

Dans la nouvelle génération de cinéastes, un type comme Ozon est bouffé par les influences du cinéma allemand de Fassbinder et par les films de Cassavetes.
Je n'arrive pas à saisir ce qu'est le cinéma Français.

Ce vendredi 10 août restera un bon souvenir, les livres de Sophie et Valérie, la carte de Malo, l'appel de Cédric puis de Laurent et pour finir, avant d'aller me coucher, deux mails d'Inspirine, que je ne connais toujours pas.