Solal hivernal est là !
Juste In je suis !

Je reçois une bonne nouvelle pour mon réveil, le " Cri du sanglier " sera publié chez Denoël.
J'avais conseillé à Frédéric de l'envoyer à Benoît, je n'ai jamais douté qu'il plairait au comité de lecture, en tout cas je n'avais aucun doute à propos Benoît qui aime tant les vaches, les Vosges, le terroir : alors l’histoire de l’homme vue par un sanglier ne pouvait que le ravir.

Soleil traverse mes rideaux filigranes. Donne une couleur miel à mon sol. Je prends un bouquin, celui de Zeller, allume la télé et pars aux toilettes, porte entre ouverte.

Paris Première avait dû être la dernière chaîne de la veille. MAPS. Ça tombe plutôt bien, je vais pouvoir voir un peu ce que JBB fait ; je matais l'émission au début, mais il ne devait pas y être encore.

J'apprends que je suis In : style costume sobre dandy, bouffe de la vraie graille, écoute du rock, une déco minimaliste boisée et même la barbe d'une semaine !
Seul OUT, je suis à Touquin !
Bon, dans Touquin y a IN, c'est certainement un signe.
Mais en même temps, je n'ai jamais mangé autre chose que de la vraie bouffe, ni écouté de la
techno-goa-je-ne-sais-pas-quoi, et j'ai toujours aimé le bois, le blanc, et les livres, et je me lève tôt donc pas le temps de me raser.

J’y vois aussi le beau JG baragouinant je ne sais quoi sur le minimalisme en déco, perso, je me rapproche plus d'un intérieur Frank Lloyd Wright que d’un truc monochrome new-yorkais. Un minimalisme Celte, avec du bois, de la chaleur des raboteurs de Caillebotte, des livres partout comme uniques bibelots. Sans oublier les sculptures de Judi, seul tailleur de pierre des Beaux-Arts. D’ailleurs il faut que je pense à appeler ses parents pour avoir son fixe en Picardie, cela fait des mois que je suis sans nouvelles, et j’ai paumé son numéro, noté sur une enveloppe d’une facture lambda disparue dans la blue poubelle.

À qui s'adresse l'émission ? Pour les Rastignac venus à Paris pour devenir Baer, Wizman, Beigbeder (qui tous droits sont de purs produits Paris) ? Pour ceux qui bossent dans la COM et qui veulent savoir quelles sont les tendances et les lieux où être ?
Certainement les deux, même si je pense que ceux qui fréquentent les bonnes adresses ne regardent pas l'émission : après la misère sexuelle dénoncée par MH, la misère hype : Regardez, vous (n’y) ne le serez jamais !
Je n’ai jamais rien compris au concept de " hype ", j'ai déjeuné avec Nassif, très gentil, mais incapable de me donner une explication, une définition, alors qu'avec les ovnis c'est son unique dada.

Jérôme Attal occupe l’espace sonore de la grande salle ensoleillée. Les poutres reflètent les cristaux de dehors. Je reste le (long) nez collé à la vitre. Le ciel est si bleu. Je devrais sortir, faire un tour de VTT. Pour affermir un peu les sacs de cellulite qui squattent mes flancs. Mais je reste collé. Je pourrais également appeler ma mère, lui proposer de boire un café, de regarder la télé. Mais je reste collé. Je me dis que je suis un mauvais fils. Elle, seule. Moi, seul. Elle, avec ses animaux. Moi, avec mes chimères.
Il fait vraiment beau. Que faire ? Écrire ? Des lettres de motivation, la fin d’un roman, lire, s’asseoir et penser. Se souvenir de scènes passées et de les rejouer en connaissance de cause. Mon rêve préféré, me retrouver dans ma peau môme, avec ce que je sais aujourd’hui. Etre un brillant élève, un bon sportif, un garçon bien, ne pas sucer mon pouce.

Je suis tout de même parti faire du vélo. Un petit tour et puis c’est tout. Ma roue arrière trop dégonflée pour tolérer mes ambitions kilométriques. À pince, je me balade, vers le terrain de tennis. C’est un temps à tennis. Pas vent. Une belle lumière. Sur le terrain une nappe blanche, en dessous une gelée de glace, au dessus, quatre adolescents pingouins et mouettes rieuses.
Je suis bien sot d’avoir pensé faire un tennis après une semaine de neige et de verglas. Il y a Francis, le frère de Jean-Paul, il m’invite à passer chez lui, ses frangins regardant la télé, et certainement un match de foot.
Je suis ses conseils, et salue la famille au complet, en commençant par la mère, le père, Frédéric, Manu et Jean-Paul.
Sur l’écran, le Grand Milan. Sur Frédéric, un maillot de l’OM. Près de moi, Jean-Paul et une brioche, en face, Manu et un classeur.
Nous discutons en promiscuité amicale. Les sources, les premiers, les vrais, les seuls. Nos amis d’enfance.
Jean-Paul embarque sa pompe de pro, direction mon garage. Puis, dans canapé, café, chocolats et perlouses. Jean-Paul a le sphincter libéral. Hasard d’une K7, nous regardons le début d’Irréversible. Comme un livre de Chloé, dans la tête, toujours dans la tête du type. Choquant, révoltant et digressions sur la France pourrie. Sur les zones grises de non-droit, lui qui est policier municipal.
" Ce qu’il faudrait à la France, c’est un Robespierre " pérorait le boucher de l’inceste. La scène du viol, " la vengeance est un droit de l’homme ". Monica sublime lors du plan séquence, envie d’écrabouiller le ténia. Oui Chloé. Dupontel somnambule. S’ouvre tel un nénuphar pour construire le bien, détruire le mal. Comme un conte égyptien. Oui Chloé.
Sauvés par Noé. Nouvelle fois.