Cest
dingue comme je suis doué pour ne pas être compris. Cest
fou comme je suis con. Je suis con et cest bien là un problème.
Jaurais dû retenir la leçon, ne plus mépancher.
Etre digne, non de dieu. Ne pas suivre mes sentiments, ma bile et mon
cynisme. Etre encore plus mort que je le suis. Dire oui-oui la tête
hochée. Regarder mes pompes, et mes grands pieds. Ne pas minsurger.
Ne surtout pas dire ce que je ressens. Non, mon prénom est à
moi, nul ne lutilisera, même en déclaration damour
absurde. Ce prénom, je le laisse. Je labandonne au lichen
et au vert-de-gris. Il était pourtant si beau. Jai promis
de ne plus lécrire. Javais dédié un
roman à ce prénom interdit. La solution finale passera
par dautres chemins, je suis bon marcheur. "
Il y eut peu de monde à ses obsèques. Ceux qui auraient
dû être là combattaient sur le front d'Alsace, ou
ils étaient en prison, ou ils se cachaient. Drieu avait prescrit
que deux d'entre eux suivissent son corps, Jean Bernier qu'il n'avait
pas vu depuis dix ans, et André Malraux, qui, colonel aux FFI,
ne put être touché à temps. Malraux, de la même
race insolite, lucide, byzantine, possède, lui, la famille et
les enfants qui vous sauvent, et à Drieu qui naguère ne
l'avait jamais ménagé, il avait demandé d'être
le parrain de son fils. Paul Léautaud apparut au lever du corps,
23, rue Saint-Ferdinand, au premier étage, il regarda avec un
grand intérêt le cercueil long, large aux épaules,
sous l'amoncellement de ces roses que Drieu adorait. MMDG
raconte lenterrement de Drieu. " Mémorables ".
Je
relisais ce passage ce matin, ou ce midi, enfin aujourdhui. Sur
un excellent site consacré à Drieu.
Silence.
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