La constance dans la débâcle.

C’est dingue comme je suis doué pour ne pas être compris. C’est fou comme je suis con. Je suis con et c’est bien là un problème. J’aurais dû retenir la leçon, ne plus m’épancher. Etre digne, non de dieu. Ne pas suivre mes sentiments, ma bile et mon cynisme. Etre encore plus mort que je le suis. Dire oui-oui la tête hochée. Regarder mes pompes, et mes grands pieds. Ne pas m’insurger. Ne surtout pas dire ce que je ressens. Non, mon prénom est à moi, nul ne l’utilisera, même en déclaration d’amour absurde. Ce prénom, je le laisse. Je l’abandonne au lichen et au vert-de-gris. Il était pourtant si beau. J’ai promis de ne plus l’écrire. J’avais dédié un roman à ce prénom interdit. La solution finale passera par d’autres chemins, je suis bon marcheur.
Je partirais bien, tout laisser en plan, pour un couvent, peinard en oblat résolu. J’irais crier quelques fois dans la forêt, de quoi s’oxygéner un peu. J’irais à la Tourette, lieu de culture et de conférences. J’écrirais des récits inutiles avec des mots autorisés. J’irais parfois à la messe, pour voir comment ça se passe, comment vivent mes voisins. J’essaierais de m’intégrer. Un soir de printemps, des madrigaux de Michel-Ange en main, je sauterais de là-haut vers en bas.

" Il y eut peu de monde à ses obsèques. Ceux qui auraient dû être là combattaient sur le front d'Alsace, ou ils étaient en prison, ou ils se cachaient. Drieu avait prescrit que deux d'entre eux suivissent son corps, Jean Bernier qu'il n'avait pas vu depuis dix ans, et André Malraux, qui, colonel aux FFI, ne put être touché à temps. Malraux, de la même race insolite, lucide, byzantine, possède, lui, la famille et les enfants qui vous sauvent, et à Drieu qui naguère ne l'avait jamais ménagé, il avait demandé d'être le parrain de son fils. Paul Léautaud apparut au lever du corps, 23, rue Saint-Ferdinand, au premier étage, il regarda avec un grand intérêt le cercueil long, large aux épaules, sous l'amoncellement de ces roses que Drieu adorait.
— Je suis venu pour protester contre ce régime abominable ! jeta Léautaud à Jean Bernier 1.
On enterra Drieu au cimetière de Neuilly. Sur sa tombe, on va prier, de jeunes inconnus, d'autres qui ont un nom, qui n'aimeraient pas encore qu'on les rencontrât là, et quelquefois des gens qui ne l'avaient jamais rencontré. " Je sais bien qu'on vit mieux mort que vivant dans la mémoire de ses amis ", avait-il écrit dans Le Feu follet. "

MMDG raconte l’enterrement de Drieu. " Mémorables ".

Je relisais ce passage ce matin, ou ce midi, enfin aujourd’hui. Sur un excellent site consacré à Drieu.
Je me promets de ne plus sombrer, de ne plus pourrir ainsi. Je veux m’extraire de ça. Malsain serais-je. Mauvaise graine en moi. Mal ferais-je. Quel cri dois-je produire pour étaler ma bonne foi(e).

Silence.