Je vais aller me poser à une petite terrasse et écrire mon dialogue du "Clochard" pour "Héloïse".
Je batifole près du canal St Martin, que j'ai définitivement adopté. Certainement en raison de son étendue d'eau calme.
Mon bon sens paysan me dit que je vais me prendre une belle averse sur le coin de mon cahier à spirales.
D'ailleurs il n'y a pas de tables disponibles au "Jemmapes". Je me pose sur la bordure en béton du canal. L'eau est bien verdâtre, y a sûrement un max de poissons, des carpes, des tanches, des trucs qui vivent dans les eaux saumâtres. J'y connais rien en pêche, faudrait demander à Laurent.
Le vent tourbillonne mes pages et mes mèches de cheveux, je ne vois plus rien, à l'exception d'une sublime rousse "fil de fer" avec redondances adéquates.
Mais une goutte en appelant une autre, on se reçoit un bel orage.

Je décide de rentrer et d'affronter la pluie. Je suis né sous la pluie, moi. Je suis un gars de l'orage, je ne crains pas l'eau.
Mais je me ramasse tout de même la saucée de ma vie, chaussettes trempées, pull inondé, je me fous à poil en arrivant, enfile un vieux fut et attrape un livre, un livre sur l'architecture chinoise, vu que Seb part un mois en Chine en juillet prochain.
Puis, j'enchaîne avec un livre consacré à Tadao Ando, je sais c'est un Japonais, mais je ne suis pas du genre à confondre un Chinois avec japonais, un Japonais d'un Coréen, et un Coréen d'un Vietnamien...
Bref, j'en suis encore sur mes petites fesses molles, trop beau, trop bon...
Son espace de méditation à l'Unesco (Paris) est vraiment géant, son musée du bois, tout est transcendant, avec le jeu sur la lumière, les rampes d'accès, l'ouverture vers le ciel ; une architecture divine à l'instar de l'architecture du Nouvel Empire égyptien (voir les temples de Deir el Bahari).
Avec un emploi quintessent du béton, plus organique que Le Corbusier, plus assimilé à la nature, grâce à la place de l'eau, des étendues d'eau.
Le pied d'avoir été trempé.
Je suis resté captivé par les créations de cet autodidacte, ce grand voyageur, cet ancien boxeur, ce marcheur, cet artisan de la rue, de la balle... Comme Karl Popper, il fut apprenti ébéniste, comme Cioran, il voyagea seul et à pied.
Il découvrit les réalisations de Le Corbusier, de la villa Savoye à la Tourrette, puis voyagea dans l'Europe entière, mais aussi en Inde, en Asie...
S'imprégnant de l'espace avant tout.
Son béton, à l'inverse de celui du Corbu, est poétique, vraiment, c'est le plus beau béton du monde.
Il suffit de voir sa petite maison dans un quartier populaire d'Osaka pour s'en rendre compte. C'est harmonieux et beau.
Maison construite justement en septembre 1975, mois de pluie dans la région de Coulommiers où je suis né.