Jeudi soir, de retour chez moi, la semaine passe à vive allure. Désormais, c’est la course aux correspondances, des longs couloirs anxiogènes ; je trépigne derrière ceux qui n’avancent pas. Ça n’avance jamais assez avec moi ! Faut que ça bouge, que ça se bouge. Les gens traînent, fatigués, lessivés, abattus.
J’ai toujours peur de louper le bus de Chessy, le dernier. Ce serait la mort, seul à Disney Village, dans ce corridor de vent, de cons et d’enseignes en carton. C’est bizarre que le château ne se soit jamais écroulé avec les rafales incessantes qui naviguent entre des bars et des magasins absurdes et laids.
Heureusement, l’architecte a pensé à encrer le rafiot avec des liens métalliques. C’est un génie, quand même.
Welcome home ! De retour dans mon espace, chaleur au gaz, chiottes géantes, douche blanche, télé grand écran et mon ordinateur. J’avais oublié mon portable, ici, deux jours plus tôt. J’imaginais une liste ahurissante de messages d’amis inquiets, de mère interrogative, de père questionneur, de banquière hystérique.
Que nenni !
Un seul message, rien qu’un seul. La honte. " T’as pas d’amis ! T’es une merde ! "
Je vous emmerde ! J’ai peut-être qu’un ami, mais il a un super brushing, Stéphane Lairaudat. Tout petit déjà, en maternelle, il arrivait sous brillantine. Il valsait avec toutes les gamines, soulevait leurs jupes et caressait leur futur pubis. Salaud, je vais le dire à ta femme. Quoi ? Elle le sait déjà, tu l’as également détroussé, oui, mais bon, je vais lui dire quand même, pour libérer ma conscience. T’es papa ! T’es papa, mon Stéf !
Et oui, c’était tout de même prévu, mais l’unique message est une naissance : Élisa Lairaudat.
Trop bon, larmes à l’œil, voire aux deux, envie de jumper dans l’appart, je ne m’en prive pas, de chanter du Balavoine et du Cloclo, de dire je t’aime à Juliette, de lécher les pieds à Monica et de manger le gras du jambon. C’est dire que j’étais joyeux, à la limite de la folie.
La naissance : le 11 février de la petite Élisa, 50 cm, 3 kilos 2. Un beau bébé, je pense. Les proportions sont sympathiques, ça a l’air d’être dans les normes des " bobb ". Moi, un jour, aussi, j’aurai un " bobb ".
Je me promets d’aller les voir le plus rapidement possible. J’essaierai de contacter Sophie pour le move.


Les jours heureux, revoir les " yeux du monde ", recevoir un sourire, voir un " bobb " et avoir un " bobb ".