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Patraque, malade, lambinant, le bus me passe sous le nez ; je le vois
partir au loin de la rue de Paris, celle qui aboutit au chemin du guet
brebis, puis à Pézarches, qui a un nouveau maire. Lancien
vient de partir en rêves adolescents, 30 ans après, il
a revu un ancien amour de jeunesse. Il a tout quitté pour la
retrouver. Cest beau.
Le temps que je retourne chez moi, le bus a déjà dépassé
le carrefour de Rigny
déjà bien loin, je suis piégé
ici.
Cest la St Valentin, et jai le bide en vrac. La tête
coincée, les bras mous. Les yeux me démangent, mon haleine
est putride.
Malade, je me sens bien plus vivant quà laccoutumée.
La machine se détraque, je ne suis plus lengin programmé,
toujours identique, marionnette souriante et parlante. Jaimerais
ne plus jamais parler. Jaimerais être malade assez souvent
pour rester vivant. Pas tout le temps sinon leffet vivifiant sannulerait
cest un peu le bordel.
Mal au ventre, je me réfugie aux gogues. Tout est bien blanc.
Propre et vide, leau ne reflète pas mon reflet. Je ne risque
pas de my noyer.
Jai le livre de Martin en mains, page 127, " Elles avaient
acheté un dessert, charmées par son nom : une " Marjolaine
de mon père ". La chute est sourde. Figée, comme
lart africain. Revenez dans deux mille ans, jen serai au
MÊME point.
Le
destin est une belle enflure.
Le destin est une histoire qui se répète.
Je marche seul dans les haleines de la ville. Lair est doux et
frais. Je men veux dêtre parti sans avoir dit au revoir.
Jai bien tenté, descendu dans la masse, mais javais
disparu. Je sentais que je métais évanoui, que lon
ne me voyait pas, que je ne vivais pas assez, en extravagance, que mon
cur troublé se concentrait tant que je nétais
plus visible.
Jai frôlé les trois grâces, de mon souffle
chaud. Mais nul naissance de quoi que ce soit. Un dernier regard dans
la flore renaissante, quelques départs pour cette Toscane, en
passant par mes sous-bois divins. Je marche vite, tout droit devant
moi, je connais cette forêt. Pisteur pédestre, je traque
ce coin du Marais, ce quartier qui me donne literie. Ce quartier qui
offre literie à mon ami, Sébastien. Seb-san.
Je
rentre dans sa hutte, dans sa turne, en un Taïaut héroïque.
Ithaque est loin désormais. Des hommes, nombreux, saouls, me
saluent. Des compagnons que je ne connaissais pas. Il est bien tard
pour être malheureux.
Silence.
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