Il y a deux ans mourrait C.Jérome. Rien à foutre !

Ma grand-mère fête ses 71 ans. La misère humaine continue.
Le midi, j’avais commandé un bouquet de fleurs à gare de l’Est pour ne pas être pressé le soir.
Je devais absolument rentrer chez moi. J’ai souvent été injuste, sadique et méchant avec ma grand-mère. Je le sais bien et ne peut rien y faire. Ma méchanceté fut une présence, c’est toujours ça. Une présence que je n’ai pas donnée à ma mère. C’est vrai aussi.
Ma grand-mère, c’est l’histoire d’une femme laide, gentille, brave et courageuse qui se marie avec un homme égoïste, fainéant, bête et cruel.
Une mère qui a tout donné (voire trop) à son fils, Jean-Michel, son unique fils. J’imagine que son époux ne voulut pas lui en faire un deuxième, c’était un piètre père.
Ma grand-mère souffre de polyarthrite, une maladie qui déforme les membres, qui paralyse les articulations, qui procure des souffrances inimaginables.
Ma grand-mère est une succession de douleurs : pêle-mêle :
Je me souviens d’un zona, de mon grand-père qui la pourchassait avec une bouteille de coca (à l’époque en verre), qu’elle rentrait à pied de son travail (5 kms) parce que son mari l’avait oublié, qu’elle faisait des ménages, des extras pour son fils, sa famille, … Un lot quotidien de brimades et d’humiliations.
Pour ma grand-mère, les moments de bonheur se comptent en minutes. Des minutes clandestines dans ces années d’abnégations.
Il suffit de la regarder, elle porte en elle les stigmates de cette vie, de sa vie, de son amour pour sa famille (un fils, un petit-fils). Sa maladie lui va si bien. Elle ne pouvait en avoir une autre. C’est la maladie de la privation, de l’anxiété, du sacrifice vain.
Son fils a pris une voie heureuse, c’est déjà une victoire pour elle. La souffrance n’était pas aussi vaine que ça. Pour ma part, je fais ce que je peux, mais j’ai, en moi, une part non négligeable de l’égoïsme de mon grand-père. Celui-ci s’étant " assagi " avec l’âge et ses problèmes de respiration. Mais c’est en fait la peur de mourir qui le rend plus aimable et vivable. Je pense que sans cette peur de la fin, il serait toujours le sale type d’hier.
D’ailleurs, cette méchanceté viscérale ressurgit parfois. J’ai hérité de cette haine, mon père étant plus " doux ", le côté de sa mère.
Ma grand-mère s’appelle Liliane et je lui souhaite un heureux anniversaire.