Vendredi 14 septembre :
Je fais la queue aux plateaux, je suis entre
deux jeunes filles qui se ressemblent vraiment, j'ai dû mal à les
différencier, elles portes des pulls "FB". "FB" ?
Frédéric Beigbeder ? Une initiale sur chaque sein, c'est bien
du FB, sans aucun doute.
Mais bon, les filles me parlent d'un certain "FUBU", un gars de la
banlieue. Elles ne connaissent pas "Frédéric Bègueubédé".
Les petites connes !
Je voulais m'esquiver avant les "3 minutes",
pas spécialement envie de les faire. Je suis à trois places de
la délivrance, le tapis stoppe, Jay Tomasset Leno, proviseur du lycée
Jules Ferry entame à deux mètres de moi son speech.
Je pose mon plateau sur une table et m'éloigne du petit homme. Mais je
suis là, debout comme les autres, la scène est plus que flippante.
Je comprends comment il est facile de manipuler
les "foules", tous les gosses ont joué le jeu parce que le
matraquage était total. À l'exception de quelques jeunes musulmans,
tous veulent se venger. De quoi ? De qui ? Comment ?
Le crime est condamnable, mais les propos de Bush et de Sharon sont bien plus
meurtriers que l'attentat dernier.
Ces types tuent depuis des décennies, des tests bactériologiques
ont même été réalisés sur les soldats ricains
du golfe, et ils se présentent en "éradicateurs" du
terrorisme !
Ils ne remettent pas en question leurs propres responsabilités dans les
faits. Les derniers propos de Sharon qui assimile Arafat à Ben Laden
sont inadmissibles.
J'ai honte d'avoir respecté ces "3 minutes", non par pour les
victimes pour qui j'ai de la compassion, mais pour le processus de manipulation
que les USA ont orchestré.
Le matin, que j'avais passé à
surveiller le bâtiment E6, dans une salle, tranquille, en compagnie de
quelques jeunes profs charmantes, m'avait permis d'écrire un petit story-board
d'un très court-métrage.
C'est Cyril qui avait lancé le projet la veille dans une conversation.
Il veut faire un truc sur les maladresses d'un jeune amoureux, notre lot quotidien.
Je lui dis d'écrire lui-même son projet, il faut toujours développer
ses propres idées.
De mon côté, j'écris un truc, sur le même sujet mais
avec une petite pincée d'humour, de grotesque.
Le type trouve un livre de "Fen-Shui", j'y connais rien, et décide
de suivre les préceptes pour aménager son appartement pour séduire
la jeune fille qu'ilconvoite depuis des
mois.
Plan 1 : Plan large, fixe.
Cyril et la fille sont sur un canapé (cuir blanc). La fille se penche
vers la table basse pour attraper son verre. Elle est plutôt souriante.
Cyril la regarde, tristement, mélancoliquement, avec amour.
Sentiment de malaise, d'échec.
Plan 2 : Plan rapproché (large) fixe.
Cyril et la fille sont au cinéma. Elle rit, sourit face à l'écran.
Cyril regarde sa nuque (travelling sur la nuque façon vision de Cyril),
son profil. Il est triste. Situation de désespoir.
Plan 3 : Travelling large de la scène,
rue jusqu'à la maison.
Devant la maison, une moto, Cyril est près de la moto, son casque à
la main. La jeune fille lui tourne le dos, elle se dirige vers la porte de la
maison.
Il regarde ses fesses (travelling sur les fesses façon vision Cyril).
Il entame un geste, que l'on croît être un geste pour retenir la
jeune fille, mais le geste se termine par l'enfilage du casque. Nouvel échec.
Plan 4 : Plan fixe sur la salle.
Cyril fait les cent pas. Il regarde le téléphone (travelling sur
le téléphone, idem). Il décroche, raccroche, Cyril a l'air
stressé, anxieux.
Plan 5 : Plan continu dans les allées
de la FNAC.
Il cherche un livre, arrêt sur les "catégories". Il a
l'air désespéré. Il tombe sur le rayon "séduction".
Plan fixe : Un livre de Fen-Shui.
Plan 6 : Plan large sur la salle, puis plan
fixe sur Cyril.
La salle est en vrac, Cyril est boussole en main, porte le livre également
(travelling sur le chapitre "aménager son intérieur pour
plaire), il s'affaire.
Dernier plan : l'appartement nickel.
Plan 7 : Plan large.
Cyril est de dos, il écrit. Travelling sur son épaule, plan de
la salle, rouges les zones mauvaises, roses les zones positives.
Plan 8 : Plan large.
Cyril et la fille dans l'appartement. Flash sur la carte de la salle.
La fille se balade, elle se dirige vers les zones rouges. Cyril panique, Flash
sur la carte. Il essaie de la faire revenir dans les zones roses.
Elle fait tout de travers. Elle pose son verre d'eau dans une zone rouge...
FINAL CUT : Plan large.
Cyril, seul dans son appartement, range les lieux, pour ne pas nuire à
l'équilibre.
Plan final sur le livre.
Ça a eu le mérite de m'occuper
une petite heure, entre deux cours. Le lycée dispose d'un centre multimédia,
on pourra donc monter notre film ici.
Zin se chargera du son, de la Zik. C'est bien de s'occuper.
L'après-midi, je passe voir Mous à
Ferry. Je joue au Trivial avec des mômes, je fais de très belles
séries, les gosses sont bluffés. Ils ne pensaient pas que "Highlander",
my nickname, connaissait autant de trucs.
Mous me fait goûter du "rackhi", après une dure journée
de travail, avant de prendre mon bus. Je ne connais pas l'orthographe, mais
c'est très bon.
Je rentre, ouvre mon nombreux courrier, mes
créanciers me laissent du sursis, je pense pouvoir tout régler
d'ici la semaine prochaine. Très bonne nouvelle.
Mes mails m'enchantent, je vois les noms de
"Régis Clinquart" et de "Dantec" apparaître
sur la liste (pour la première fois). Génial, un message de Clinquart,
très sympa, qui a découvert mon site. Je ne sais pas comment,
mais je suis hyper content.
Le message de Dantec est un passage de son prochain livre, un passage très
intelligent sur Drieu.
Daniel m'envoie également un texte très pertinent sur les attentats,
"War, not Revenge ?".
Et un mail de VTC, la cerise sur l'énorme gâteau, moi qui crevais
de faim depuis des mois !
Les choses se décantent, je n'en avais jamais douté.