Lundi 14 janvier et mardi 15 janvier :
" Je me sens seul comme le métro
à une heure du matin "
Ce soir-là, javais une nouvelle
fois choisi la solution écologique et athlétique : rentrer à
pied.
Il fait bon Paris la nuit, lorsque lon a la perspective de se coucher
au final sous une couette en plume doie ou fibres de ver à soie.
Et non sous un amas de quenilles malodorantes.
Javais au préalable raccompagné ma bienfaitrice à
" Cadet ". Cette charmante personne, Sophie, mavait gratuitement
invité au théâtre. Une inconnue, un jour, vous offre une
place. Comme cest charmant.
Dans mon parcours pédestre, je me fiais à mon sens briard de lorientation
; celui même qui me permet à coup sûr de débarquer
de la forêt de Malvoisine sur le champêtre village de Hautefeuille
plutôt que sur la route assassine de Villeneuve le Comte. Un certain sens
de la survie en milieu vététiste.
Mais lexcitation de la pièce, les sentiments mêlés
denthousiasme (face à la performance de Gilbert Pontet) et la tristesse
(en pensant à lauteur de la pièce, du livre dont la pièce
est
) me firent perdre le nord, ou le sud, enfin la boussole nétait
pas aussi fiable que sous les sous-bois des forêts domaniales (merci qui
? Merci Colbert !).
Jai mal lu les plans. Je me suis retrouvé à " Poissonnière
". Il faut préciser que je visais la " rue de Turenne ",
vers République.
Demi-tour, je redescends la " rue de Trévise ", tourne là,
et surtout en rond, " Le Peletier ", " Chaussée dAntin
", je pense à mon jardin encombré des débris de mes
derniers travaux, je découvre lOpéra flamboyant après
sons sablage, je suis les directions " République ", comme
une voiture, je trottine, la Bourse, le " 4 septembre ", " Turbigo
", " rue Béranger " et Libé et ouf ma rue.
Il est 1 h, en chaussettes-caleçon, je me glisse sous la couette jaune
titi, le gros minet sendort.
7h24, les klaxons me jettent de mon rêve. Les mecs qui klaxonnent sont
les mêmes types qui pressent le bouton à bout dans " I comme
Icare " (de feu Verneuil, je crois).
Je me casse, je rentre à ma maison. Comme Cartman. Pourtant je suis plutôt
plat du bide, mais néanmoins gras, je suis un " TF ", un thin
fat. Cest moyen. Avec les meufs.
La pièce sintitulait " 99F ", daprès à
peu près " 99 F ", roman de Frédéric Beigbeder,
un type sympa. Je ne dis pas ça parce que je le connais ! Je connais
beaucoup plus de types pas sympas. Et de très loin.
Au début, on se marre "ah, ah, c'est drôle ! À c'est
vrai qu'on est des bufs menés par la pub ! ah, ah, ah", genre
voix intérieure de Martineau, personnage attendrissant de François
Rollin, humoriste français très tendance " Desproges ".
Rien à voir avec la tendance " Titoff " (elle-même issue
du brassage stérile entre les tendances Bosso et Kakou). Qui ? Titoff
! Un gars qui ne fut drôle quune seule fois, chez Ruquier.
Puis la fin permet de passer de la farce à la "réalité".
C'est assez intelligent. Le changement de narration est assez bien trouvé,
une mise en scène littéraire aurait péché là
où le roman trouve une logique.
Son frère Charly, potentiel millionnaire (tandis que moi, je suis un
vrai million !), sa douce (à Charles), la belle aux yeux émeraude
de FB, Jérôme " Beuglé " et un petit " grasseillet
" (quelquefois à l'émission), éternel khâgneux,
avec des pochettes (sans surprises) sous le bras, l'accompagnaient.
Je pensais voir YM et NR. Je pensais aussi, peut-être, à mon ami
RC. Mais non, ce nétait pas un casting people, ou alors dans le
premier sens du terme, " gens ". Les gens ont beaucoup ri, pas tout
compris, mais lessentiel était leur présence courtoise.