Il fait beau, mais je ne sors pas. Je déjeune avec ma grand-mère. Maurice, son mari, le père de mon père, mon grand-père, est à une réunion d’Anciens Combattants. Il n’arrête pas, colloque, enterrement, colloque, enterrement, c’est cyclique. Hebdomadaire. Qui tiendra le drapeau au sien ?
Liliane me propose d’inviter ma mère pour manger le gâteau. Ma mère doit être seule chez elle. Je l’appelle, le téléphone est occupé. J’appuie sur " 5 ". J’attends dans canapé avec mémé et Karl " 0 ".
Elle doit être avec Brigitte, sa sœur, à qui elle a dégoté une machine à laver ; elle lavait tout dans sa baignoire. Misère & courage habitent sa fratrie.

Elle nous rejoint, je fais le café, elles parlent d’arthrose, de médicaments, je sors le succulent gâteau au chocolat, j’installe la table, je verse le café, propose le sucre et offre le lait.
On repart en enfance, elles se rappellent des maîtresses aux torgnoles faciles, lourdes et légères dans la précision.
Ma mère évoque le glissement bagarreur des mômes de l’école, dans le bus, dans la cour, dès qu’ils sont lâchés, ils se " bastonnent ". Des réfugiés logent dans l’ancien château des Tournelles ; celui de l’affaire de pédophilie avec des enfants difficiles rééduqués par le luxe.
Tchétchènes, Zaïrois, etc… Ils n’écoutent rien, se bagarrent, harcèlent, tripotent… Ils sont évidemment suivis par les autres, les gentils garnements de jadis. Petit village te voilà pourri. Seuls les petits Arméniens se tiennent à carreaux, en dehors de la frénésie de violence, de gros mots et de provocations.
L’hospitalité est un contre don. On offre et on reçoit. Je n’aime pas ce que l’on reçoit.

Ma mère nous quitte, je fais la vaisselle, je devais la faire. Je repasse chez moi, et tombe sur l’un des plus beaux cadeaux que l’on m’ait fait. Un mail de Caroline de Monaco, la charmante vouvoyeuse scénariste. Elle a exploré mon site perso, et lu de vieux textes, ceux qui ont motivé ma suspension de Cormier. Elle m’offre un dialogue en différé, dit-elle. Je suis ravi, bien plus, j’exulte, je rictus sec.
Quel plaisir. Quelle jouissance même. Drôle de sensations de retrouver ces phrases, je les avais oubliées.
J’ai envie de te serrer dans mes bras, en cette lecture. T’imaginer belle comme tu me le dis, dans l’un de tes premiers messages. Te faire l’amour, même si la force de ce texte, de ton texte, se prête plus à l’amitié forte, à la confession passionnelle.

Je bafouille un message de réponse, d’autres messages habitent l’écran. Je n’aime pas voir des messages non lus noircir ma boîte mails.

Je suis bien incapable de t’écrire tout ce que je ressens. Je m’effondre, assez heureux et satisfait. Je bouquine Soral, et les mails de Valérie jusqu’à la tombée de la nuit et l’arrivée impromptue de Cyril, avec bières et tarpés. Je continue à répondre, tout en écoutant ses aventures. On parle de Jessica, de sa gentillesse, de son goût pour les bestiaux, de son corps torride, terrible, tonitruant… Une fille parfaite pour Cyril. Il doute, c’est sa première incursion dans le monde de la métaphysique.

Je déambule assez tard, me tartine du pâté vers 23h, finis le gâteau avec coca à minuit. Je ne me couche. Dans la nuit, vers deux heures, je me réveille, bizarrement, j’erre une demi-heure dans le salon, devant l’épisode nocturne de " Six feet under "… je n’allume pas l’ordinateur.