Paumé, je suis qu'un pauvre type, un galérien un renégat, un baltringue, un sans espoir, mais qu'est-ce que je fous encore en vie !
Paumé, assis dans ce café de merde de cette salope de rue Oberkampf aux sourires niais des élèves proprets des écoles prépas, avec cette conne de brune à moustache et aux seins moulés à mort dans un haut trop petit, et mon pote qui ne se pointe pas, et ce débile de serveur du sud-ouest sirupeusement souriant de toute la médiocrité de son méridional. Je te chie dessus, à toi, à ta blouse bleue et à tes oreilles décollées. Connard. Petite bite. Gros couillon landais. Et Dieu sait que j'aime les Landes, et ses fêtes et sa bouffe et les arbres qui vont avec, mais là, cette face de limace me donne envie de le pesticider !
Et merde, je suis là, avec mon costard blanc en lin, élégant et ridicule, posé sur un tabouret trop petit dans un bar à exterminer des minets, ça doit vouloir dire ça, Esterminet, tuer ces cons de chats. J'ai toujours voulu buter des chats, et des chiens, et les lapins, nains ou non, les hamsters évidemment et des vieux, comme en Belgique.
Cette vie, cette vie-ci, cette vie-là commence à me gaver grave la panse et Dieu sait que je suis gras ! Un bâtonnet de graisse sur une tête de con, voilà un joli portrait que je dois supporter à longueur de journée. Putain, fait chier, les filles qui ne rappellent jamais, les tabourets minables pour encore plus nous ridiculiser, nous les pauvres gars qui traînent dans les bars, qui pourrissent leurs années dans ces putains de bars de mes couilles !
Marre de toute cette farce, marre de ce mauvais scénar, marre de ces cons qui viennent avec leurs putes, machines à baiser, machines à me casser les couilles surtout. Toutes ces putes qui me chourinent de leurs sourires aiguisés et assassins. Florentines, poufiasses, pétasses, suceuses et branleuses ! Conasses, commerciales, normaliennes, salopes et chiennes !
Je me casse, je me casse direct, sans retour, direct dans la Seine avec le noyé de Clay, avec les mobylettes et les frigidaires.
Paumé, je suis paumé dans ce quartier de merde, quartier d'immonde putréfaction, dans cette rue St Maur, mais qu'est-ce que je fais encore en vie, mais qu'est-ce que cela veut dire ! Va mourir vieux, va mourir, tout le monde s'en fout bien de tes états d'âme de pauvre adolescent. Minable, romantique, sentimental, rêveur et poète ! Trouduc, pathétique, couard et lâche !
Je marche comme un con, j'ai envie de buter tous ces cloportes, un bar, une terrasse, une table de huit gonzesses, un génocide, à la hache, à la pelle, à la pioche peu importe ! Je trucide à tout va, à tout va mieux. Tiens ce con qui me frôle, je l'assomme sur le revers du trottoir, à coup de pied, dans la tête, dans le bide, dans les couilles. Crève pédé ! Enculé, enculeur, sodomite, bouffeur de bite, bite de porc !
Je navigue entre un couple de vieux berbères, mort aux schleus !, éleveurs de chèvres et de cons à casquette, je vous conchie et vous écrase la gueule à coup de masse !

J'arrive enfin à rue Voltaire et retrouve par hasard mes amis. La vie reprend son chemin.
Quand un être vous manque, vous avez envie de tout dépeupler...