Je suis descendu à la gare de Coulommiers. C’est un pèlerinage qui dure depuis quelques jours. Samedi après-midi, arpentant " la " rue principale, j’avais croisé Jean-Pierre, égal à lui-même, Serge, égal à lui-même. Coulommiers est une équation qui ne change pas. Dans le train, à la gare, en sortant, j’avais rencontré une ancienne collègue, étudiante alors en philosophie.
Dans la rue, Alexandra, une amie de Jessica, belle, mais le visage sévère. Elle ne m’aime pas. Je n’ose donc pas l’interpeller et lui souhaiter " bon anniversaire " avec quelques jours de retard. Je déambule avec des pauses salvatrices à la Libération, chaude de match de rugby.

Là, je marche encore sur ce long trottoir, j’appelle Martin pour lui déverser mon enthousiasme, de toutes mes vagues, l’écume d’un instant.
Je découvre des pistes, spontanément, en discutant avec lui : la rencontre des parents de Fio, inversement semblable à celle dans " Arizona Junior ", la crêperie Misha Shima, inversion du " Soup nazi " de Seinfeld, Zora pourchasse les " restes " de Timothy Leary, et le roman commence par des propos d’égyptologie, je ne peux m’empêcher de penser à Osiris, dont le corps a été disséminé de Byblos à Thèbes, que sa sœur et épouse, Isis, rassemble…Il y a souvent des échos inversés, toujours du côté de la poésie et de l’absurde. Fio est plongé dans le monde béat de l’Art Contemporain, et des " dyslexiques " des majuscules, parmi les bourgeois-bohêmes, alors qu’elle, elle est rom, bohême, une vraie.
Je craignais la fin, tant de trouvailles, de rires, cela semblait délicat à finir. Mais la fin tragique s’en sort, encore, par son lyrisme.
Il me dit que Yann l’a chroniqué avec joies, dans Elle. Je reste stupéfait par sa somme de travail, Martin me confirme en disant que dans l’article, il précise qu’il en est à la page 169.

Je croise Cédric, un ancien élève, grande gueule et gueule noire, bien gentil. Est à la recherche d’un emploi. J’entame l’ascension de la côte Jehan de Brie, une voiture me coupe la route. Cyril. Son corps est en mutation, quelque chose semble sortir de lui. Alien ? C’est déjà la guerre bactériologique ? Non, c’est Vanessa. Ness.
Ness est entre ses deux t-shirts. Elle passe sa tête, elle a surtout un gros cul.

On se gare sur le parking du lycée. Bienvenue dans le passé. Sophie loge dans l’appartement où Cyril et ses amis avaient mis un bordel mémorable. Il avait fini à poil devant son dirlo. C’était rigolo. Je me souviens des murs plein de yaourt, les couloirs, de terre. Ce soir, c’est clean, Sophie est souriante, Mathieu, que je découvre, est sympathique, il fait la bouffe. Sophie semble, enfin, avoir trouvé un mec bien, entre les profiteurs et les feignasses, voici la perle attendue. Comme quoi, en jouant, on finit parfois par gagner.
Willy est sur la canapé, avec Cécile. Ness commence son show, entièrement basé sur ses grosses fesses.

On ressasse nos passés communs, nos amis, connaissances, des souriants, des tristes, des énervants, des apaisants. Mathieu, pendant ce temps du passé d’hier, prépare le repas mexicain. À base de beurre de cacahouète, n’est-ce pas Cyril.

On chipse à mort, et Sophie nous annonce un mariage. Juillet 2004. Pourquoi pas. C’est beau le mariage. Et c’est une beauté accessible, pourquoi s’en priver.

Cécile a une bauge, Willy est précis, Cyril expérimente, Mathieu maîtrise, Sophie s’en sort. Où est Ness, emberlificotée dans le blouson enclume de Cyril.

Le passé est décidément mon temps préféré.