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La grève, cest demain. Pour le service du public, elle
commence aujourdhui dès 17h. Les trains sont annulés,
sauf le mien. De 18h31. Chouette. Heureux. Congratulations. Mais il
y a trois trains en un : triolisme obscène de la SNCF. Je suis
serré entre trois femmes, une, aux gros yeux ouverts me mate,
me baise, me met mal à laise. Sa copine, trente-cinq ans
aussi, se frotte le genoux sur le mien, prisonnier de la promiscuité.
Je me réfugie dans les pages de Soral : le peuple élu
en prend plein la gueule, tiens, il tape aussi sur ce joli gland de
Zag
Le train navance pas, et je suis entre ces femmes. Elle narrête
pas de me regarder, je sens sa bouche sur ma queue, je sens ses mains
sur mon ventre, je sens son souffle, au secours. Objet sexuel, cest
bien la dernière des saloperies dont jimaginais être
victime. Saloperies lorsque le sujet est une femme disgracieuse.
A Marles, pas de bus, on a bien une demi-heure de retard. Je mévade
de ce gynécée de linfemme. Je poursuis jusquà
Faremoutiers. Je nai plus de portable, je passerai voir si Cyril
est chez lui. Une femme de quarante ans lit, elle est belle, Marie-Sophie
à quarante ans. Je vois mon reflet dans la porte du wagon. Mes
ardeurs se dissipent. Mon profil gauche, ça va. Classe. Un profil
de gagner.
Sur le parking de la gare, je me joue le dialogue, brillant et séducteur,
de celui qui accoste cette femme. Elle part avec sa candeur, et ses
jolis, gros seins. Sa voiture remonte lavenue de la gare. Moi
aussi. Je pense que Caroline a dû répondre à mes
messages de ce matin, quelle devait être en classe, quelle
est revenue du bahut. Que je suis là à devoir marcher
trois bornes pour peut-être tomber sur Cyril.
Devant chez lui, pas sa voiture, dans sa maison, que Ness. Jappelle
pépé, et dieu sait que je naime pas le faire conduire
la nuit.
Je lattends plus haut, au stop. Il fait bon.
Avant
de manger la blanquette de mémé, je passe chez moi. Des
95C partout en France dans 40 ans mannonce Philippe. Ceinture
pour nous. Ils se dérobent déjà à moi, quarante
ans avant leur profusion, mes derniers seins touchés, laffreuse
bohémienne ramenée avec Cyril, le soir où lon
ma volé ma veste en jute. Et avant elle, la misère,
la France nétait pas championne du monde, les seins ronds
et blancs de Laure.
Je
ne prendrai pas de blanquette, que du riz blanc. Et du saucisson.
Nuit
avec Caro, jusquà léros, jusquà
limmersion de nos libidos, jusquau raz de marée de
nos envies, de nos désirs, de nos souffles saccadés, de
nos peaux, de nos pores ouverts, de nos odeurs, de nos peurs, de nos
sueurs, longue nuit,
étrange nuit avec Caro, et ce Marco,
que veut-il ?
Immersion de nos libidos, émersion ? Emersion, soit, révélation
post-immersion, cest noyé, que jai crié, que
jai refait surface, en nage.
Apeuré aussi, le cur accéléré, Priape
combattait Morphée. Min récréait une cosmogonie.
La création se répétait.
Priape vainquait Morphée, définitivement.
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