Mardi 17 juillet 2001 :
L'avantage de se lever tôt pour écouter
la chronique de Yann, c'est que l'on se mettre au boulot plus tôt. Profiter
un peu de soleil matinal, prendre un petit déj'.
("Je ne ferai pas ça tous les jours", Marie-Pierre Casey).
J'écoute, à moitié dans
le coma, la suite des infos du matin. J'apprends que Jospin a rencontré
les "grands patrons français" par l'intermédiaire de
l'agence Publicis.
Publicis est créée le 8 mars 1927 par le jeune, âgé
de 19 ans, Marcel Bleustein-Blanchet.
Il substitue le mot "publicité" à la place de "réclame".
Il croit également beaucoup au rôle nouveau de la radio. C'est
un précurseur.
Je sais ces détails par les lectures dernières sur les années
20, tous les aspects doivent être maîtrisés si je veux bien
comprendre la psychologie de mes "héros".
Donc, les patrons, essentiellement Riboud (BSN-Gervais-Danone)
expliquent au Premier ministre que les restructurations dans les autres pays
se passent très bien, avec le soutien du gouvernement et des forces syndicales.
Que cette situation peut compromettre l'installation de nouvelles entreprises
en France ; ils citent la bonne collaboration des patrons et de Tony Blair,
puis de Schroeder.
Il est vrai que la bêtise de nos 2 % de syndiqués est lieu commun,
mais Jospin riposte avec les chiffres d'investissement étranger sur le
territoire français.
Les choses vont changer dans l'avenir proche lui prophétisent les grands
patrons.
Jospin n'a pas tellement tord. Cette courte info me rappelle un livre du petit
barbu aux yeux globuleux, une sorte de "Alain-Gérard Slama"
en plus intellectuel.
Robert Reich, professeur à Harvard, puis ministre du travail du premier
mandat de Clinton, professeur à Brandeis est l'un des promoteurs du concept
de "mondialisation".
Dans son livre, L'économie mondialisée,
il défend une thèse intéressante.
La politique industrielle et la politique sociale sont étroitement liées
: pour attirer des entreprises et du capital, il faut parier sur l'accroissement
des infrastructures et sur la formation et non sur le "dumping social".
C'est marrant les cycles de Ray Vernon, un autre
économiste, qui explique les phases de la mondialisation.
1. Le pays exporte ses produits.
2. Les entreprises de ce pays investissent dans le pays où le pays exporte.
3. Les autres services de plus grande valeur restent nationaux. Petit à
petit, ils se déplacent vers le pays ou ces services (ou produits) sont
achetés.
4. Les entreprises multinationales et transnationales se disloquent au plan
fonctionnel.
5. Sous-traitance, et sous-sous-traitance.
6. Groupement de savoir-faire dans des régions continentales ou des zones
particulières.
Je dois être un peu con car ces cycles,
ça me rappelle les "avantages comparatifs" de Ricardo.
C'est-à-dire le XVIIIe siècle.
La théorie de l'éclatement des
firmes de Reich est aussi une petite merveille de réflexion.
Les marques sont devenus immatérielles, IBM, Microsoft, c'est quoi ?,
c'est où ?, c'est qui ?
Il explique que NY est devenu le centre financier du monde, LA celui du spectacle,
le nord de l'Italie est une région spécialisée de la Mode,
etc.
"Regardez derrière la firme et vous saurez ce qui se passe vraiment".
Donc les gouvernements ne sont plus que des
"bateleurs de cirque", voir Chirac.
Pour attirer les investissements mobiles, il y a deux manières, le "dumping
social", les coûts bas ou les atouts flatteurs d'une main d'uvre
hautement qualifiée, une excellente infrastructure (autoroutier, ferroviaire,
télécommunication, centre de recherche
).
Reich préconise la seconde, Jospin aussi, je crois : hausse des budgets
de l'éducation, TGV vers le sud, Internet à tout va, stabilité
économique pour l'équilibre budgétaire
Cette logique est celle des restructurations
à caractère "technologique", et non plus à caractère
financier des années 80. C'est une nouvelle étape vers la mondialisation.
Quelques recettes de Mister Reich :
Adapter les formations aux technologies
(les thèses sur la littérature du XIIIe, NON), ça ne rappelle
pas Allègre et les pubs du fou Jacquet pour le LEP ?
Les syndicats ne doivent pas être trop fort, ça fait peur, s'ils
sont trop faibles, ça pénalise les salaires.
Reich semble avoir été correctement
lu par notre gouvernement.
Quelques questions restent sans réponses
?
Que faire des "mauvais qualifiés",
le type qui fait une thèse de littérature, et des "non qualifiés",
celui qui n'a aucun diplôme" ?
On le délocalise ?
Comment faire face à la menace des délocalisations,
dans le domaine des secteurs à faible valeur ajoutée, genre le
textile, le conditionnent industriel ?
On ne va pas tous devenir ingénieur en création de page web ou
commercial trilingue dans le secteur de haute technologie de fibres synthétiques.
N'est-ce pas inquiétant ce mépris
de l'état, NY a le pouvoir financier, Houston le pétrole, Chicago
les prix des céréales, LA le Glamour ?
Avez-vous vu Roller Ball, avec James Caan ?
A la disparité dans les pays "occidentaux
(américanisés serait plus juste)" s'ajoute la mise à
l'écart des trois quarts de la planète ?
Mondialisation triomphante aux USA, en UE, au Japon et la PECC.
Mais l'Amérique du Sud, le continent asiatique, l'Afrique, j'oublie,
c'est mort (culturellement, économiquement, humainement).
Ok, les petits dragons sont devenus grands ; ok, la Chine s'éveille et
pète les record de croissance ; ok, le Chili de Pinochet a fait des progrès.
Mais ils suivent un modèle cannibale. Un modèle capricieux qui
peut à tout moment décider d'aller voir ailleurs.
Le XVIIIe est bien un siècle terrible.
Vivement le XXIe.