Je
crois que le chien est lanimal que je déteste le plus.
Faire un footing nécessite une intention particulière
et une concentration à toute épreuve. Il
fait beau, le soleil est au bleu, la journée à la pédale.
Je tournicote un peu dans le village, à la recherche dun
hypothétique camarade, Jean-Paul ?, et seul, je prends la route
de Pézarches. Je
pédale avec ces souvenirs verdoyants, ces clous plantés,
volés sur le grand établi de pépé. Bordélique,
heureusement, ce qui permettait que les vols ne se voyaient pas. Je
prends la longue route en sens interdit. Elle est bordée de champs,
dune part, et de bois résistants de lautre. Je pousse
un sprint, pour doubler un gros tracteur et sa herse. Je fends le bitume,
et choisis de prendre à travers bois. Chemin
de terre, dornières dérapantes, je fonce, avec prudence,
sur le vieux chemin royal. Quelques sauts mesurés. Dans la pénombre
des fougères, des ronces et des arbres feuillus. Je débarque
sur un cirque déquitation, abandonné ? Il semblerait.
Puis, sur un couple de pétanquistes. Je suis tout près
de mon lieu de départ. Mais je me suis bien amusé. Grande
route jusquà Faremoutiers, deux voitures croisées.
La brise du départ se transformant en vent plus fort sur les
hauts plateaux, ça pédale dur. Je
roule, je roule, je ris. Heureux comme une chanson de Jay Jay Johanson.
Heureux comme une chanson de Yann Tiersen, peut-être aussi. Cest
assez triste tout ça, seul sur un vélo. Seul dans la forêt.
Seul sur les petits chemins abrupts qui longent la voie ferrée.
Je grimpe sur les hauts de Coulommiers. Je suis bien malgré la
tristesse de cette existence. De la pauvreté de projections.
Pas damour à partager, à projeter donc. Une chaîne
à faire avancer. Elle tourne, elle grince, elle coule, elle glisse,
elle avance, mécanique implacable. Coulommiers.
Je marrête discuter avec un ancien élève,
étudiant en éco-gestion, qui bosse aussi au Mac Do. Je
passe devant mon auto-école, cela fera 9 ans que jy suis
inscrit, ny suis jamais allé. Je pose mon vélo à
la Libé. Je discute avec Philippe, journaliste écumeur
de bars, entre Coulommiers et Tournan. Si la définition du mot
" gentillesse " nécessitait une illustration, sa tronche
pourrait prétendre à lencart. Je
passe chez Pablo, le libraire moustachu from Venezuela. Une perle de
sourire aussi le bon père Pablo. Je choisis " Faire lamour
" de Toussaint et la Beig BD. Il moffre " Maniac "
dÉric Bénier-Bürckel, et " Septembre "
de Nicolas Pages. Deux livres quil avait prêtés à
Laurent, aucun des deux ne lavait convaincu. Il est esthète
Laurent. Et bien difficile. Je
ne rentrerai pas en vélo. De passage à la Libé,
Cyril me ramènera en voiture, le bike dans le coffre. La nuit
tombant assez rapidement. |