Bite frénétique, frénésie de la bite, ithyphallique depuis cette nuit, la nuit du Priape. Putain, j’ai l’impression d’être dans un texte de Yann. Nuit avec Caro, avec sa peau, son odeur, son souffle. Les messages s’amoncellent, nos corps, charnier charnel. Je repense à Marjorie, à des mails si similaires, à notre rencontre, à cet échec. A mon exigence. Intransigeance. Je n’ose pas me découvrir, je m’ouvre, je me donne, mais ce souvenir est présent. Persistant.
Messages embrasés au milieu d’une nuit, qui n’en fut pas une. Bite dure, couilles à vider, photos de filles qui sucent sur l’écran, à cran, ça craint. Torchon, au sol. Cette bite qui ne veut rien foutre d’autre que de cracher son foutre, foutre de sperme, vagues visqueuses sur ventre imberbe, un peu mollasson, où est le désert plat de mon adolescence.
Le matin, très tôt, les cheminots flippent, de l’arrivée des Allemands, cette fois-ci, ils décident de ne pas les laisser passer. Résistance. CGT. Cela ne fut pas toujours le cas, camarades, souvenez-vous de vos tracts de juillet 40. Amalgame, de foutre, sur ce torchon bleu, le bout de mes doigts effleurant la plaque tactile de l’ordinateur. Des filles sucent des bites, tant de filles, comme si toutes les filles suçaient des bites, en ce moment, tout le temps. Je ne peux pas de ne pas bander. Je ne peux m’empêcher de l’astiquer, cet ami parasite, cet ami vigoureux et coléreux. C’est lui qui commande, à quoi bon faire des études ? Lire des livres ? Obtenir un DEA ? Ma bite me rappelle à moi, moi, c’est la solitude et l’envie compulsive de faire l’amour à une femme. Simple. Incommensurablement compliqué. Une femme. C’est pas celles qui sucent des bites sur, dans, en mon écran. Une femme, c’est ce petit bateau coton, amarré au port de Nice, de Monaco, en ce moment, naufragé, prenant l’eau, tsunami, typhon, coton mouillé, effluves, effusions, soumissions, insoumissions, vulves.

Je suis chez moi, le ventre qui presse sur ma bite, cette bite si présente. Toute puissante. Omni,vore, potente, sciente… Je me sauve. Prends mon VTT. Je passe devant le terrain de tennis pour voir. Personne. Je bande sur selle. Je pédale, ne les perds pas, j’avance. Droit, sur ma selle. Pézarches, l’étang interdit aux Touquinois, petit, par les " gars de Pézarches ", j’accélère, route de bitume abîmée, bifurcation dans la forêt de Malvoisine, longue ligne blanche, de calcaire concassé par les bulldozers qui nettoient la saignée de la tempête de jadis. C’était Jadis. Je n’étais pas là, à Florence. Mare d’eau saumâtre où jadis, j’attrapais des grenouilles avec Mino, le petit-fils de Renée. Pins, sapins, morilles, arbres feuillus, cèpes, omelettes. Je suis la ligne droite, vers où, Faremoutiers, ou. Cinq, six, sept kilomètres à fond, dans les ornières géantes laissées par les engins. Des gens se baladent, on se salue, fils de la forêt. Je débarque enfin. Où. Aux Bordes, bord de Faremoutiers. Route bitumée impeccable, ça roule. Je reprends la forêt, chemins marécageux, traces de sabots, chevaux, haras d’Hautefeuilles, ça secoue, les avant-bras, l’équilibre, ne pas tomber dans la boue. Je retrouve la grande ligne blanche, je la fuis. Je pédale, à fond, à fond, à fond… loin dans la forêt, des ouvriers forestiers élaguent, je slalome. Je finis là où je voulais aller au départ : Hautefeuilles, et son haras. Ses belles maisons, son domaine Emmanuel, ses chats, ses calvinistes, le souvenir des gros seins de Marion, des yeux bleus de Sandrine.
Je me sens bien, si bien, fondant, fendant, ce bitume, sur ce bitume. Revoilà Pézarches. Au stop, des gens flous me klaxonnent, lèvent des bras. Je lève mon bras, saluant les gens, les gens de ma tribu.
Je repasse devant le terrain de tennis, je m’y attarde, les enfants d’à côté sont en récréation, le temps de discuter avec des petits, je suis le fils de Corinne. Je suis celui qui tape fort la balle. Je suis celui qui est grand. Je suis celui qui a un vélo rouge.

Je reviens chez moi. Aéré. Ma bite est toujours là. Dans la boîte aux lettres, deux lettres, Frédéric et Valérie. C’est bientôt le salon du livre, je dois penser à écrire les bios des auteurs. Il faut que je me libère de Priape, Min… Me vider.