Je me lève tôt, je crois bien. Je passe chez mes grands-parents. Claire, la coiffeuse, est là. Je fais un café pour l’équipée folliculaire. Je repars chez moi. J’écoute deux trois chansons de " Lofofora " et lis la Beig-BD. Ça finit par deux tours qui s’effondrent. Très rigolo. Cyniquement rigolo.

De retour chez mes grands-parents, le café se termine. Quelle synchronisation ! En moins de dix minutes, j’ai écouté de la musique énergique et lu une bédé sympathique.
J’ingurgite mon Kawa. J’enfile mon vélo, avec une sacoche contenant " Faire l’amour " de Jean-Philippe Toussaint. Aux Éditions de Minuit. Ce qui est marrant avec les " fils du " Nouveau Roman, c’est qu’ils sont bien souvent aussi chiants que les " pères du " Nouveau Roman, qui eux étaient aussi chiants que Balzac. Comme quoi, il ne suffit pas de vouloir pour ne pas être emmerdant.

Lecture sur le pont de granit du gué brebis, ensoleillé et asséché :

Toussaint propose une vision globale de sa bibliographie à la page 37, tout sur Toussaint par Toussaint.

Parole à l’intéressé :

" Debout dans la salle de bain, je regardais ma silhouette dénudée dans la pénombre du miroir. Je n’avais pas allumé la lumière en entrant dans la pièce, et deux sources de clarté contradictoires venaient se disputer la relative obscurité des lieux, la lueur bleutée de l’écran du téléviseur qui brillait toujours dans la chambre contiguë où j’entendais Marie sangloter doucement dans les draps, et la fine raie dorée de la veilleuse au sol de la penderie qui s’était allumée automatiquement sur mon passage dans le couloir. Je devinais à peine les traits et les contours de mon visage dans le grand miroir mural placé au-dessus du lavabo. La baignoire, derrière moi, se reflétait dans la pénombre, un peignoir de bain chiffonné sur un des rebords, plusieurs serviettes par terre, d’autres, inutilisées, encore pliées en deux sur leurs appliques argentées. Sur la tablette du lavabo, à côté des innombrables produits de beauté de Marie, flacons et tubes, poudriers, rouge à lèvres, crayons, blush, mascara, se trouvait ma trousse de toilette en évidence, que je venais d’ouvrir quelques instants plus tôt. De mon visage dans le noir n’émergeait que le regard, mes yeux fixes et intenses qui me regardaient. Je me regardais dans le miroir et je songeais à l’autoportrait de Robert Mapplethorpe, où, du noir de ténèbres des profondeurs thanatéennes du fond de la photo n’émergeait, au premier plan, qu’une canne en bois précieux, avec un minuscule pommeau ciselé en ivoire, sculpté en tête de mort, auquel, sur le même plan, avec la même parfaite profondeur de champ, répondait comme écho le visage du photographe qu’un voile de mort avait déjà recouvert. "

Toussaint a écrit " La salle de bain ", " L’appareil-photo ", " La télévision " et " Autoportrait "…

Je finis la lecture de la partie I par une érection, " le jour se levait sur Tokyo, et je lui enfonçais un doigt dans le trou du cul ". Page 91.

À la page 108, je ne sens plus mes jambes, repliées, tel un penseur oriental. J’ai des fourmis électriques dans les deux jambes, la douleur est désagréable. Je mettrai trois pages à retrouver l’usage élastique de mes guibolles.

Page 166, cette fois-ci, ce sont de vraies fourmis qui s’attaquent à mes jambes. Qui pendouillaient dans le vide.

Page 177, dernière page, et dernière piqûre au mollet gauche par un gros insecte.

Je glandouille. Paisiblement. C’est avec le cul endolori que je reprends mon bike pour aller chez Cyril chercher mon téléphone que j’avais oublié la veille, dans sa voiture.
Je rencontre chez lui, Vanessa, petite tête et gros cul ! Son petit chien de prairie qui gambade sur le carrelage, et qui pousse un petit cri à l’appel de son nom, " Ness Ness ".
Je reprends le bitume rapidement. Ma selle est inconfortable, mais bon, je reviens en trombe chez moi, pour ne plus bouger de mon canapé.

Je devais rejoindre Régis à Paris qui retrouvait, je pense, son ami Stéphane Hervé. Je suis bien trop naze. Et le dernier bus pour Chessy part dans moins d’un quart d’heure. Je reste allongé, avec un bâton de berger, noisettes. Et des chips à l’oignon. Pas le courage de me faire à grailler.

Je bulle comme Sloterdijk.