De
retour chez mes grands-parents, le café se termine. Quelle synchronisation
! En moins de dix minutes, jai écouté de la musique
énergique et lu une bédé sympathique. Lecture
sur le pont de granit du gué brebis, ensoleillé et asséché
: Toussaint
propose une vision globale de sa bibliographie à la page 37,
tout sur Toussaint par Toussaint. Parole
à lintéressé : "
Debout dans la salle de bain, je regardais ma silhouette dénudée
dans la pénombre du miroir. Je navais pas allumé
la lumière en entrant dans la pièce, et deux sources de
clarté contradictoires venaient se disputer la relative obscurité
des lieux, la lueur bleutée de lécran du téléviseur
qui brillait toujours dans la chambre contiguë où jentendais
Marie sangloter doucement dans les draps, et la fine raie dorée
de la veilleuse au sol de la penderie qui sétait allumée
automatiquement sur mon passage dans le couloir. Je devinais à
peine les traits et les contours de mon visage dans le grand miroir
mural placé au-dessus du lavabo. La baignoire, derrière
moi, se reflétait dans la pénombre, un peignoir de bain
chiffonné sur un des rebords, plusieurs serviettes par terre,
dautres, inutilisées, encore pliées en deux sur
leurs appliques argentées. Sur la tablette du lavabo, à
côté des innombrables produits de beauté de Marie,
flacons et tubes, poudriers, rouge à lèvres, crayons,
blush, mascara, se trouvait ma trousse de toilette en évidence,
que je venais douvrir quelques instants plus tôt. De mon
visage dans le noir némergeait que le regard, mes yeux
fixes et intenses qui me regardaient. Je me regardais dans le miroir
et je songeais à lautoportrait de Robert Mapplethorpe,
où, du noir de ténèbres des profondeurs thanatéennes
du fond de la photo némergeait, au premier plan, quune
canne en bois précieux, avec un minuscule pommeau ciselé
en ivoire, sculpté en tête de mort, auquel, sur le même
plan, avec la même parfaite profondeur de champ, répondait
comme écho le visage du photographe quun voile de mort
avait déjà recouvert. " Toussaint
a écrit " La salle de bain ", " Lappareil-photo
", " La télévision " et " Autoportrait
"
Je
finis la lecture de la partie I par une érection, " le jour
se levait sur Tokyo, et je lui enfonçais un doigt dans le trou
du cul ". Page 91. À
la page 108, je ne sens plus mes jambes, repliées, tel un penseur
oriental. Jai des fourmis électriques dans les deux jambes,
la douleur est désagréable. Je mettrai trois pages à
retrouver lusage élastique de mes guibolles. Page
166, cette fois-ci, ce sont de vraies fourmis qui sattaquent à
mes jambes. Qui pendouillaient dans le vide. Page
177, dernière page, et dernière piqûre au mollet
gauche par un gros insecte. Je
glandouille. Paisiblement. Cest avec le cul endolori que je reprends
mon bike pour aller chez Cyril chercher mon téléphone
que javais oublié la veille, dans sa voiture. Je
devais rejoindre Régis à Paris qui retrouvait, je pense,
son ami Stéphane Hervé. Je suis bien trop naze. Et le
dernier bus pour Chessy part dans moins dun quart dheure.
Je reste allongé, avec un bâton de berger, noisettes. Et
des chips à loignon. Pas le courage de me faire à
grailler. Je bulle comme Sloterdijk.
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