Aujourd’hui, j’ai le sentiment qu’il ne me reste plus que mon passé à vivre, ainsi commence le nouveau roman de mon ami Florian, " Les amants du n’importe quoi ".
Je te le conseille, si tu me le permets.
Ton nom, tes apparitions, mes écrits me sont revenus en flashs hypnotiques ce matin suite à une rencontre étrange et non prévue. Un jeune homme que je connaissais comme ça, sans plus, a pris le bus avec moi et s’est retrouvé seul à Touquin. L’hospitalité n’est pas un mythe grec oublié de tous, et je l’ai donc invité à se réchauffer et à boire un café chez moi.
La destinée, maligne et rigolote, nous proposa de suivre la remontée triomphante de Grosjean.
En discutant tennis et jolies filles, il m’évoqua une fille sublime, sublimissime, allons, douce, belle, intelligente, n’arrêtons pas, " Caroline Cellier ". Je ne tilte pas. La description se précise, son " petit " ami, vers le lycée, et là, je me rends compte qu’il s’agit de toi, et de surcroît d’épiphanies passées, de textes écrits en semaine de rage et de souffrance en octobre 2000, de réactions vives l’année suivante, et de tout un tralala pathétique et ridicule.
Je t’avais oubliée. " Tout ça pour ça " n’était dont pas un si mauvais titre pour ces chroniques glauques d’un jeune homme dérangé, pour rebondir sur le premier livre de Frédéric ; que je te conseille aussi, " Mémoires d’un jeune dérangé " de Beigbeder.
J’avais oublié ces apparitions oniriques, belles comme des peintures préraphaélites, recherchées comme des perles rares de bonheur, comme une note juste qu’un violoniste traque à jamais. Je t’avais oubliée.
Précepte wildien, détruire ce que l’on aime. Rechercher l’oubli, pour ne plus souffrir. Ni rêver !
Absurde romantisme que l’adolescent je fus si longtemps ; que je suis encore ?
Tout revient désormais. Je me souviens. Je ne relis jamais ce que j’écris, en tout cas pas ces textes mauvais, les premiers, qui connurent l’enthousiasme de certains lecteurs, mais l’incompréhension et la colère parmi ma terre patrie, la Brie. Coulommiers.
Je le comprends.

La nostalgie m’est douce, m’est muse aussi. La nostalgie des jeunes filles, nées à un détour d’une rue, à l’angle d’un escalator, dans le reflet d’une vitrine. Un truc de maniaque, peut-être.
Non, un truc d’écrivain. N’est-ce pas Marcel, Franz, Ernest, Vladimir ?
Entre la cristallisation et la délitescence, un cristal qui se briserait au toucher, et en poussière, un cristal ne brille plus, sans luminescence, on n’écrit rien.
Tel un supplice mythologique.

Que deviens-tu ? Es-tu à Paris IV ? Toujours à Reims ? Ou ailleurs ? Fiancée, épouse ? Maman ?
Cela va te paraître débile, non advenu, mais je serais ravi de te revoir, d’avoir de tes nouvelles. De taper la balle à l’occasion. De suivre les matchs de Mannschaft sur la DSF. Je ne sais pas.
J’attends. Donc.