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Il y a des jours où je suis bien heureux dêtre vivant.
Où les choses, belles, senchaînent naturellement.
Pas vraiment. Mais comme si.
Jétais parti pour « mouler », pour reprendre
une expression du grand écrivain Régis Clinquart, quand
mon téléphone sonna. Tin tin. Que de suspens ! Qui cela
peut-il bien être ?
Xavier. Vieux brigand tenancier de la Libé !
Je lui propose de venir, on trouvera bien quelque chose à manger
dans les placards. Jai des lardons, de la crème fraîche,
des pâtes, des chips, des gâteaux, du coca, des bières
Le paradis !
Bon, je ne suis pas non plus super à laise, Xav est
aussi cuistot. Donc, je ne peux pas faire de la merde. Un niveau de
qualité est exigé.
« Des croustilles », telle est la traduction pour «
chips » que me propose Word. Je mange des croustilles devant le
match du PSG. Des croustilles à loignon, ou au vinaigre,
cest bon.
Je
prépare, évidemment, des carbonara. On discute. On parle
chacun de nos projets, Xavier prépare le concours de lAssemblée,
pour être barman au Palais-Bourbon. Il sera au courant de plein
de trucs ; cest un coup à devenir indic pour le «
Canard ».
On parle aussi de Soral quil aime beaucoup. Je lui prête
son dernier essai, labécédaire.
On mate « Amélie ». Jévoque la «
dispute » avec Laurent, la veille, au téléphone
à propos du film de Jeunet.
Laurent magaçait en rabâchant la polémique
(si misérable) lancée par Serge Kaganski, un minable des
« Inrocks », encore. Je lui fais comprendre que ses propos
sont « débiles ». Notre discussion tourne mal, comme
un film de Lelouch. Ça devient vite chiant. Pas toujours. Mais
là, oui.
Pendant
le film, 7 appels sans réponse sur mon portable, qui a dû
vibrer sous lamas de papiers où il était caché.
Du « Raymond », 3 fois, et du « Masqué »,
4 fois, différents « masqués ».
Après
un cache-cache de téléphones (portable et fixe) et de
mails, je finis par avoir VTC. Nous discutons plusieurs minutes, une
éternité face au néant de nos échanges vocaux
passés (rien).
Ce qui est drôle, un peu quand même, cest le naturel,
si, de notre conversation. Valérie évoque ce fait, nous
avons plus parlé en cet instant quen deux ans. Dingue.
Oui. Je ladmets. Surtout que ni elle ni moi aimons le téléphone.
Je
dîne devant le PSG, boursin, saucisson sec à la noisette,
M&Ms (15 par paquet !) et du coca.
Dailleurs, ça veut dire quoi « M&Ms »
?
Quelques mails rigolos avec VTC, sur le foot, sur Guingamp, sur Amélie,
sur les courants dair et Dieu.
Je
finis nos mails par un truc tapé sur le moment, je ne sais pas
pourquoi :
Paris
a gagné. M'ouais.
Je vais aller faire dodo. Hop, sous la couette, le ptit père.
Pas trop envie de lire. Encore moins d'écrire. Bien pensé
à continuer mon récit "SM", sur les Citroën,
mais je suis mou des chaussettes, ce soir.
Je sais pas bien ce que cela signifie, mais je sens que j'ai les pieds
mous, pas bon signe, c'est signe de pluie. Et de fatigue. Peut-être
que je vieillis aussi, ça commence par les pieds, j'ai jamais
demandé aux autres.
Demanderai à pépé, si tout ça a commencé
par en bas. Ça doit être ça la France d'en bas.
Le malheur par la racine.
Comme un bon vieux pépère, je garderai mes chaussettes
cette nuit. Ben, je vais pas me gêner, pardi, par dieu. Non mais.
Et pis quoi, si j'ai les pieds mous, faut bien que je me dorlote, vu
que je suis bien seul dans ce bas monde des gens d'en bas. Mince alors,
je me sentais pas si bas. Ça fait drôle de voir ça
de si haut, enfin, de prendre conscience que les pieds mous, c'est le
début, de la mollesse, et de la fin.
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