Une grande journée s’annonce : Marjolaine, ce midi, à quoi ressemble-t-elle ? et Beigbeder, ce soir, au Flore, qu’allons nous dire ?

Mais cette grande journée commence bizarrement, la souris apeurée de la veille est morte. Elle était plus certainement empoisonnée. Elle ne bougeait pas trop, je ne m’étais pas posé la question. Je suis bête.
Cela me rassure un peu, je n’avais pas envie que mon appartement soit envahi par des rongeurs, dévastant mes livres et mes habits.
J’avais, de plus, égrainé du poison sous l’évier et dans les vieux placards adjacents aux murs de la maison voisine inhabitée.

Le souriceau est mort ; serait-ce mort aussi avec Marjolaine, ma souris ? Je ne préfère y voir aucun présage. C’est triste, surtout que j’avais envoyé un message à Marjolaine et à Valérie. D’ailleurs Valérie, dans la matinée, m’écrira pour me dire que les petits seraient aux anges d’apprendre l’histoire du " souriceau chez Stéphane ". C’est tristement que je préfère lui dire la vérité en lui demandant de raconter le beau conte à Solal et Justine.

Drôle de sensation, tout se bouscule, crapahute là-dedans, Marjolaine, inconnue, et pourtant si attendue, les yeux tristes des anges de Valérie, que vais-je dire à Frédéric ?, et que penser de la belle inconnue du bus, sans oublier mes mails de plus en plus complices avec Marjorie.

Mains moites, motivé par Olivier, et les autres… Je retrouve Marjolaine, la douce, devant l’église St Laurent, à 13h. J’y suis, elle arrive, je fais mine de regarder le presbytère, je sais que c’est elle, elle s’arrête près de moi. Nous nous sommes retrouvés.

À l’aise, je la suis dans un resto, près du boui-boui hispanique où l’on déjeunait très souvent à mon arrivée, des " paellas valencia ".
C’est une sorte de bar à vin, comme les " trattoria " à Florence, vin, charcuterie et fromage avec une salade.
Elle semble se sentir bien avec moi. Je parle énormément, et mange peu. Elle finit entièrement son assiette. Je lui parle de mes projets, de ma soirée " Panik " étrange, de ma déception de ne pas l’avoir vue, de mon dîner avec Alexandra, de la bizarrerie de ces événements.
Elle me parle de son chat, " chat-san ", de sa soirée perturbante avec un ex-jaloux, de son coucher, tout habillée avec son sac à dos sur le ventre.
Elle est rigolote. Je lui repropose de m’accompagner à la soirée de Fred. Je le vois ce soir, je prendrai des invitations.

J’espère qu’elle viendra, qu’elle acceptera de me revoir… En général, quand j’invite une fille à déjeuner, je ne la revois JAMAIS. Fatalité.
Sa venue avec moi à cette soirée est ma seule motivation. C’est pour moi l’occasion de passer un long moment avec elle, de faire connaissance, de me sentir heureux, rien qu’un soir, une nuit. Et la tendresse, bordel !
Che sera sera… Mais en tout cas, je n’ai pas été gauche… pas trop.

Pas le temps de lambiner tendrement, un taf pénible m’attend. Ya Ouh !
Pas le temps de stresser pour 18h. Pile à l’heure au " Flore ", je tourne à l’intérieur, personne, je monte, un truc privé, je ressors, appelle un ami pour me rassurer, pour échauffer ma voix.
Je rentre, je m’assieds. Fred apparaît à 18h10. Tranquille.
La conversation fuse comme entre deux bons vieux amis. Il note les noms des gaillards… Oui, Pascal Bories doit écrire… Je sais, je n’arrête pas de lui dire, mais il passe son temps à sortir, à écumer les vernissages, en parasite mondain. Je fais mon possible pour le faire travailler, mais bon… Si, ça fait un peu hussard de droite, non ?… Je ne pense pas, Régis n’est pas un hussard de droite, ni untel, ni cet autre… Bories doit écrire pour équilibrer… Tu crois qu’il est de gauche ?… Il bosse à Tech ! … Si tu savais…

On parle des manuscrits de Thomas et Régis. Il est enthousiaste de les lire… se montre un peu étonné de la " courtesse " du texte de Régis… L’Intransigeant.

Ça se présente bien. Il me propose de l’accompagner en haut, à la " soirée " en question. Je décline et retourne bosser à l’agence, pour ce maudit truc !
Je bosse jusqu’à dix heures, envoie un mail à Marjolaine pour l’informer de mon rendez-vous.

Je retrouve Sébastien, chez lui. Il bosse. Il n’arrête pas, les yeux écarquillés. Il a l’air d’un type surmené, mais très en forme paradoxalement. Il prépare un exposé sur Merleau-Ponty, donne des cours demain à 9h, finit son site, évoque un rencard avec une Allemande… Palpitant… Hallucinant d’intensité de vie, le petit trapu à la grosse ….

Je m’endors au départ au sol, sur la paille tissée, comme un Japonais, comme " Stéphane-san ", je pense à Marjolaine, à son chat…
1h, Seb me propose de le rejoindre dans le pieu, plus moelleux.

Quelle journée !
Douceur, intensité, amitié.