Ma mère est exaspérante. J’arrive enfin à l’avoir au téléphone. Je lui propose de passer regarder le match de foot. Je sais qu’elle aime bien les grands matchs. Malheureusement elle est déjà en pyjama, c’est vrai que j’appelle tard.
Je m’informes des news, est-elle allée voir son médecin avec ses radios, a-t-elle des infos ?
Non. Elle attend la fin du mois et sa paye. Toujours la galère. Je lui avais avancé un peu d’argent pour la consultation, mais c’est parti dans un peu de bouffe et des traites en retard pour son propriétaire. Je la sermonne un peu, sans donner de leçons, je suis moi-même un piètre comptable, et l’homme le moins bien payé de toute ma boîte !
Se faire enculer doit être génétique. Un don maternel. Mais ça remonte à bien plus que cela. N’est-ce pas Mémé ?

Je ne sais pas quoi faire. Je regarde mes mails. Yann est en très grande forme. Sur son tournage, sur l’écriture de son journal intime, sur celui de son tournage, sur sa croisade de brisage de Burn(es). Sur tous les fronts.
Je parlais justement ce midi à Pascal, Philippe et Jérôme de sa faculté impressionnante de travail.
Nous nous étions retrouvés pour déjeuner ensemble. Dans le petit resto de la veille.
Première rencontre de Pascal, Philippe et moi avec Jérôme. J’avais invité Pascal car c’est son anniversaire, et proposé à Philippe car c’est un " fan ", tout comme moi, de l’album sublime de Jérôme. Attal, un nom à écouter. On fait tourner le CD le plus possible à l’agence.
Jérôme porte bien son physique, estime avec justesse Philippe. Il a le charme vaporeux des jeunes hommes bien élevés. Un jeune homme truffautien, presque, même si ce n’est pas exactement Antoine Doinel. Peut-être celui de " Baisers volés ". Une intelligence délicate qui refuse les écrivains salauds. Surtout s’ils sont de " droite ". Alors que reste-t-il à lire ?
Dostoïevski, Fitzgerald ou Nabokov. Le " Premier amour " de Beckett ; un livre que j’aime retrouver, il m’avait été offert par Valérie.
Jérôme est également expert en horoscope. À lire entre deux frites, et une gorgée de Coca.
On parle évidemment toujours de ce microcosme où nous sommes satellites lointains, des écrivains, des succès, de ceux qui chroniquent capillairement à la téloche. L’Oréal est le nouveau mécène de la langue française. On parle du bordélique Field, un chouette gars, Field. Un bon gros matou pas très finaud. Mais un bon pépère tout de même.

D’ailleurs, lorsque Chloé m’appela après avoir reçu mon petit texto mignon " tu es belle en Lacroix ", Colombine Fregoli pour une journée de Libération, elle m’évoqua son passage prochain dans la chambre du gras ventru. Pire que moi, ma Belle. Je l’écoute, enfant, Beckie, je suis Tom Sawyer courant le long de Mississipi. Je m’excuse de cristalliser autant. Je m’en veux vis-à-vis de notre amitié, et de son attentionné ami, Jérôme. Mais la mélodie est fatidique. Infantile chant qui me traîne vers les verdoyantes collines toscanes. Je craque, pardonne-moi.