Vendredi 21 septembre :

Trottoir glissant, trottoir humide, j'ai oublié de mettre des chaussettes, je vais attraper la crève.
Ce matin, il n'y avait pas de "Parisien", je suis reparti avec mes cinq francs vingt.
Je rentrais, le sifflement dans la bouche, avec un peu de déception. À l'intersection des routes, je n'ai pas rencontré le diable, mais un proche voisin, c'est-à-dire de mon voisinage, il promenait son chien.
Un chien ignoblement laid, un petit caniche beige. J'ai pensé, je m'en souviens, qu'il était bien pathétique ce gars avec sa laisse et son chien. J'ai pensé que sa vie devait être bien triste. Les chiens sont le meilleur ami des hommes qui n'ont pas d'amis.
Puis, je me suis repris. J'ai constaté que moi, j'étais tout seul. Ma main ne rejoignait rien.
Mais très vite, un large sourire envahit mon visage, chassant mon sifflement ; essayez donc de siffler en souriant, c'est très difficile.
Je pensais qu'il était bien meilleur parfois d'être seul que d'être accompagné par un chien.
Mon café était chaud, sucré, calme dans mon bol bleu, celui qui avait appartenu à mon arrière-grand-mère morte, il y a quelques années à 325 ans. Enfin à un âge très impressionnant.
(Si les patriarches bibliques sont si vieux, c'est parce qu'ils confondaient l'année avec le mois.
Adam, 930 ans soit 77 ans, Seth, 912 ans, soit 76, Hénoch, 375 ans, soit 30 ans, Mathusalem, 969, soit 81 ans, Noé, 905 ans, soit 79 ans).

Je ne savais pas qui avait gagné entre Bordeaux et le club Tchèque. Je m'essayais au télétexte, mais c'est très long avant de visualiser la page "301", celle du sport.
Mais c'était le prix à payer pour savoir. Le savoir n'est jamais gratuit, le travail et la patience en sont le prix.
A la télé, il y a des clips, une succession continue "indifférenciable", une chanson sans fin.
Je n'étais pas chez moi. Je n'avais qu'en disposition les 6 chaînes hertziennes.
Je lus pendant mon café, le "Pays Briard", mes grands-parents y étant abonnés, pas besoin de se mouiller les pieds pour aller le chercher. Sauf jusqu'à la boîte aux lettres.

Puis, ma douche prise, j'écrivis un texte et partis au bahut.
La journée fut éreintante et assassine. Un jeune garçon se fit voler son sac, chose courante, je le concède, mais avec l'ensemble de ses affaires (clé, papiers). Nous trouvâmes très vite les suspects, qui sont sans aucun doute les coupables. Les jeunes maghrébins de la classe qui m'avait permis de rester spectateur durant une heure de la girondoyante Girondine.
Coups de pression du CPE, de mon côté, je m'explique avec Samir. J'essaie de lui faire comprendre, avec sincérité, que je préfèrerais un arrangement tranquille.
Mais bon, les menaces du CPE ont pour conséquence le mutisme de ces intouchables.
Je suis raide dégoûté pour le petit jeune qui devra tout repayer.

La journée fut plus que mauvaise. La soirée serait, de par ma volonté, paisible.
Je regarde le début du foot, puis l'émission de FB sur Paris Première. Yann est là aussi, il est l'apologétique de Jauffret ; il m'avait depuis plusieurs semaines conseillé "Promenades".
Les deux auteurs invités sont donc Régis Jauffret et Christophe Donner.
FB est assez bon, assez drôle, c'est assez réussi pour une première. Le décor est plaisant, reposant certainement pour les invités qui ne sont pas toujours de très bons orateurs télévisuels.
Donner est à l'aise, sûr de lui. Son lecteur "heureux" est moins pertinent que sa lectrice "douteuse". Mais il se défend très bien l'auteur de chez Grasset.
Il dit des choses fort justes, les révolutions mènent à la violence, la violence menant à la régression. "Les révolutions finissent toujours par le sabre" pensaient Burke et Rivarol.
Jauffret a une voix atone, c'est assez pénible. Mais ses propos sont concis et toujours attaquants. Il y a du panache chez ce type.
Yann est parfait, son speech où le Brésil se mêle à la physique quantique est une jubilation.