Il
y a des jours où il ne faudrait pas prier. Javais demandé
au ciel, durant mes nuits noctambules, un signe de la belle rencontrée
samedi soir chez RC.
Jai assez confiance aux signes du destin ; je suis assez mystique pour
un " nihiliste ". Dailleurs je suis très peu nihiliste
en fait. Cest un reproche que lon me fait souvent, et que lon
vient encore de me faire.
Comateux sur mon canapé, me projetant dans un futur proche fait de brouettes
de cailloux et de dalle en béton, je reçois un appel dAudrey.
La voix est toujours aussi chaleureuse, mais je ne suis pas dupe. Lironie
fait place aux explications ; jai tout oublié de mon côté.
Quand comprendront-ils que je nécris pas pour eux, pour régler
des comptes ou pour " je ne sais quoi " ?
Que les textes doctobre 2000 ont été des textes dune
nuit ou deux, quils sont un peu mon portrait de Dorian Gray, quils
nétaient pas faits pour être lus par.
Par les gens que je côtoyais tous les jours dans cette boîte à
cons et à hypocrites, que je ne voulais plus durant ce mois doctobre
2000 être un con et un hypocrite. Que pour une fois, sobre, je voulais
crier ma haine ordinaire et ne plus y penser par la suite.
Ce nest pas " Audrey " que jexècre, cest
moi.
Quils ne me comprennent pas, je men fous, mais pourquoi me demander,
à moi, de mexpliquer, de leur permettre de comprendre ?
Rien à comprendre. Je ne suis pas un " nihiliste ", Audrey.
Comme tout le monde, il y a des moments où je dérive vers le côté
obscur. Je dis des choses dans des soirées qui sont du même acabit
que les billets de mauvaises humeurs de ces vieux textes mauvais, mais personne
vient me demander le lendemain pourquoi ?
Il y a des moments où je rencontre des gens qui dégagent une vraie
douceur, une vraie amitié, et la poésie est possible. Je ne suis
pas un nihiliste, mais je ne suis pas un idéaliste non plus.
Je sais pertinemment que la poésie est un instant de bonheur furtif,
que les belles rencontres, les jolies choses sont rares.
Jai souffert dAudrey, mais par ma faute, par lidée
que javais delle. Je souffrais par moi, et non par elle.
Elle me demande ce quelle a fait. Comme si, comme si elle pouvait faire
quelque chose. Elle ne pouvait rien faire, elle navait pas les yeux du
monde, ni les yeux de poésie, seule la voix dune sirène.
Elle ne pouvait que rire. Et le rire ne suffit pas. Le rire nest quune
partie de la vie, du rêve. Déjà bien, mais pas assez.
Et puis le rire est trompeur, voire tronqué. Alors que les yeux du monde
ne mentent jamais. Alors non, tu ne pouvais rien faire. Ne ten veux pas,
tu navais aucun pouvoir.