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Une
bonne marche à plusieurs, avec les mômes, les cancres,
les neuneus, les naïfs, les benêts, les embrigadés
des bancs des lycées.
Il fait beau, ça facilite les manifs et les défilés
pédestres. Tout ça est bon enfant. Tout ça pue
la bêtise aussi. Enfin celle de la jeunesse, celle des joues roses
et des fesses fermes. Que les idées soient creuses, simplistes
et manipulées, m'en fous.
Avec SV, on dandine parmi les lascars, on s'amuse quand même.
On a marché du taf jusqu'à République. De Répu,
j'ai appelé Pascal, mais il bossait à son laboratoire.
La thèse pour bientôt. Bourgeois !
On suit le cortège des idées reçues, des manipulations
dogmatiques, des amalgames tarés et des jolies petites loules.
Direction Bastille ; un quartier qui pue grave, toutes les boîtes
à trous du cul, genre "La Fabrique", et tous les bars
latinos
Ça schlingue.
D'ailleurs, c'est à la terrasse d'un café nauséabond
que l'on quitte la cohorte des guignols pathétiques.
Mais bon, il est bon de se retrouver ensemble, parfois. Mais je n'ai
pas quitté le boulot de pion pour me retrouver avec des mouflets
à combattre la montée du nazisme en 1933. ! Le trip "Code
Quantum", non merci. Moi, je suis diplômé d'Histoire
et non de science-fiction.
Et puis, les filles sont assez moches ; c'est encore plus grave que
l'hystérie du stade anal de la pensée à laquelle
j'assiste avec mon collègue SV.
Ce n'est pas que je méprise les gens un par un, mais dès
qu'ils se mettent tous ensemble à marcher au pas, ça me
fait chier.
Mais chère "Marion", cher "Julien", et chacun
des guignols de la fanfare, je vous aime bien, individuellement, en
colonnes, j'ai vraiment envie vous buter. Amicalement.
Sandrine,
une cyber rencontre, qui a un super site (voir l'article du petit Pascal
Bories dans le dernier Tech, ou le précédent) devait me
phoner pour une première rencontre live.
La parade des jeunes était un bon prétexte pour se voir,
sortir dehors, boire un verre, discuter.
Mais j'ai appelé en vain, le répondeur. Tant pis. SV m'invite
au resto, dans l'un des clones du coin. Tous pareils. Mais ma tartine
de miel et de chèvre a quelques qualités. Une jolie fille
rouge vif me tourne le dos, sur la terrasse d'a côté. Quelque
chose. Petites baskets rouges, longue chemise rouge, quelque chose d'attirant.
Ou est-ce la couleur ?
De toute façon, la fille ne se tourne que très rarement
vers nous. Sa copine, mignonne, semble plus accessible, je croise souvent
son regard. Elle parle plus fort que la beauté mystérieuse,
comme pour engager un dialogue. Je ne dis rien. Je n'entame rien. Seul,
j'aurais lancé un truc, rebondi sur leurs propos. Mais je discute
avec mon pote.
Les rares fois où la vivifiante créature se tourne vers
moi confirment mes premières impressions, délicieuses,
interdit.
Je
rentre chez moi, vers 22 heures, SV en a fait de même. Je pense
aller me coucher, j'ai rien à faire et pas de thunes. Retour
dans ma turne. C'est con que Sandrine ne m'ait pas appelé. Je
me couche, avec l'intention de dormir vite, pour ne pas penser et pouvoir
rêver.
BEUEUEUEUEUEUEUE, mon portable, plus exactement celui de Jean-Paul,
vibre. C'est Cybersiren, cool.
Je remets mes chaussettes, mon fute et mes grolles. Elle m'a expliqué
l'endroit, sur le canal St Martin, je connais, le pont de Lancry ?,
un truc du genre, la rue Bichat, le café de l'angle
Je
trouverais bien, je suis un peu dans le gaz. Je cours dans la rue Beaurepaire
pour débarquer le plus rapidement sur le canal. Ouah, c'est génial
les berges du canal, la nuit, ça se bécote sur les bancs
publiques. Chouette. Reposant. Romantique.
Je trouve facilement le fameux pont, du côté du quai de
Valmy, mais avant de le traverser, je fais le tour des cafés
aux alentours. Rien. Je traverse et débarque du côté
du quai Jemmapes, je marche, je marche et tombe sur la rue Bichat. Rien
pas de café ouvert. Rien qui ressemble à "Chez Aldo",
si je me souviens bien du nom du bar promis.
Je remonte la rue Bichat vers le canal, explore toutes les possibilités,
reprend un pont, me retrouve devant "Antoine et Lili", ou
inversement. Je reprends le pont et remonte dans l'autre sens la rue
Bichat, une très longue rue. Pas de "Chez Aldo". Je
continue et me retrouve "rue vieille du temple", je crois.
À ce stade de ma course-poursuite, je rappelle Sandrine. C'est
dans l'autre sens, mais j'ai vraiment rien vu. Pas grave.
Je reprends donc le canal du côté "quai de Valmy"
pour revenir sur mes pas et reprendre le premier pont. Je marche vite,
je double une fille avec un truc rouge et un gars en vélo ; au
phone, Sandrine m'avait parlé de "rouge", mais je dormais
à moitié
Je suis sûr que c'est elle. Je lui demanderai lorsque j'aurai
trouvé ce fameux bistrot.
Arrivé au pont, je fais consciencieusement le tour des échoppes,
que dalle, je marche, je marche encore, toujours jusqu'à atterrir
à "Bonsergent". Dingue. Je remonte en maugréant.
La fille doublée un peu avant, sans son ami vélocipède,
tient un téléphone dans sa main, le mien vibre dans ma
poche. C'était bien elle.
J'ai enfin rencontré Sandrine. "Sandy" pour les intimes.
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