Mercredi 22 août :
"Un écrivain, qui est un socialiste
européen, qui dénonce l'invasion et la destruction de l'Europe,
a écrit cette brève histoire en même temps que ses articles
de combat. Il n'a pas craint de montrer tous les doutes, toutes les réticences,
toutes les langueurs, tous les regrets dont il étouffe l'intime sédition
au fond de sa poitrine.
Cela a été principalement incarné et réduit dans
un personnage, Constant, qui représente assez bien je crois une des tendances
existant chez les intellectuels d'aujourd'hui en France. Constant n'est pas
l'auteur. Un personnage n'est jamais l'auteur ; un personnage n'est jamais qu'une
partie de l'auteur."
"Les chiens de paille", préface de l'auteur, avril 1944. Dernier
livre publié du vivant de Drieu.
Et s'il vous fallait vous réincarner
?
J-P. B : J'aimerais autant me réincarner en yorkshire, comme ça,
j'aurais une petite chance de me retrouver dans les bras de Natty !
VSD de la semaine, interview de Belmondo.
"On m'apprend à tirer fort, alors
que je rêve d'extérieurs du pied et de ballons piqués. L'image
du football d'aujourd'hui, c'est de la sueur et des muscles hypertrophiés
par l'effort. Moi, je rêve de légèreté, d'harmonie,
de plaisir. Comme il existe une musicalité des vers, j'aimerais que le
foot offre celle des gestes. Je suis à la recherche d'une symphonie.
Mais la musique du football, de nos jours, c'est seulement du hard-rock"
Cantona, cité dans une K7 1992, TF1-Europe1. Phrase commentée
par un psy au brushing haut, dans son domicile, à l'intérieur
très "bourgeois", Gérard Miller, qui commente la formule
de Cantona, "je suis heureux d'être fou".
Que retenir de ces citations ?
Miller sévissait dans le people dès le début des années
90, un parasite naissait. Que ce bourgeois est puant, que son activisme dans
la gauche prolétarienne est révoltant. Que son cas de mérite
pas plus d'attention.
Plus jamais ! Je ne veux pas revoir un prochain
Rolland Garros avec un "Bébel" qui suit la "Baballe",
tel un autiste, avec son chien pitoyable sur les genoux. Ne lui manque plus
que la couverture écossaise.
Je préfère encore le savoir mort.
Merde, c'est le type de "Peur sur la ville"
qui traque le méchant sur le toit d'un métro. C'est le plus grand
casseur de gueules du cinéma français, et tout ça avec
un sourire éclatant, émail et diamant.
Et " Les chiens de paille" de Drieu
est un formidable roman, sur cette "agonie de l'Europe", gaullistes,
collaborateurs, communistes et nationalistes interagissent dans ce livre toujours
aussi magnifiquement écrit par Drieu.
En zappant, chose rare, sur les chaînes
hertziennes, je tombe sur un hommage à Coluche.
Je n'ai jamais aimé l'humoriste ; je trouvais que ses sketches, qui se
voulaient subversifs, servaient plus le système visé qu'inversement.
Je le considère comme l'un des promoteurs de la "publicité"
manipulatoire née dans les années 80.
Seguela (puanteur cathodique, pourriture "humaine") dans cette émission
confirme mes dires, avec une analyse similaire mais au constat renversé.
Il évoque même une séance de réflexion entre lui,
Tapie et Coluche : le triumvirat des pourris.
Je reçois le magasine de Canal plus.
Synopsis d'une pub pensée en lisant,
en feuilletant, le passage sur le PMU.
Première scène :
Plan large sur la porte d'un Mac Do, on lit
au-dessus de cette porte : "Premier Mac Do en France".
Deux jeunes types sortent, ils parlent, en sortant du "restaurant".
Eric : Géant ! dit de façon Gé
ant !
Cédric : Tu sais mes parents se sont abonnés à Canal plus.
Voix enthousiaste et qui cherche l'approbation.
Arrêt sur image, légende : "1984, Création de Canal
Plus".
Deuxième scène :
Plan large, vue de parallèle d'un salon,
dans l'axe du regard de "Cédric" et de la télévision.
On ne voit donc pas l'écran, mais on entend des sons d'un film pornographique.
Cédric, le t-shirt remonté au niveau de la poitrine, au milieu
du torse, se masturbe.
Le sexe est caché par l'accoudoir où sont posées deux feuilles
d'essuie-tout.
Arrêt sur image, légende : "1986, première diffusion
de films de cul sur Canal Plus"
Troisième scène :
Plan d'ensemble, dans une profondeur d'un café,
le comptoir comme ligne de fuite.
Au premier rang, deux hommes, habillés en cadre du tertiaire, boivent
un demi.
À l'arrière-plan, le patron qui regarde, la tête levée,
vers l'écran de télé accroché au mur, une course
de tiercé sur Canal Plus.
Eric : T'as vu PSG hier soir ?
Cédric : Ils vont être champion cette année !
Arrêt sur image, légende : "2001, Canal Plus diffuse le tiercé"
Fond noir, slogan :
"Canal Plus, la chaîne qui vieillit avec vous"
ou
"Canal Plus, la chaîne qui vieillit vos rêves"
Je m'éclate tout seul avec mes petites
images dans ma tête.
Cela me fait penser au rôle d'un acteur, à ce qu'il devrait être,
ce qu'il devrait faire.
Qu'est-ce qu'un acteur ?
L'acteur a deux missions :
Servir le personnage.
Et
Susciter des images.
Depardieu incarnait un personnage chez Ferreri,
chez Blier, il était au service du personnage.
Mais avec et depuis "Cyrano", c'est Depardieu qui passe avant le personnage
joué.
Ce n'est plus du tout un acteur, ni un comédien. On est dans le domaine
de la marchandise, de la chose, de l'objet, de la production.
C'est la position de l'acteur qui est à remettre en place. Dans les promos,
les acteurs sont les seuls à réagir sur le film. Ils n'ont qu'un
rôle visible, essentiel, mais non primordial.
Celui qui est au fondement d'un film, c'est le concepteur, le scénariste,
le dialoguiste, le metteur en scène. Ce sont eux qui sont capables de
parler du film.
L'acteur doit avoir la fonction la plus misérable du domaine artistique,
il dit des mots que l'on lui demande de dire, il prend des positions psychologiques
définies par le réalisateur, le directeur d'acteurs.
La médiatisation des acteurs est une des principales nuisances à
l'uvre imaginative. Comment suivre une histoire si Depardieu ne se plie
pas à son personnage, s'il reste Depardieu, un Depardieu travestie en
un personnage autre ? Le comédien doit s'effacer, disparaître totalement,
ses paroles devenir celle du texte. Le texte au théâtre est le
seul spectacle, le reste justement c'est de la mise en scène. On ne devrait
même pas connaître les noms de ces gugusses.
J'ai vu des films où jouaient des acteurs américains, des "stars"
comme on dit, et je les ai oublié, pas vu. C'est le cas pour Gary Oldman,
Edward Norton ou William Daffoe. Des types au service d'une histoire, d'un imaginaire.
Mais aussi Christopher Walken, Harvey Keitel, Vincent Gallo et Johnny Depp.
Je suis peut-être un peu excessif sur
le rôle misérable de l'acteur dans le domaine artistique.
Mais l'on n'a jamais félicité un peintre pour la qualité
de sa peinture (la matière), ni un sculpteur uniquement pour la qualité
du bronze ou de la pierre utilisé.
Mais c'est vrai qu'une matière transcende le concept, l'idée.
Un alliage particulier sublimera une sculpture. Une nouvelle texture viendra
améliorer le travail du peintre.
Une composition artistique en tant que telle n'est pas "grand chose",
c'est sa capacité à créer des images, à créer
des réseaux d'imaginations, de symboles qui fait sa force artistique.
Un acteur, par sa présence vient "sublimer" le travail du "peintre",
le metteur en scène, mais seulement dans le cas où il se livre,
se donne à la réalisation. On dit que l'acteur "imprime l'image"
par magie. Steve Mc Queen est un mauvais comédien pour Norman Jewison
(qu'il dirige à de nombreuses reprises dont "L'affaire Thomas Crown"),
mais il imprime l'image, il donne une présence supplémentaire.
C'est vrai aussi pour Delon, et pour notre Belmondo moribond.
Le comédien, c'est Sir Laurence Oliver, la soumission aux textes. Le
mot avant tout. Dans ce cas, le "comédien" sert le personnage,
l'uvre de l'écrivain, du scénariste, et par son effacement
libère l'imagination du spectateur.
La "starisation", qui est à
l'origine du cinéma, n'est pas un obstacle. Les premières grandes
stars, Clark Gable, Mary Pickford, Chaplin, Bette Davis ou Spencer Tracy sont
totalement assujettis aux compagnies, aux réalisateurs, aux histoires.
Clark Gable est "Reth Butler", indissociablement, dans "Gone
with the wind" (1939), comme il était avant le héros de "New-York-Miami"
de Capra (1934).
Ces acteurs, actrices incarnent des rôles qui nourrissent toujours notre
imaginaire.
Le monde n'est pas comme le pensent les stoïciens, ou les épicuriens,
une suite de chiffres, de mathématiques, mais des symboles, des idées.
Des représentations. Il n'y a que cela.
Reste à définir le point d'origine, et le point d'achoppement.
Là, ça devient en effet de la géométrie. "Tout
est mathématique" disait le philosophe Pythagore.
"Tout mathématique est symbolique", je le dis, mais c'est d'une
telle banalité, qu'un étudiant en philo pourrait me donner quelques
références.
Lecture de "Les chiens de paille"
de Drieu :
Roman mal monté, de longues digressions
historico-philosophiques, des personnages "archétypes", le
gaulliste, le communiste, le fasciste et le nationaliste.
"Je crie vive la collaboration" chante justement Dutronc dans cette
première chanson de son album au "Casino de Paris", hasard
des mots.
Dans une maison sont réunis les quatre protagonistes, une maison qui
cache un dépôt d'armes.
Des armes que "Susini" veut vendre au vainqueur de la guerre, mais
lequel ?
Le conflit commence pour l'obtention des armes, "Cormont" (nationaliste)
semble l'emporter quand une bombe anglaise s'échoue sur la gueule de
ces quatre "chiens de paille".
Quel est le symbole ?
Les Français se disputent à mort, mais c'est une bombe étrangère
qui vient clore leurs querelles.
Les divisions intestines, pour Drieu, sont idiotes, le nationalisme est dérisoire,
et il a fait son temps.
Ce livre montre que Drieu ne croit plus en l'idéal de la collaboration
allemande, que Hitler n'est pas un national-socialiste mais un nationaliste
tout court, que le rêve européen est mort.
"- Vous vous occupez de politique ? (
)
- Je méprise ceux qui n'en font pas ; j'ai pitié de ceux qui en
font !" (p 76)
"L'apparence était la seule réalité
et le destin humain était tout entier dans le terrestre, où d'ailleurs
il s'accomplissait avec une telle violence et une telle intensité que
cela équivalait à la notion de l'absolu" (p 147)
"On ne s'accomplit qu'en se vainquant,
et on ne se vainc que pour s'accomplir : la volonté de puissance est
aussi bien ascèse et sacrifice qu'extrême égoïsme,
extrême complaisance, extrême licence, extrême luxure. Il
y a là certainement une grande vérité puisqu'il y a une
grande contradiction. Si l'homme est dans une contradiction, à condition
qu'il vive intensément chacun des termes de la contradiction, il est
dans le vrai, c'est-à-dire dans le vivant" (p 148)
"
il faut sacrifier les autres et
il faut se sacrifier soi-même !" (p 238)
Les pages sont celles de la version NRF de Gallimard.