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Je me réveille, paisiblement, tranquillement, il doit être
midi. Il y a un beau soleil jauni par mes rideaux sales qui traverse
ma chambre, mon emac ronronne toujours.
Je tape dans la souris pour l'activer. Je me dirige vers les chiottes,
pour le gogue du matin.
Je découvre allongé sur le canapé, enrobé
dans une vieille couverture bleue, Sébastien. Je m'approche tout
doucement pour ne pas le réveiller, mais le petit farfadet ouvre
les yeux et sursaute en faisant une tête d'épouvanté.
Ses cheveux virevoltent tandis que sa bouche se déforme en vagues
ondulantes et ses yeux en saillies exophtalmiques.
Je l'ai réveillé.
Sébastien avait passé la soirée à la fête
de la musique de Beautheil. Il avait débarqué vers 1h30.
Je venais de me coucher, je dois avoir le sommeil lourd lors de mon
endormissement. Je n'ai rien entendu. Il a galéré pour
trouver une couverture et s'est rabattu sur ce chiffon qui me sert à
colmater le bas de la porte du grenier, pour empêcher le froid
de descendre ou la chaleur de s'évanouir.
Cyril était également passé, il avait réveillé
Sébastien. Pour ma part, je dormais profondément. Du monde
naviguait dans mon salon, et je roupillais sans rien y comprendre.
On enchaîne donc avec Sébastien, boulangerie, "Ninie",
deux baguettes et deux croissants, chocolats tièdes et tartines
beurrées.
Sébastien me raconte à peu près ce qui s'est passé
lors de la fête de Beautheil et du feu de la saint Jean de Saints.
Il a vu Rodolphe, Cyril donc, et ?
L'ancienne copine de Judicaël, qui pour sa part semble avoir disparu,
je n'ai pas de news depuis facile trois mois. Il a aussi revu Nico,
qui, toujours maudit, a envoyé voltiger un môme en bécane.
Il avait l'air heureux d'avoir retrouvé de vieux potes, de revoir
des endroits de son adolescence. Pas trop de meufs d'après lui,
essentiellement des punks, des hardos, des skaters, des teigneux, des
craignos... Une bien belle brochette.
Je n'avais aucune envie de m'y rendre, hormis pour revoir les petits
"Raymond" et "Rémi". Mais me taper des explications
avec des mous du bulbe probablement présents sur les lieux, non
merci !
Je n'avais aucune envie aussi de revoir l'ex-copine de Judi, partir
grossir les idiotes suceuses d'un bellâtre briard. Pathétique.
Et révoltant. Affligeant.
Je me sens minable dans ces cas-là, comme si c'était contagieux.
J'ai trop de mauvais souvenirs, de frustrations, d'écurements.
Mais c'est con, ça me prive de revoir des gens sympas et de respirer
l'air tendre d'un village comme Beautheil ; la fête s'est terminée
par distribution de merguez.
Sébastien
me laisse pour aller pique-niquer dans un parc parisien, je trouve ça
bidon les pique-niques urbains lorsqu'on habite un village de 800 habitants.
Bref, il part en vrombissant sur sa nouvelle Ducati.
Cyril passera dans la journée, et me narra les mêmes événements,
tout en me parlant de ses échanges de SMS avec sa belle Loubna.
Encore un qui galère autant voire plus que moi. Et pourtant sur
l'échelle des canons physiques, il est loin devant.
Il a commencé à emménager dans son appartement
jusqu'au moment où les couvreurs ont traversé sa toiture.
Il a néanmoins commencé, dans un bordel cissounesque,
à repeindre les murs, et ses chaussures par l'occasion. Ses joues
ont désenflé et avec une barbe légère à
la Sergio Leone, il a des faux airs de beaux gosses. Sur sa Suzuki,
il emballe terrible sur les parkings des grandes surfaces.
J'ai
pensé à écrire à Olivia, j'avais de jolis
mots en tête. Mais écrire est un truc de faibles, une technique
de loosers, de branques.
Au mieux, tu deviens l'ami-confident, pour la pipe, tu peux te gratter.
Les filles mouilleront toujours plus pour un gars qui en impose. Un
trouduc qui écrit des vers, qui l'assomme de lettres, que dalle.
Ou si, ça marche, si derrière les mots, il y a des publications,
une notoriété.
Avec mes lettres, mes mails, j'ai pu "appâter", "épater"
les filles qui me plaisaient absolument ; mais après, après
les quelques mots, les quelques proses "encrées", il
ne restait que moi. C'est-à-dire pas grand chose...
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