Je suis dans mon lit, recroquevillé, j’ai soif, je pense que je boirais bien du coca bien frais, comme celui que j’ai mis dans le frigo tout à l’heure, pendant le match de foot. Mais j’ai pas le courage. J’ai envie de penser, de rêvachouiller un peu. De brocarder un peu ma piètre existence.

Je repensais à mes défaites humaines, par exemple à Mélanie, une jeune fille avec qui je pensais devenir ami, plus de nouvelles, rien, pas un mail. Pas un Mél, hi, hi, hi.
Comme toujours, comme d’habitude, je rencontre des filles, je suis sympa, je pense, on déjeune, on parle, on rigole. Puis, plus rien.
Je sais pas.
Peut-être qu’elles comprennent que la seule fille qui m’intéresse est aussi la fille avec qui je souhaite être. Que les autres n’auront rien de bien fort avec moi, qu’elles seront du temps qui passe, en attendant la bonne, la vraie, l’élue.
Je sais pas.
C’est peut-être tout bêtement que je suis moche, et que les filles ont des exigences esthétiques. Tout bêtement.
Je sais pas.
Peut-être que je suis trop égotiste, égocentrique, égoïste, encore plus qu’elles, et qu’elles n’ont pas envie d’un nombriliste frustré. Elles ne sont pas si connes.

Je suis dans mon lit, et j’ai toujours bien soif.
Je pense à mon suicide. Je suis sur une falaise, il fait nuit, ou à la tombée, genre le crépuscule. Il y a une légère brise. Il fait ni chaud ni spécialement froid. J’ai mon portable. J’appelle Olivia, je la supplie de ne pas raccrocher, de m’écouter, qu’elle fasse cet effort.
Je m’excuse de mes errances passées, et je saute, dans le vide, je lui parle, la supplie de ne pas appuyer sur le bouton rouge de son téléphone, je lui dis que je l’aime, je vole, il fait ni chaud ni froid, j’entends sa voix, que dit-elle ?, puis je me fracasse le corps et le cœur dans la mer déchaînée. Mon corps se brise sur un récif rocailleux.
Je suis heureux.

Dans la rame de RER, je suis assis, normal je monte en premier, à Chessy. Je finis " Maniac ", il est cool ce livre. Il me ressemble.
Je l’écris tous les jours.
Une grande blonde monte à une station, laquelle ?
Je ne sais pas.
Elle est belle, blonde et habillée en noir. Elle lit un livre. J’essaie de mes yeux myopes de voir le titre : " American Psycho ".
Elle reste debout devant moi, le visage fermé, je suis belle, je sais, mais je ne veux pas être emmerdé. Donc, pas d’ouverture, pas de sourires, pas de regards compatissants.
Bizarrement, ce sont ses cuisses qui me plaisent, envahissent mon cerveau, et font naître en moi des fantasmes. De longues jambes, et des cuisses musclées. Une sportive vraisemblablement.
Je regarde son visage, pas sublime, elle ressemble un peu à Sandrine Kiberlain. Un visage chevalin, non, plus la tronche allongée d’un lama. Mais bon, elle est grande, fine, ferme, habillée en noir. Son visage est recouvert de fond de teint. Une sorte de pâte rose. J’ai jamais pensé que la peau était rose.