Vendredi 24 août :

Les coupes d'Europe reviennent, Lyon ira jouer au "Nou Camp" de Barcelone, celui du FC, l'âme de la Catalogne.
Le football est un élément fondamental de la géopolitique contemporaine.

"Il y a assez de causes réelles de conflits pour ne pas les accroître en encourageant les jeunes gens à se lancer des coups de pied dans les tibias au milieu de rugissements de spectateurs en furie"
George Orwell

A la conquête du monde :

Le football part d'Angleterre, dans les années 1880, c'est par les ports qu'il se propage, Le Havre (premier club français, 1880, je crois), Barcelone, Marseille, Hambourg, Gênes.
Une conquête qui le mena en Amérique latine, suivant la construction des chemins de fer ; la télévision, premier mondial télévisé en 1958 en Suède, parachève cette conquête.

C'est le sport du "village planétaire", de Marshall McLuhan. Les habitants les plus connus sont Zidane, Ronaldo, Figo, les vieux sages sont Platini, Beckenbauer ou Cruyff.
La FIFA compte 198 membres, l'ONU, 186.
En effet, l'Angleterre, l'Ecosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord en sont membres tandis qu'ils sont regroupés au sein du Royaume-Uni à l'ONU.
Originalité ou préfiguration d'un éclatement de l'unité britannique ?
Anguilla, les Antilles néerlandaises, Aruba, les Bermudes, les îles Caïman, Vierges, Féroé, Cook, Tahiti, Montserrat, Porto Rico, la Macédoine, la Suisse, la Palestine, Taïpeh, Hongkong et Guam sont membres de la FIFA sans être à l'ONU.
Par contre, c'est l'inverse pour les Comores, l'Eryhthrée, les îles Marshall, la Micronésie, Monaco, la Mongolie, Palau et Samoa.

La FIFA gère un budget de 250 milliards de dollars, le pouvoir de Joao Havelange de 1974 à tout récemment, remplacé par Blater, était équivalent au pouvoir de Kofi Annan.

Les évènements géopolitiques récents ont eu des répercussions sur l'organisation du football, les équipes soviétique, yougoslave et tchécoslovaque n'existent plus et ont fait place à quinze, cinq et deux équipes nationales.

Le football n'est pas la cause de ces modifications, mais en est un élément annonciateur :
Les conflits nationalistes entre Slovaques du Slovan de Bratislava et les Tchèques du Sparta de Prague préfiguraient, sans le motiver vraiment, la scission des deux pays, comme en octobre 1938 !

C'est vrai aussi entre le Dynamo Zagreb et l'Etoile Rouge de Belgrade. D'ailleurs, la Croatie reconstituée, comme au temps des Oustachis, le président Tudjman rebaptise le "Dynamo" en "Croatia", "libéré de l'héritage bolchevique et balkanique" dit-il.

En 1964, l'OLP crée l'équipe palestinienne, comme l'avait fait le FLN algérien avant (1958).
D'autant que le football palestinien est ancien, la Palestine a participé à la coupe du monde de 1934 en Italie, bien avant la "création" d'Israël. Le Variété Football-Club français affronte la Palestine en décembre 1995.

"Le football, continuation de la guerre par d'autres moyens", Clausewitz ?

"Pourquoi l'Allemagne nous battrait-elle à Léon puisqu'elle ne l'a pas fait sur le terrain en soixante-neuf ans ni en trois guerres que se sont livrées nos deux pays"
Le sélectionneur Anglais, Alf Ramsey, Coupe du monde 1970, au Mexique qui avait accueilli les JO en 68 (ceux du poing levé des Black Power).

La schizophrénie du footballeur :

La dichotomie entre l'aspect national, ou clanique (les Clubs, d'une ville, d'une communauté ethnique ou religieuse, d'une identité régionale), et l'aspect transnational, l'ultralibéralisme (vente des joueurs, compétitions transcontinentales, capitalisation des Clubs) provoque chez l'amateur de foot une schizophrénie tout à fait en accord avec l'absurdité du monde présent.

Je reviens sur l'aspect clanique par des exemples :
Club d'une ville : OM et Marseille.
Club d'une communauté religieuse : Celtic Glasgow (catholiques), Glasgow Rangers (protestants)
Club d'une communauté ethnique : les "Portugais de Meaux", le Lusitanos (N1)
Club d'une communauté régionale : Bilbao, Saragosse et les Basques, FC Barcelone et la Catalogne.

Mais une gestion libérale se greffe à cette structure originelle, celle de l'appartenance.
Le supporter apprend, parce qu'il vit, dans un monde "mondialisé", championnats européens, mais aussi celui du Japon, du Chili, du Brésil…
Compétitions internationales : Trophée d'Hassan II, tournée en Asie, coupe de la Confédération, la Coupe Intercontinentale (entre le champion européen et le champion sud-américain) la complexité de la géopolitique moderne.

L'économie libérale, le football n'est pas encore une énorme machine économique, Manchester vaut 900 millions de francs, une bonne grosse PME, le football français engrange 5 milliards de chiffre d'affaires (le prix du rachat d'Orangina par Coca-Cola !), s'enracine dans le football, Manchester United, la Lazio de Rome et l'Ajax d'Amsterdam sont côtés en bourse, les clubs spéculent sur les joueurs (mobiliers économiques, marchandises, placements), PSG spécule sur la vente de Ronaldino dans deux ans, le Real investit dans "Zidane" et ses droits d'images. Ronaldo, sans jouer, représente une "image", une "marque", une valeur financière.
Nous sommes pas loin d'un gonflement des bulles spéculatives des joueurs, Zidane ne vaut pas 500 millions, Anelka ses 200 millions, la bulle risque d'exploser !
Mais les risques sont moins grands dans ce secteur, qui reste minuscule face à l'informatique, l'automobile ou le pétrole.

La politique libérale par le football est mieux comprise ; l'arrêt Bosman a été digéré, mais "l'Euro" sera difficilement assimilé (surtout en France, car les 35 heures se grefferont à cette révolution de penser).

Alors qu'est-ce que le foot moderne, un tribalisme où l'on revient à ses racines, où l'on affirme son appartenance, ou, le prisme "contradictoire" des ambiguïtés du système libéral ?

Le football reflète le multiracialisme du monde présent et prochain, l'équipe de France illustre cette communion des 5 continents. Mais quelle est la philosophie de ce "mulâtre" de demain ?
Le supporter reste encré dans un enracinement culturel (nation, territoire, religion) mais le lieu où se joue son enracinement devient une énorme racine multiple, où la règle économique est celle de la jungle, du plus fort. Une notion qui est compatible avec le sport, le plus fort gagne, en général, "c'est la loi du plus fort, c'est le sport" disent les entraîneurs défaits.
Mais cette domination libérale, d'une monde élargi, dans la tête d'un supporter local provoque ce constat de schizophrénie.
Le corse aime le FC Bastia, où ne joue aucuns Corses, où les types changent à chaque saison, où l'entraîneur corse est limogé puis remplacé par un type de St-Etienne.
Le chômeur de Lens où ses joueurs valsent de saisons en saisons, finissent sur le banc de l'AS Monaco, spécule sur les prix de ses joueurs, tout en continuant à manifester contre le libéralisme de Danone, Toyota ou je ne sais qui.
Le raciste romain dont l'équipe est composée d'Africains et de sud-américains ; les joueurs juifs du Celtic, les "non-basques" de Bilbao, que des raisons de schizophrénie.
Karembeu, premier joueur de couleur du très "blanc" Real de Madrid ; voilà des exemples que le foot est le sport du village planétaire de McMuhan, mais j'ai des doutes sur les villageois.

Mais cette analyse ne concerne que le "vieux monde" du libéralisme.
La Corse est peuplée de vieux ; les catholiques irlandais, écossais sont vieux aussi.
Tout ce monde pue la mort, la dégénérescence physique.
Le "métissage" ne concerne que ces vieilles patries, et exclut l'Asie.
La Chine joue avec des Chinois du "cru", le Japon refuse les "gaijin".
L'Inde ne semble pas être intéressé par le foot.
Tout cela ressemble à la première phase du foot, la notion d'appartenance. Rien d'original dans ce football "nationaliste" !?
Le Japon et la Corée du Sud organisent ensemble la prochaine coupe du monde témoignant que la gestion économique de l'événement est acceptée et que la volonté de concorde et d'œcuménisme est respectée.
Est-ce à dire que le footballeur nippon est un futur schizo ?
L'Asie, essentiellement le Japon et la Corée du Sud, joue le jeu des occidentaux américanisés ; la troisième révolution industrielle y est née (en partie), le Base-ball est un sport star au Japon, la télé occupe les loisirs des Coréens.
Mais la structure fondamentale, "l'âme du peuple", n'a pas changé d'un pouce, on court sur des bases, on applaudit le dernier Bruce Willis, on vend des merdes standarisées, mais ON reste intrinsèquement asiatique.
La Tradition reste, ce n'est pas le système capitaliste qui a tué le Tradition, elle était déjà morte avant. Le libéralisme est né de ce cadavre. Le libéralisme est né de la mort de Dieu, il ne l'a pas tué. Qui a tué Dieu alors ?
Je ne sais pas vraiment. Mais la Tradition inhérente à l'Asie lui permettra de survivre à la mort du "vieux monde".
Dieu est mort au XVIIIe, avec les philosophes et les conventionnels.
Le libéralisme (terme d'aujourd'hui, et non celui contemporain de Tocqueville) est né de ce fait et a grandi au XIXe. Il commence à mourir, le XXIe verra sa fin.