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Toujours
au taf ; les copains sont sur une "charrette". Il doit être
21h45, je me fais un peu chier. Je dois écrire un article sur
Maïakovski, et j'ai la tête dans les nuages.
Bip, Bing, Ting, je reçois un mail.
Laconique : " Viens aux Bains tonight !" signé FB.
Les
infos se recoupent, tout s'éclaire, les propos d'un mail d'un
ami, et ma propre intuition. Fred fête la sortie de son album
des chansons de son enfance aux Bains. Normal.
Je ne sais pas si je vais y aller. Les collègues ont encore un
max de boulot et je dois écrire ce putain de papier sur cet échalas
de poète bolchevique et romantique, lire "Nuage en pantalon"
et sa passion pour "Marie".
Minuit,
je me casse, lessivé, vaincu, dégoûté. Je
décide de marcher un peu ; si je vais aux Bains, je préviendrais
les copains du taf.
Je lambine sur les grands boulevards, St Martin, Sébastopol.
Je ne sais pas quoi faire. Aller ou ne pas y aller. Je n'ai pas de liquide,
que mon bon vieux chéquier. L'air est frais, je me contenterai
d'une marche nocturne à penser à mes écrits, mes
projets, à mes actes manqués, loupés, à
Fanny, à la silhouette fuyante d'Héloïse, des seins
d'Olivia, du rire d'Ingrid, et de toutes les autres connes. Je refais
des discussions, je réussis des ratés, je gagne des défaites.
C'est beau le monde d'une tête, dans une tête. C'est beau,
c'est bien, c'est bon les grands boulevards parisiens, merci à
l'Empire.
Tout ce que j'aime vient de systèmes non-démocratiques,
mes belles forêts, fruits des décisions de Colbert. La
France est belle, monarchique et impériale. La bourgeoisie ne
crée que de la bouze. Bobo, bourgeois-bouze !
Conneries de babouins, bourgeois-babouins, dada, surréalisme,
psychanalyse, télévision, sondage, associations, happening,
techno, pédé et parité. Les bourgeois-bidons.
Bobo, boba et bobi : baltringues !
J'appelle
tout de même Sébastien pour voir ce qu'il fait. Il sirote
avec sa cousine et Fabien, mon vieux pote passé, dépassé,
du passé. Je lui demande s'il veut m'accompagner à une
soirée aux Bains. Il est ok, ne sait pas où sont les Bains.
Il lâche ses acolytes, qui prennent le métro.
Il me rejoint à pied. Je reste devant, j'espère que l'on
pourra rentrer. Un scooter se gare, je pense reconnaître Jean-Gilles,
un vieux pote du lycée devenu "quelque chose" chez
Delabel Virgin. C'est bien lui, il m'avait envoyé un mail pour
me demander de le faire entrer ; je ne l'avais pas lu.
C'est cool que l'on se rencontre alors. Il m'apprend qu'il est rédacteur,
donc chez Delabel, et pigiste dans des revues branchouilles. Bien.
Je lui parle de Faltot, c'est un pote à lui. Il m'apprend qu'il
a fait une deuxième page du tonnerre dans le prochain "Technikart".
Une page d'auto-promotion, à voir.
Nous attendons Sébastien, que je guide par téléphone.
Nous constituerons un brillant trio de "Columériens".
La "Brie Touch".
Je
me présente à la physionomiste, "je viens de la part
de Frédéric, nous sommes 3", "qui ?", "Frédéric
Beigbeder",
"Entrez".
C'est payant, je crois comprendre. Mais nous sommes invités,
c'est ce que fait comprendre JG au type. On passe peinards. Falot comme
je suis, j'aurais racké.
On commence par descendre, une petite ambiance. Le "BBD show"
doit être dans la salle du resto. Pas manqué. Plein de
monde, les uns contre les autres. On se faufile. Le bar est ravagé
de rats assoiffés. JG nous apprend que c'est open bar. Ok.
Dans la masse humaine que des jolies filles, les types sont bof. Je
serais presque dans le haut du panier. De mon 1m85, je pigeonne les
nibards découverts par ma position surélevée. Le
haut de la poitrine est un délice exquis. La douceur de la peau,
comme la couche délicate et épaisse d'une crème
à la vanille. Que l'on déguste avant de découvrir
les plaisirs cachés, avant d'en venir à la cérise-téton,
pointe de bonheur qui perce ma langue, flèche plantée
au creux de ma chair.
Circuler est aléatoire. J'abandonne Sébastien qui attend
au comptoir pour commander. Je fais un aller-retour dans la salle d'en
bas. Des donzelles, des loules, des loulettes, des loulalettes. C'est
du joli !
Dans l'escalier, je croise Nico, "Alors ma vieille poule",
ou "Mon seigneur", je ne sais plus. Il n'a pas de béquilles,
mais galère un peu. Bien vinassé, alcoolisé mon
bon Nico. Je l'accompagne aux chiottes où nous finirons par discuter
avec un autre soiffard noctambule, le fringuant Basile de Koch.
On parle un peu de la revue, de son Flore fané depuis, c'était
en 2000. Il m'aime bien, je l'aime bien aussi. Il me prend pour un gros
clubber, un délirant de la nuit. Nenni mon ami.
Je le perds ensuite, je rejoins mon pote Sébastien venu se trémousser
en bas. Les filles sont toutes jouissives.
En haut, Fred est apparu avec sa cohorte d'amis et de "bombes".
Yann est là, près du rideau. Entouré de créatures
belzébuthiennes, il semble complètement decker. Il ne
me voit même pas.
Beig est aux platines avec Corti. Il boit au goulot une bouteille de
vodka qu'une céleste lui pique des mains.
Les boys des Bains ne sont pas super content de voir une bouteille s'envoler
comme ça.
Pascal
Bories m'interpelle d'une tape sur l'épaule. Il est bien sympa,
ce type. On parle de Faltot aussi, un collègue de Tech. Justement
il est venu avec sa copine qui semblerait être une coquine. Jolie
fille très frétillante.
Je
retrouve Yann. Tout se passe bien pour lui, roman chouchouté
en septembre et le film dans la suite. Tout se passe comme il le souhaite.
Beig slame dans la foule sur AC/DC. Il flotte deux secondes et retombe
dans la foule hagarde et novice en matière de rite rock'n'roll.
Sabatier, monsieur rock'n'rollitude de Tech, est là aussi. Une
belle face de gentil simplet, oreilles pointées sur Eutelsat.
Il navigue triomphalement dans son costume velours.
Corti est vraiment un très bon DJ, on n'arrête pas de danser,
surtout Sébastien. Après avoir subi une belle claque morale
par une jolie fille, il a retrouvé du tonus en parlant avec une
brune brûlante. C'est un champion. Dans quelques instants il emballera
une créature noire, de sexe encore non défini. Une fille
certainement, complètement déconnectée.
Je
croise plusieurs fois Doc Gyneco, j'ai bien envie de lui proposer une
rubrique "cinéma". J'aime bien ses textes, toujours
très subversifs et féroces. Mais le ton ânonnant
du benêt en bonnet transforme la force du texte en partie de rigolade,
alors qu'il est souvent très pertinent dans ses remarques.
Je suis presque sûr qu'à l'écrit, ça doit
être imparable.
Je
retrouve souvent mon bon Nico. Chouchouté par tous, la blonde
terrible de la bande à Bravo, la teutonne, par toutes les minettes,
par le vieux rockeur Zégut, par tous, dis-je.
J'adore ce mec. Je le charrie sur son "devoir d'écrivain",
il n'a pas d'inspiration pour l'instant. La médiatisation l'a
sucé, l'a vidé de sa chair d'écrivain. Coquille
médiatique, sympathique, si sympathique. Le talent ne demande
qu'à ressurgir.
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