Mardi 25 septembre :
J'ai un peu déserté les allées
de mon lycée ; j'y rencontrais trop de connards.
A côté, au lycée Jules Ferry, où les jeunes filles
sont bien plus jolies, le foyer est tenu par Moustapha.
Mous, un petit Turc, braillard, vantard, très sympa. Il est toujours
en train de parler, parler de cul en général. Des gonzesses qu'il
a défoncées, complètement détruites, dans une jeunesse
tumultueuse mais nénmoins éducative. Une bête de sexe, ce
Mous.
Au foyer, Mous est le roi. Il saoule tous les
gosses avec ses exploits, ses gonzesses, ses voitures, ses plans
Mais ils
l'adorent. C'est un type sympa le petit Mous !
Bonnes rigolades, toujours prêt à faire le con, à chauffer
des petites, à émousser les plus entreprenantes.
Mais il garde bien les distances, le mini-turc est marié.
C'est cool les types enthousiastes et déconneurs.
Avec Cyril, c'est bien l'une des rares personnes vivantes de ce bahut. On est
entouré de spectres, d'âmes sans âmes, d'esprits livides,
un trou noir déshumanisant.
Je revois tout de même, de mon côté,
la Gironde KB. D'ailleurs, je tombe nez à nez avec elle, avec un effet
de surprise. Je sursaute telle une folle. Elle me plaît bien. Elle me
fait penser aux dessins animés Japonais, ceux destinés pour le
marché intérieur, avec des personnages tout ronds, tout souriants.
Cyril me dit qu'elle a des "grosses fesses", un peu normal, elle fait
penser également à Sophie Guillemin (dans "L'ennui").
Envoi direct vers le XVIe siècle, vers la peinture flamande ; mais aussi
les Madones Florentines, Della Robbia, petits putti, chérubins et si
beaux seins.
Avant de partir, au moment où les élèves
ont quitté le lycée, je pénètre dans sa classe,
elle me tourne le dos, elle range les chaises. Je m'approche sans bruit, sourire
aux lèvres, et je la chatouille. Elle sursaute, je vois son visage faire
une moue de peur. Un partout.
Dans le bus, elle marche sur le trottoir, lunettes
rectangulaires. Belle image.
Mercredi 26 septembre :
Je suis réveillé par mon phone.
Félicie est au bout du fil. Une voix charmante, chaleureuse. Elle me
confirme l'enregistrement. Elle est assez bavarde ; je n'ose jamais trop discuter
de peur de les ennuyer, elle doit avoir tant de coups de fil à donner.
Mais elle semble disposer à plaisanter. Vraiment sympa Félicie.
Une voix jeune, d'une jolie fille aux cheveux longs et bouclés, avec
des reflets roux, assez grande, fine, une belle poitrine, des hanches larges,
souples, belles, un creux des reins marqué, doux où l'on a envie
de poser la main. Une voix apprend beaucoup sur la personne.
Je verrai bien, je l'espère néanmoins, lors de l'enregistrement.
Mercredi fut la journée des appels téléphoniques
: mon père, Rodolphe, M. Alési, ma grand-mère, Judi.
Je suis resté chez moi. Je fais la sieste toute l'après-midi.
Je n'ai pas encore fini "Héloïse". Le temps me manque.
D'ailleurs, depuis une semaine, j'ai la tête vide. Je n'ai plus d'images,
comment écrire sans images ?
Ce journal en pâtit ; il est de plus en plus mauvais. Je le sens bien
que cela ne va pas. J'ai besoin de trouver des personnes qui suscitent des images.
Ou c'est fini.