Pas énormément dormi. Pas du tout, en fait. Avec Sébastien, on se lève à 8 h. Il se met à bosser devant son nouveau portable PC.
Il écrit sur lui-même. Il écrit pour "mon" projet.

Je prends ma douche, évidemment, inévitablement. Chier, se brosser les dents et se doucher : ma vie est une suite de triptyques.
Qu'est-ce que cela veut dire !?
Rien, rien, tout ne veut rien dire. La seule chose qui prime, la seule raison valable, c'est l'autre. Pas les veaux visqueux ! L'autre, elle.
Diptyque face à soi-même, avec soi-même, en soi-même. Miroir hideux de soi.
Mes diptyques ne se concrétisent jamais. Les vieilles croûtes, Ingrid, Olivia, Héloïse, Fanny...
Gâchis de sublimations intimes. Ça doit être ça la création ex-nihilo, la création d'un composte de frustrations passionnelles.

Il est 9h06, il faut que je taille la route. J'ai une lagune à rencontrer. Luminescence opale de cristaux fluorescents, de coraux atoliens.
Je gambade dans la rue, des jolies femmes, en raison de la concentration de marchands de fringues (ici, c'est le sentier), puis en passant devant Libé, toujours des jolis culs, des jolis seins, de jolis yeux et de jolies bouches. Je voyage en morceaux de femmes. Accostage à République, encore des poupées ensoleillées, aux tétons tournesols, vers le soleil, vers mes rêves les plus cannibales. Je marche à la trique, comme un aveugle guidé par sa canne.
Froufrous de fleurs, de couleurs, de teintes, tulles de soie, de coton, de lin tournoient entre deux passages piétons ; je suis au pays des Alices, où la petite fille serait un délice érotique.

Boulevard Magenta, en général, je croise "le" regard azur, clair et si profond. Nous nous regardons. Nous nous reconnaissons. Mais je n'ai jamais eu le cran, le temps de l'accoster. Nous suivons chacun notre chemin, dans deux sens opposés.

Regard fremen
Dunes, déserts, vents et tornades urbaines,
Éclats de bus, d'intérimaires et de papiers libres,
Regard glacial
Océan glacé, chute abyssale,
Je te croise,
Matin,
Lambin,
Je te croise.