Dimanche 26 août :
"Qu'est-ce que la misère sexuelle"
demande FV dans ces Eterviews ?
C'est une bien intéressante question.
On passe notre temps à contempler ce que l'on a déjà contemplé,
c'est un enfermement infernal.
Notre monde n'a jamais été aussi éloigné du "vivant",
l'observation, la contemplation d'images n'a jamais été aussi
obsessionnelle.
A quoi bon voir le "vivant" en direct et dans sa continuité,
si tout est en stock, disponible par l'image ?
Cette machine frustrante, que représente l'image, les images, nous impose,
nous manipule, dans cette contemplation de ce plaisir immédiat.
C'est un système de domination qui joue sur la frustration, l'éclatement
des désirs, la segmentation des sentiments et sur l'incapacité
d'atteindre la satisfaction.
L'image imposée est inatteignable, la pression est si forte, que la lutte
est inutile.
Les dépossédés n'ont plus qu'à se soumettre à
cette domination, Houellebecq voit juste quand il parle de "lutte",
de "domination".
Ils fantasment, restent célibataires, se masturbent, matent des films
de cul, s'abonnent à "XXL", prennent des jetons "X"
sur Kiosque.
Nelson, gérant d'un vidéo club, me dit que ce sont les films "X
Gay" qui se louent le plus aux distributeurs de DVD.
Même les "gays", généralement moins inhibés
que les straights, subissent cette crainte de la performance, et se réfugient
dans la contemplation d'un spectacle.
Ils regardent des films, où les acteurs sont de plus en plus beaux, forts,
les sexes de plus en plus énormes, et comme les hétéros,
ils baisent de moins en moins.
Il y a deux sortes de types, ceux qui baisent, et ceux-là baisent beaucoup,
quantitativement et qualitativement, et ceux qui matent les films de cul.
Les agissants et les spectateurs.
Le système a besoin d'agissants, mais pas qu'ils soient les plus nombreux.
Les plus nombreux doivent être les spectateurs, les frustrés, ceux
qui achètent les magazines, partent à Ibiza, à Bangkok,
s'abonnent au satellite.
C'est un véritable système économique, le "libéralisme
sexuel".
Flash-back de 24 heures, Boissy le Chatel, dans
la baraque magnifique, deux étangs, écran géant de mon
ami Rodolphe.
Rodolphe avait invité quelques potes pour faire un barbarc chez lui.
Il passe me prendre en fin d'après-midi, et direction la Libération.
Des jeunes, des rugbymen, des jolies jeunes filles, des pêches à
tout va, de la chair, du "vivant".
Nous buvons notre Gini, tranquillement au bout du comptoir, on discute ensemble,
bavarde un peu avec Xav', le patron. On est la vieille garde de l'établissement.
La petite sur laquelle tous les mecs bavent est une petite qui était
en 6e quand j'ai commencé à être pion, elle me dessinait
des petits trucs. Elle a désormais 18 ans, et un corps diabolique.
Virginie, la petite charmante, qui était serveuse aux Sources, est assise
seule, au comptoir, complètement brûlée.
On ne l'a pas salué en entrant, on se faufilait entre les jeunes zonards
et les imposants bébés du rugby. Une ouverture, à la suite,
on lui fait la bise, échangeons un mot de politesse, et retour au bout
du comptoir. C'est le voyage au bout du comptoir, on voit le monde, mais on
est hors du monde.
Laurent nous rejoint avec Eglantine, énormes seins, un esprit torturé,
voire complètement folle, elle sort avec un ex-pote parce qu'il est anormalement
bien membré. Je suis à la genèse de cette "folie",
puis, le gars en question, habitué aux tentatives de suicide par absorption
de whisky, m'en veut à mort pour une histoire où je suis bien
innocent. Mais allez parler à un fou !
Laurent est le 3e de la soirée, la jeune fille, peu farouche en général,
est conviée, mais ma présence devrait la rebuter.
Rodolphe, célibataire, depuis longtemps, amoureux des visages, "parce
que ce sont eux que l'on embrasse", Laurent, célibataire, ici, à
Montpellier et en Irlande, et moi, pas baisé depuis le siècle
dernier, le millénaire aussi, nous sommes le triplette de départ
de ce soir.
Clément devrait nous rejoindre, Clément, c'est autre chose. C'est
le type nécessaire au système, celui qui baise, les belles, les
moches, on s'en fout, c'est le "winner".
Clément est marié à une très jolie femme, vraiment
très belle. Il est en séparation. Il nous apprendra dans la soirée
son escapade amoureuse avec une fille de la Libération, avec une grosse
nymphomane qui sévit aux Sources, qui a essayé avec chacun de
nous, sauf Laurent, lui c'est le top looser du système, Clément
lui a accepté, de son ouverture avec le "corps diabolique"
de 18 ans, et d'une fille qui le harcèle au téléphone etc
La machine est tout de même bien huilée !?
Un agissant, trois bons loosers, câblés, avec son stock d'images
Marc Dorcel dans le ciboulot.
Pas de filles, mais un ballon, un câble vers le payperview et le match
"PSG-Rennes".
Rodolphe appelle Nelson, qui bossait au ciné, et qui bosse désormais
au vidéo club, 30 ans, un chouia pervers, pédophile, c'est l'évolution
finale du frustré sexuel. Un type adorable, cultivé (dans le domaine
de la world culture, dernier Lucas
).
PSG s'impose, comme un con, j'ai pas un vu un seul but en "live",
je bouffais mes merguez sur la terrasse.
Clément nous apprend qu'il avait été invité par
AB, une fille somptueuse, mais non une midinette, elle faisait un barbecue chez
elle. J'imagine que l'ambiance était plus festive.
Rodolphe nous parlait de la fille de l'agence d'en face le bar où il
bosse, Laurent écoutait, Nelson, des filles qui viennent s'abonner chez
lui, Clément, de ses gonzesses, et moi, je mangeais. J'ai pas vu une
fille depuis deux mois, je reste essentiellement chez moi. Je n'ai rien à
raconter.
Après bouffer, on débarrasse, on installe le Trivial, partie en
équipe, 2 contre 3. Nous gagnons, après quelques petites tricheries
du camp adverse, mais je dois avouer que je suis un joueur chiant, je joue dans
les règles, mais pour gagner. L'amusement ne vient pas en premier.
De retour à l'intérieur, on se prépare à un tarot,
putain, ça fait 5 ans que je n'ai pas joué à ça
!
Clément zappe et tombe sur un porno, avec Elodie, et un nain, Passepartouze,
les gars sont hypnotisés par la fellation terrible d'Elodie.
Je fais une garde, perds mon pari, et gueule parce que les gars n'étaient
pas attentifs. Je les comprends un peu, l'écran de Rodolphe est le plus
gros écran disponible en ce moment.
Donc, les copains acceptent que l'on refasse une partie, et c'est à partir
de celle-ci que les points seront comptés. Nice guys.
Mais je sens que le "dépucelage" d'une jeune blonde par Roberto
Malone les perturbe un peu.
Sa grosse bite pleine de grosses veines dégueulasses est affreuse, abominable
sur un écran de 2 m sur 2. Pause, on mate la scène, d'ailleurs
très bien jouée.
5 heures du mat, Clément me dépose chez moi. Il bosse le dimanche.
Nelson est rentré avec sa "Santana" blanche ; Laurent aussi,
dans sa fiesta, ford, je suis nul en voitures. Rodolphe est seul chez lui.
5 heures, j'écris un texte pour le journal, un texte sur Houellebecq,
il n'y a rien à la télé, je vais me coucher, seul. Bonne
nuit, les amis.