Un week-end à la maison.

Une semaine que j’ai rencontré Héloïse. Une fois pour tout. J’avais imaginé la jeune femme tapoter sur son Mac le nom de " Stéphane Million " et par ce fait elle serait tombée sur mon site. Elle aurait laissé un petit message tout simple, de politesse. J’aurais allumé mon Imac, lancé ma messagerie, j’aurais eu cinq messages dont le sien. J’aurais hurlé de joie, j’aurais mis la chaîne à fond, j’aurais écouté du " Sardou ", puis du " Rage Against The Machine " et même encore plus fort que ça !
J’aurais repris mes idées, calmé mes émotions. J’aurais répondu gentiment, sans jouer les fanfarons ni les poètes de bazar.
J’aurais continué à chanter des trucs, " c’est un cri, c’est un chant, c’est aussi la douleur et le sang ", " Fuck you, i won’t do what you tell me ", " chabadabada " et " Tirlipinpon sur le Chiwawa ", j’aurais été le plus grand chanteur de l’Académie. The Boss, the Voice, the King, The Duke, tous. J’aurais attendu un deuxième message en me préparant des pâtes, j’aurais retrouvé l’appétit. J’aurais appelé Cyril, Judicaël, Roudoudou et même Cédric. Je leur aurais dit " elle m’a répondu, les gars ! Le rêve est possible ". J’aurais appelé aussi ma mère pour lui dire des conneries, j’aurais écouté celles de mon grand-père et de la guerre d’octobre 44. J’aurais laissé les pâtes déborder, je me serais vengé sur un morceau de fromage et une tablette de chocolat. Je serais allé chez l’épicier m’acheter du coca, j’aurais vidé la bouteille en pogotant sur du " Ministry ", j’aurais mangé des gâteaux apéritifs en écoutant du " Marylin Manson ".
J’aurais fait la vaisselle en écoutant du Brel. J’aurais tout fait en guettant la messagerie et la réponse d’Héloïse.
Elle m’aurait donc répondu une seconde fois, un message plus personnel, elle se serait confiée un peu, un peu plus. J’aurais ressenti un sentiment plein et unique, j’aurais versé une larme. J’aurais prié tout haut, " merci seigneur ", sans y croire vraiment, mais beaucoup quand même. J’aurais voulu effacer toutes les Déjanire du passé, j’aurais voulu formater ma tête de noms qui ne devaient pas côtoyer l’être suprême. J’aurais eu envie de naître ce jour, j’aurais eu envie de n’avoir aucun souvenir.
Je lui aurais donné un rendez-vous, au deuxième étage du Flore, ou dans un café quelconque du XVIIIe, ou bien dans un café d’une gare de banlieue, la gare de l’Est par exemple. J’aurais eu des millions de borborygmes, la gorge sèche et les cheveux gras. Je serais arrivé deux heures avant l’heure convenue pour m’acclimater au lieu, pour être à l’aise. J’aurais bu un thé, j’aurais bu une bière, j’aurais tout essayé. Elle ne serait jamais venue. J’aurais reçu un texto, elle était coincée à un rendez-vous professionnel. Elle s’excusait. Nous remettrions à une autre date. Je serais rentré peiné mais avec un espoir.

Mais bon, assez de conditionnel. Elle n’a jamais envoyé de message. J’ai passé une semaine cloîtré chez moi. Sans trop de visites, sans trop de courriers. D’ailleurs, je n’avais pas spécialement envie de communiquer.