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La vie est certes ennuyeuse et inutile, mais il est tout de même
nécessaire de s'occuper un peu, de se divertir. De passer le
temps.
Dans une vie rythmée par les transports en commun et les heures
de bureau, le bonheur doit être furtif et doit se trouver dès
que possible. Une marche dans la rue, un trajet en RER, lors d'une "terrasserie"
en fin d'après-midi...
Ce matin, je suis, pour ma part, dans le RER ; en général,
lieu de laideur et de secrétaires vilaines et de blacks bruyantes.
Mais je recherche toujours la joie de pouvoir rêvasser à
la vue d'une jolie fille, d'une jolie poitrine printanière, estivale
même.
Fatalement, je ne vois rien. Un type lit le "Parisien", "Faut-il
acheter ?" titre le canard. Nouvelle mutation du système,
la baraque s'écroule, mais on incite les gueux à investir
; coup de dé, si les crétins suivent, c'est une manne
monumentale qui redonnera de l'oxygène à la machine. La
bête a besoin parfois de raser un peu pour mieux se propager ensuite.
Le système est un virus, un virus intelligent.
Quelle est la part de volonté dans la chute des cours ? Quelles
spéculations dans la tête des maîtres de l'univers
?
"Worldcom" s'effondre, "Alcatel", "France Télécom"
plongent aussi. Le virtuel fluctue.
- Je vais
à la machine à café, pour une action "Alcatel",
je m'offre un chocolat chaud, avec sucre.
Que va devenir "Havas" ? Récemment doublé par
"Publicis". Qui va racheter le vieux patchwork du petit Charles,
l'inventeur de l'AFP ? -
La seule
"productrice" de fantasmes et de plaisirs visuels et chimiques
monte au moment où je descends. Destin. Habitude. Sourire.
Sur le quai ensoleillé, entre panier de "20 minutes"
et affiche de "Spider-Man", une brunette, les fesses larges
et souriantes me tourne le cul, me cachant sa poitrine devinée.
Elle se retourne et m'offre son visage à mon esprit tortueusement
rêveur. Mignonne, aux cils fins, aux yeux amandes, aux lèvres
drues et bigarreau. Elle ne me regarde évidemment pas. Elle passe
devant moi et monte dans le wagon d'à côté. Pour
me signifier que je ne suis pas du même monde qu'elle.
Je la retrouverai dans le hall de la gare, toujours aussi méprisante,
dans l'indifférence totale de ma silhouette de fil de fer aux
chaussures rouges.
À
la boulangerie, une collègue achète deux pains au chocolat.
Des petites Allemandes, je suppose, sortent de l'hôtel adjacent.
Une jolie blondeur sort du troupeau, une jupette en jean stretch, un
cul moulé pour être regardé, choyé, léché,
dévoré, happé, lapé. De l'autre face, deux
seins si bons, si lourds, si fermes, si tendres, projetés, compressés,
orchestrés dans un haut trop petit. Je bande dans mon velours.
Deux lignes dodues, musclées, sculptées, descendent de
la jupe. Je glisse et remonte sur ses gambettes d'adolescente, de jeune
fille.
Mais ma marche lancée, mon regard perd tout repère. Mon
imaginaire prend le relais.
Je suis, ici, désormais, devant mon écran. Je bande en
écrivant.
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