C’est pas la forme.
Je ne sais si c’est l’approche de mes 27 ans, les chansons des mélancoliques (Delerm, Tétard, Gainsbourg) ou ma barbe qui me gratte, mais je me sens si mal, si mou, si loin.
Je n’arrive pas à écrire. Je suis incapable de rien. C’est une douleur, une lourdeur énorme d’écrire ces mots. J’ai les mains qui tremblent, bien plus que la voix de Gainsbourg qui s’embrume dans mon ordi. J’ai le crâne qui se resserre au-dessus de mes yeux, les jambes lourdes comme après une longue partie de foot.

Je suis chez moi ; je ne suis pas allé à Paris retrouver Thomas, j’attends la visite de copains, de Pascal. Putain quelle sale mine vais-je offrir à ces vieux potes !
Pourtant j’ai eu de bonnes nouvelles ce matin. Yann m’a informé que Dupontel allait jouer " Couscous " dans son film. C’est énorme, géant, génial d’avoir Poolvoerde et Dupontel ensemble dans un même film. Un casting rêvé, je n’arrive pas à trouver une équivalence à ce duo. " C’est arrivé près de chez vous " et " Bernie ", c’est fort, époustouflant. Une tornade véritablement.

C’est pas la forme pour autant.
J’ai fait ma vaisselle, une semaine entière de verres de coca, d’assiettes à la sauce béarnaise, en écoutant, zieutant les " pop stars ". Le petit Brésilien à la vilaine peau, à fleur de peau, est éliminé. Une grosse aussi. Elle pleure, une fille la console et prêche l’unique parole, si tu veux chanter, personne ne peut te l’empêcher.
Mais la grosse, elle, elle veut être célèbre. Comme le dit si bien Yann, mais tant d’autres esprits éveillés. Elle veut être riche et se faire baiser par des beaux gosses que sa cellulite ne dégoûtera pas. Elle veut baiser la grosse, avec des gens connus, sucer des bites de stars de M6, se faire enculer par des présentateurs télé. Elle aussi, elle veut devenir une star. Faire des photos, la " Une ", voler des trucs dans des magasins, conquérir New York, vendre 800 000 cds.
Mais voilà, elle est grosse, cette conne.

C’est pas la forme toujours.
Comme si le destin zappeur me souriait, je mate " Fame ", le film, sur Cinéma émotions. Ça swingue avec Leroy, Bruno, Doris, Ralph. Drôle, cette semaine, prenant le bus avec un petit gars du Plessis, je découvrais sur le quai de la gare son classeur où il avait, entre des dizaines de photos de Nathalie Portman, le casting complet de la série " Fame ".
Dans mon survêt beige, je glisse sur mon carrelage. Je danse avec frénésie. Le ciel bleu se découpe sur le toit de la maison d’en face, je tombe sur, dans, mon canapé. Je me marre, tout seul.

C’est pas la forme quand même.
Le zapping est mon allié aujourd’hui. J’atterris sur la MEILLEURE émission de la télévision française : " DVD AMOR " présentée, animée, sublimée par Yannick Dahan.
C’est du pur plaisir, le type est GRAND. Il maltraite avec gouaille et poésie les " bouses amerloques et fachos ", écrase les dvd, et trace des diatribes lyriques sur les imposteurs. J’assiste à une descente de Soderbergh, " pseudo intello ", de toute beauté. Une pure jubilation, ce type.

C’est pas la forme. C’est pas la forme.
J’observe des Portugais sur un échafaudage. Ils bossent depuis ce matin. Je regarde une voiture se garer, trop près du mur, le môme ne peut pas ouvrir entièrement la portière. Un gamin passe en vélo, un petit chien pisse sur le poteau électrique d’en face, là, où un petit vieux, avant qu’il meure, pissait son vin blanc de l’après-midi, avant de rejoindre sa vieille, avant qu’elle meure à son tour.
C’est pas la forme.