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Je marche seul, et vite. J'aime marcher fatigué, avec le frais
de la nuit sur le torse, dans la gueule. Sur les cheveux. À travers
les cheveux.
Sur le torse, ça me fait marrer, à me relire. Un torse
fait automatiquement penser à un éphèbe, à
une statue grecque. Et pas un gringalet imberbe, oh si, deux trois poils
arrogants.
Décidé. Destiné. Farouchement guidé par
une marche devant. Tel un légionnaire. Tel un vieux baroudeur
de la conquête de l'aviation. Tel Belmondo chez Lautner.
Je marche vite, parce que je rumine vite aussi. Je me dis que je suis
parti pour répéter inlassablement la même histoire,
le vent me gifle. Je tends béatement la seconde joue. Je ne veux
pas, je ne veux plus, je ne peux plus, devenir un ami d'un déjeuner
hebdomadaire. Comme toujours, quand je sens qu'elle ne m'aimera pas,
je fuis. Je me dis que je ne mérite pas ça. Je ne crois
pas que le terme soit bon. Je ne mérite rien. J'imagine, bêtement,
qu'une voix me rejoindrait, qu'elle me dirait partons ensemble. Je suis
sottement juvénile. Je marche seul, et en moins de vingt minutes,
je suis au 100 rue de Turenne.
Vingt minutes avec une voix déflagrante dans ma tête.
Je souris au sourire de Sébastien.
Sébastien
avait quitté le Pulp quelques minutes avant moi, parti avec Andrew,
Alexandra et Charlotte. Javais voulu rester pour parler avec Chloé
qui était venue me rejoindre dans langle où je métais
réfugié. Je discutais avec Emmanuel, un écrivain
présenté par Pascal. Ce dernier parlait Heineken dans
lambiance Blue Velvet avec Régis. Derrière eux,
une goudou immonde avait le masque figé de la misandre désosseuses
de corps masculins.
Chloé était venue, charmante. Cest trouble entre
nous. On ne sait pas quoi se dire. Nos yeux ne sont pas dupes du malaise.
Elle me présente un ami, Mathieu, écrivain Farrago-cité.
Il est bien chouette. Je lui parle de Bordel, tel est mon évangile.
Jessaie dêtre volubile en ces moments de grande solitude.
Les brushings ont toujours les femmes que je veux. Me verrais-je en
brushing ? JAMAIS.
Javais
rejoint des amis, dont Olivier. Nous étions arrivés vers
23h30, avec Régis et Flo. Nous venions du Réconfort, dîner
en délicieuse compagnie, une figurante de film de boule. Un dîner
où les menus sont dans des livres. Livre ouvert. Première
phrase lue, " Je taime Stéphane ". Ah bon ?
Je ne rencontre pas souvent des Stéphane dans des romans. Jai
relu Héloïse ce week-end, je ny arrive pas vraiment.
Cest un peu comme lorsquon regarde un film en VO, on lit
mais on ne voit que les images. Cest pareil en relisant un roman
écrit par soi, on le regarde plus quon le lit.
Cest chiant pour la correction orthographique.
Martin
mappelle pour me dire que son prochain livre sort lundi. On déjeune
ensemble, et une nouvelle pizza ! Je suis heureux pour lui, cest
un garçon tendre et si fragile, perdu dans cette foule, cet énorme
piège quest Paris. Avec ses gens, ses voitures, ses obstacles.
La ville nest que séries dobstacles. Transition fine
pour parler de Philippe, le turfiste de Bordel. Il est sur la ligne
de départ, dans dix jours, il sera hors délai, le chameau
!
Cest tout de même lui qui ma donné lenvie
de lire des vivants, avec Moix et Rey. Clinquart me donnant le piège
de lécriture. Si javais imaginé en lisant
ton Apologie sur le carrelage chaud de ma petite terrasse que deux ans
après nous serions amis !
Régis, celui qui dit " je taime pas " ou "
jaime pas ", parce quun nounours punk ne dit pas je
taime. Puis, triste dêtre ainsi, il boit des Heineken
et exulte les braves à laction. Un seigneur cet Ostrogoth
!
Ostrogoth
! Viol de Rome ! Des Sabines ! Non, jamalgame, zéro en
latin ! Bof ! Quelle belle fille ! Bénédicte. Ah bon ?
Non, je nai jamais couché avec elle. Je suis abstinent.
Tous les jours, oui, cest embêtant, surtout pour les relations
sexuelles. Ça aide pas.
BigBeeGee lance le Bordel dun Taïaut ithyphallique !
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