J’ai la forme, la putain de bonne forme, je virgule entre les ornières des champs, derrière la Boisserotte, je ne sais pas où je vais, je suis le chemin couru avec Seb. Mais là, je suis en vélo. Taïaut. Un léger vent, un soleil, que je suis tel un Rahan sur roulettes. Machinerie impeccable, mes jambes. Bordel, si le haut était de l’acabit du bas. Je serais un tueur, un tireur, un franc baiseur. Mais j’ai toujours cette nappe de kebab sur le bidon, enfin, entre l’épiderme et mes muscles, jadis saillants. Saillies interdites. J’entends des tirs venant d’une petite forêt perdue entre les champs de betteraves. La chasse ?
Des perdrix s’envolent à mes sauts élastiques en suspension. Je gueule à mes oiseaux, volez avec moi petites bestioles mijotées avec petits poix ! Volez, j’arrive, en danseuse, je virevolte, en champs, les piafs me crient leur joie de cette peur retrouvée. Je suis tout droit. Vers où ? Une heure que je suis tout droit. Une ferme paumée, au milieu du désert des labours. Une énorme volière, des centaines de perdrix, petits pioupious qui serviront de pool aux chasseurs du coin, du bistrot de la place de la mairie, de la kermesse du village.

Je coupe la Nationale qui va à Provins, je sprinte sur le chemin d’en face, qui devrait déboucher sur Le Plessis Feu Aussoux… que je traverse en trombe. Je recoupe la route, direction le Tau, les mains dans le dos. Je remonte le chemin chaotique emprunté au départ, je me dis, pourquoi dit-on conne pour une femme alors que con qualifie son sexe, ne devrait-on pas dire qu’elle con ? Bon, faire le tour des champs pour se poser cette question, il faut l’être sûrement.

[Le soir, je me rends à la soirée de Luis (de Miranda), je me perds un peu, je marche beaucoup, descendu à Marcadet, et devant aller à Joffrin, je me retrouve à Château Rouge, demi-tour. Je marche. Seul. Je vois là-bas, Pascal, Laurence, Thierry, Thomas, Alexandra, Clotilde, Emilie, Mayliss…
Pascal a la gouache, plein de projets, c’est bien de le voir ainsi, le petit bambochard. On parle de ses articles dans le dernier Tech…
Dernier Tech, acheté " à cause de lui "… Parce que… Après les fiches de lecture, depuis plusieurs mois, des dernières traductions des ouvrages de Sloterdijk (penseur pour jeunes bourgeois pensants), Philippe Nassif nous propose la rencontre du Maître. Putain, ça pue le canard des Deugistes d’une fac de philo en proche ceinture. Drôle aussi, le " Sales Bourgeois "… je l’ai rencontré deux fois, dans un resto bobo à Arts et Métiers, et un soir au Lipp, ouais… Comprends plus rien aux bourgeois élevés Avenue Montaigne, entre Grandes Enseignes et Théâtre de l’Empire. Ou alors j’ai encore rien compris, comme pour le truc de la hype…

Je suis seul, j’attends dans un coin. Je compte jusqu’à 30, si personne ne me parle, je me casse. Je me casse. Je marche, toujours dans le mauvais sens, je devais aller au musée de l’érotisme (bld de Clichy) et je débarque Pont de St Ouen, tout là-haut. Je marche, je marche, je marche, une heure peut-être, mais je retrouve ce putain de boulevard. J’y revois des gars de la revue " Les Episodes " rencontrés au truc de Luis, ainsi que Sandrine, qui me vanne. Bon.
Il y a que des types qui font des revues, dans les soirées de lancement de revue, on se serre les coudes quoi. Et je rencontre enfin (présenté à lui par Vanessa) le très chaleureux Philippe Di Folco, qui me file un exemplaire de la revue " Hermaphrodite ". Avec sa photo à poil (21 cm), mais surtout deux entretiens intéressants, Dominique Noguez et Emmanuel Pierrat, le thème la Pornographie.

J’assiste également au spectacle GENIAL de Tristan-Edern Vaquette (hybride dyslexique de Jean-Edern et de Pierre Vidal-Naquet).

Je rentre à pied, je me dis qu’il y a un Grec d’ouvert près du Rex, ou du Gibus, à République. Je pense à mon dwich, et je marche. Encore. Je prends sur place, et ingurgite mon truc en matant le cul mignon, petite jupette moulante (matière faisant penser à un maillot de basket), toute petite, mais toute ferme, joli cul rond. Je bouffe mes frites.]