J'appelle Cyril ou est-ce peut-être l'inverse. Je suis dans un couloir près des chiottes, Régis y est installé tranquillement pour faire un joli bronze.
C'est en l'attendant que j'ai Cyril au téléphone. Il est à Champigny, certainement chez Hugues, je n'ai pas demandé. Il ne sait pas ce qu'il fait. Je lui dis de venir, pensant que la nuit serait mouvementée, haletante et pleine de jolies filles...

Régis me rejoint moins lourd de quelques grammes, il paraît mieux. Il pourra pogoter, mouver sur les dancefloors du "Bon Marché".
Nous sommes dans les galeries d'un magasin, longs couloirs, vitrines fermées, grilles métalliques, amas de chaises empilées... C'est triste en fait. Voire glauque.

La soirée tarde à commencer, les trois salles sont parsemées d'espaces désespérants, de vides déprimants. Je cherche du regard des visages familiers, des visages déjà vus, des visages féminins graciles et poétiques.
Rien de rien. Des garçons à gogo.

Régis retrouve des amis à lui, forts sympathiques. Il y a la "vraie" Marielle ; je trouve la "fausse" bien plus captivante, plus à mon goût esthétique. Les petits moustachus ont bien de la chance me dis-je en moi-même.

Je vide une mauvaise bière, une "Stella", comment peut-on servir une telle pisse dans une soirée "hype"! Voilà la "hype" démasquée, c'est le lupen-prolétariat de la communication. Ou plutôt le lupen-brainétariat des nouvelles technologies, graphistes, intégrateurs web, pigistes...

Le socle de la pyramide de la branchitude : en haut, Beigbeder, Baer, en bas, Bories, Faltot.
Ils sont les plus nombreux, les plus serviles aussi, car ils veulent monter à l'étage suprême, pour rejoindre Wizman, Youn et les Guetta !

Nuls ne rêvent d'être Roger Vailland, Jacques Laurent ou Bernard Frank... Ils reçoivent des livres qu'ils ne lisent pas, entassent des films qu'ils ne regardent pas... La hype, ça demande tellement de temps, d'intention sur son nombril et il ne faudrait pas manquer un serrage de pogne avec un con estampillé "Vu à la télé".

Je rencontre Carl. Il ne semble pas me connaître puis se souvient de la revue. Il me propose un brunch durant le week-end ; je réponds "oui" en sachant très bien que je ne compte pas sortir de chez moi.
Rester chez soi, avec soi, si tranquillement.

J'ai un peu perdu les copains, dansent-ils ? Sont-ils partis ? Je fais un tour pour les trouver. Une jeune brune, qui m'avait à plusieurs reprises "maté", m'accoste et me demande si je ne suis pas l'ami de Fred. Je ne sais pas si elle parle de Beigbeder ou de Vignale ou d'un autre Fred.
Je comprends avec ses explications qu'il s'agit de Fred, l'ultime bô gosse de la dernière fois, le beau-frère d'Ingrid. Je me souviens désormais de cette jeune femme, elle était avec un grand type. Elle ne semble pas s'en souvenir et conclus que ce n'était qu'un ami.
"Qu'un ami" !? C'est important les amis, jeune fille. Je lui souhaite bonne soirée et pars me perdre dans la mélasse dansante.

Cyril m'appelle, ma poche vibre. Il est sur la route, il tourne sur celle-ci, ne sachant où se garer, ne sachant où se passe la soirée.
Je le guide, l'attends. À partir de ce moment, je ne reverrai plus Régis. Cyril débarque. Il a du mal à expliquer le truc à la fille ; il devait se présenter sous mon nom et donner mon mot de passe.
Bref, comme toujours Cyril cafouille. Il cafouille en haut d'une échelle dans son nouvel appartement et fait un rouler-bouler dans l'escalier, finissant dégingandé en bas de celui-ci. Il cafouille en repeignant les murs, et ses baskets, et j'imagine l'ensemble de la baraque. Il a bien évidemment choisi une peinture acrylique, à essence, et une peinture de façade, bien mate, pour les traces !
Bref, Cyril est un cafouilleur.

D'ailleurs, on cafouille pas mal, les gens s'évaporent à l'extérieur, il ne reste plus grand monde.
Je rencontre tout de même un collègue qui arrive au moment où je commence à avoir envie de partir.

Pas de filles, des bières imbuvables et disparues aussi. Cyril se prend un râteau par la serveuse, "plus de bière !".
C'est la fin de tout : deux spots par salle, une zik de blaireaux, des donzelles à tenir son braquemart couché et des potes qui disparaissent.
Pas d'hésitations, on se casse.

Cyril me dépose rue de Turenne pour que je puisse prendre mes affaires. Sébastien est toujours à la soirée des Beaux-Arts.
On rentre peinard avec la brise sur la nuque et des discussions plein la bouche.